Prenez un consensus…

janvier 12, 2012

…et retournez-le, en jouant l’avocat du diable. C’est pas si compliqué, d’être chroniqueur, au fond. Surtout dans un monde où les commentaires et les lectures commencent à rapporter de plus en plus, on va se rendre compte que ben du monde n’ont pas vraiment les convictions que véhiculent leurs textes. Est-ce que c’est grave ? Non. Mais vous conviendrez que c’est un peu dommage.

Je pense à deux personnes en particulier dans la littérasphère québécoise. Foglia, d’abord. Voilà l’exemple parfait de l’homme qui sait faire réagir les foules. Pas un trou de cul, le monsieur, il a même sa page wikipédia, pis chuis certain que c’est pas lui qui l’a écrite.

Quoique, connaissant le personnage… En tout cas, mettons que non.

Foglia, c’est l’artiste, on s’entend. Je ne parlerai jamais contre son style littéraire, même si je trouve que parfois, le rédac chef aurait intérêt à repasser par-dessus ses textes qui en deviennent un peu lourds, par la force des choses - vous comprenez ce que je veux dire par “jouer sur le consensus” ? Mais vu son statut, ça me surprendrait pas qu’il ait dans son contrat une clause de “non-repassage-par-dessus-ses-textes”. Foglia, c’est le boomer par excellence . Pour un Y comme moi, c’est le vieux con. Le vieux con qui te fait réfléchir, et dont tu admires le bagage culturel qu’il sait démontrer, certes, mais qui te déconcerte par la fermeture d’esprit qu’il peut avoir par moments.

Je sais qu’il “joue” souvent au vieux con. Mais ce n’est pas de quoi je parle.

Potiche, c’est de la merde, par exemple. Bel exemple d’incompréhension intergénérationnelle. Est-ce que c’est parce que les  boomers ne possèdent pas cette capacité au sarcasme, et à l’ironie que leurs enfants ont pourtant développé ? En fait, si, il la possède, mais ne comprennent pas qu’on puisse se distraire avec eux. Pour eux, ça sert la critique ; pour les Y, ça fait partie de la vie.

Au passage, Potiche, c’est pas mal bon. Faut connaître Ozon. Et aimer son style. Ya environ une demi-heure de trop, sans parler des chansons. Mais de là à dire que c’est mauvais, ya une marge.

J’en reviens à mon revirement du consensus. Foglia le fait de façon magistrale, toujours dans la même chronique. “N’allez pas en Gaspésie, nous dit-il. Les pubs sont mauvaises. Je préfère profiter du Luxembourg.” Je comprends, les amis, qu’il pense probablement l’inverse. Enfin, j’espère. Mais vous avouerez avec moi (une autre technique de chroniqueur, donner une opinion à ses lecteurs) que ça vous démange de lui écrire une longue lettre baveuse.

Remarquez que ses portraits sont toujours justes, magnifiques. Ce gars-là, à part sa misanthropie – c’est le personnage, je sais ben… – possède une empathie à faire pleurer un conservateur sur le sort d’un nouveau chômeur.

Bref. Vieux con, avec un coeur.

Mon deuxième exemple, c’est Judith Lussier. Blogueuse régulière sur le site d’Urbania…

…mettons tout en perspective, elle écrit aussi pour le Reader’s Digest…

… et de la même génération que moi, ses textes trouvent facilement le chemin de mes nerfs. Elle sait me faire fâcher, de façon viscérale. Prenez ce vieux texte sur les automobilistes urbains où elle avoue platement “Moi j’ai un char, pis pas de vignette de parking. Alors les gens qui ont des vignettes, vous me faites chier quand vous prenez les places pour les gens qui n’en ont pas.”

Dans ce texte, elle nous lance que c’est pour les riches, les vignettes. Ça me fâche autant parce que je suis pas riche et j’en ai une, que parce que mis en parallèle avec un autre de ses textes où elle avoue candidement être “quelque chose comme un peu riche”, ça n’a pas vraiment de sens. Vous voyez le topo.

Savais-tu, Judith, que depuis ce temps, je fais exprès de me stationner toujours dans les endroits où je n’ai pas besoin de vignette, au cas où on serait voisins ?

Autre exemple savoureux, le texte qu’elle a livré contre les gens qui mettaient en parallèle la mort de Steve Jobs et celle d’Africains affamés. Elle n’a pas complètement tort, remarquez bien. Mais si le consensus avait été de l’autre côté, permettez-moi de penser qu’elle aurait écrit le texte inverse.

C’est ça faire des chroniques. C’est écrire pour obtenir des réactions. Ces deux-là sont très bons, en l’occurrence. Loin de moi l’idée de les comparer, remarquez bien.

Non, je n’élaborerai pas là-dessus.

Comme exercice, je me propose donc d’écrire une chronique dans ce genre. À quel consensus est-on confronté ces temps-ci ? Je vais défendre l’idée inverse. Je sais, je suis pas très bon. Je sais que je suis pas mal dans le consensus, normalement.

Traiter affectueusement Foglia de vieux con, tout le monde fait ça. Critiquer Judith Lussier, tout le monde fait ça.

Mais c’est un exercice. Vos idées ?

C’était un pragmatique…

janvier 11, 2012

Dès que je lui eus montré mon insigne, il avait avoué. Juste avant, son front s’était mis à suer abondamment, et c’est probablement là qu’il avait réalisé qu’il ne pourrait pas s’en sortir. Un type qui n’a rien à se reprocher ne sue pas du front. Platement, donc, il avait toussoté puis admis : tous les servants de messe y étaient passés, les petits de la chorale aussi. Ils n’inventaient rien, ceux qui m’avaient mis sur sa piste. Tout était vrai.

C’était un pragmatique. Même son sacerdoce l’était.

“Vous voyez, m’expliquait-il alors que je lui passais les menottes, je ne crois pas vraiment en Dieu. Je nous vois plutôt comme les héritiers d’une multitude d’auteurs et, surtout, du génie qui les a regroupés dans la Bible, en un seul livre. Une vie entière à vivre des rentes de ce bouquin, en échange d’en faire la promotion… j’ai toujours été assez doué avec les mots, et la rhétorique. Enfin, la rhétorique des gens simples. Pas pour rien que je me suis installé dans ce trou perdu. J’ai été à Rome, moi, je me destinais à une carrière épiscopale. Puis ça a commencé…”

Je voyais bien qu’il voulait m’en dire plus. Il était du genre à ne pas camoufler ses crimes outre mesure, pour le plaisir simple de se faire prendre, et d’ainsi pouvoir raconter son histoire avec moults détails. À défaut d’être lui-même un auteur, il avait développé les besoins de cette étrange caste.

Ouais. Il avait beau porter la soutane, il cadrait parfaitement dans les stéréotypes habituels.

“… l’avais emmené dans la sacristie…”

Je l’entendais d’une oreille distraite, mais je n’avais absolument rien à battre de ses explications. Je sentais que ça lui ferait du bien de se sentir écouté, et je n’avais pas envie qu’il se sente bien, ou mieux, ou qu’importe.

Soudain, je me mis à entendre une chorale d’enfants, dont les voix me parvenaient, amplifiées par l’écho de l’église, à travers la porte du bureau du prêtre. Celui-ci ne les entendait visiblement pas, continuant de discourir sur “le bien et le mal, et Jésus et sa condition de mortel”.

Au fond, c’était normal : les voix venaient de ma tête. Ça ne me surprenait plus. Ça n’était pas la première fois, ça ne serait pas la dernière. Au moins, avec le temps, j’avais appris à ne pas nécessairement faire confiance aux voix dans ma tête. D’ailleurs, je ne distinguais pas vraiment les mots qu’ils psalmodiaient. Je me demandais pourquoi ma tête tenait à me faire entendre ces voix. Je tentai de me concentrer pour mieux les entendre. Impossible, avec l’autre qui parlait toujours.

D’un geste, je voulus le faire taire. C’était un geste assez brutal, et fort bien placé : il s’effondra sur le sol, que sa tête heurta brutalement. Mais ça n’avait pas marché. Je continuais de l’entendre, bien que ses lèvres ne remuent plus. Maintenant, il parlait latin. Encore ma tête, me figurai-je. Sa voix et celles du choeur d’enfants prenaient de l’ampleur, comme dans une compétition malsaine qui m’assourdirait si je ne faisais rien.

Sacré cerveau, va.

Dès lors, tout se mit en branle. Je me vis – d’une certaine façon, j’étais moins le perpétrateur que le témoin – enfoncer mes index et majeurs dans les commissures de lèvres du prêtre, et lui déchirer la bouche d’un geste brusque ; je me vis le retourner et lui remonter la soutane pour lui enfoncer la première croix que je trouvai dans le cul – vous savez, une de ces grandes croix qu’on trouve dans les bureaux des prêtres – je la lui enfonçai, donc, non sans m’en être d’abord servi comme d’un immense marteau, pour frapper l’arrière de son crâne à quelques dizaines de reprises.

Sa voix s’était enfin éteinte. Et le choeur d’enfants chantait maintenant mes louanges.

Je regardai le tableau : le sang s’écoulait désormais tout le long de la croix et dégouttait par terre. Je fus pris d’un haut-le-cœur. Je remis la fausse insigne de police dans ma poche et sortit rapidement.

Je fus arrêté, quelques semaines plus tard. Des preuves incriminantes. Mais un bon avocat. Et la voix populaire de mon côté.

J’attends mon procès.

Notre Père qui es aux cieux…

Un peu marre…

décembre 8, 2011

… de ce réflexe, si commun chez nous. Depuis quelques jours, dans les médias électroniques, et autres réseaux sociaux, on dénonce une “chasse aux Anglais” que feraient actuellement les Québécois. Et on écrit des articles sur le nationalisme québécois qui serait, je paraphrase, du fascisme nouveau genre.

Dites, j’ai même été d’accord avec un article de Martineau, cette semaine. Faut le faire. Non, je ne mettrai pas le lien. Mais je vous partagerai volontiers celui de JFLisée, avec qui je suis tout autant d’accord.

D’abord, je comprends pourquoi ces gens voient une chasse à l’Anglais. Remettons-nous en contexte, cependant.

On sait d’où ça part : on parle d’ailleurs de SCANDALES, asti. C’est pas rien, que la Caisse de dépôts et placements du Québec (organisme gouvernemental d’une province dont la langue officielle est le français) fonctionne en anglais à l’interne !! C’est ÉNORME.

C’est illégal, d’abord. Et c’est vraiment une claque sur la gueule de la révolution tranquille.

On entend souvent les arguments selon lesquels “on s’en fout, tant que ça rapporte… la langue n’est qu’un moyen de communication”.

Ça, c’est faux. La langue d’une société, c’est aussi l’organisation de la pensée de ses membres, comment ils conçoivent, et perçoivent le monde. Mais c’est un autre billet.

On sait, donc, d’où part l’impression qu’on veut bouffer de l’anglo. Banque Nationale, ce matin c’est Bombardier, plus tôt en novembre, cette interview avec des anglophones qui refusaient d’apprendre le français, malgré qu’ils vivent à Montréal depuis quelques années…

D’ailleurs, si on a bien écouté cette interview, les enfants de la dame (américaine à la base) ont appris le français et le parlent. C’est le Torontois d’origine qui n’en voyait pas “la nécessité”, qui ne trouvait pas “le temps” pour apprendre cette langue “difficile”.

Et évidemment, depuis qu’on en parle, les journalistes font leurs choux gras des nouvelles où le “Québécois moyen” est aux prises avec “l’Anglocolonisant”, ces anglais qui, par choix, vivent ici sans parler français. Sur foi de quoi le Montréal anglais (représenté par Don MacPherson), probablement de bonne foi, a conclu qu’on fait la chasse à l’anglais.

Si quelqu’un fait ça, ce sont les médias, pas la population – qui outre les montréalais, n’est que rarement confrontée au problème. Ils sont contents, nos médias, d’avoir retrouvé un filon, une corde qui est (dieu merci) encore sensible chez les Québécois. Mais ça a été déjà dit à quelques reprise, sur des blogues (billets et commentaires confondus), ce dont les gens ont marre – et je m’inclus là-dedans – c’est du bilinguisme institutionnel qu’on nous force au-travers de la gorge.

I speak English. Ich spreche Deutsch. Hablo un poquito espanol.

Je serai fier quand mes enfants sauront parler plus d’une langue. Pis je m’en calisse, la langue que les gens parlent entre eux, entre adultes consentants. Là n’est pas la question. Si la serveuse au restaurant ne comprend pas le français, je vire de bord. Rien de moins, rien de plus. C’est le commerçant qui perd de l’argent. Tant pis pour lui.

Tiens, une idée qui passe : et si on décidait simplement de faire la correspondance gouvernementale en français seulement, par exemple ? On envoie un message clair à ceux qui arrivent : ici, ça se passe en français.

Non. Le genre de trucs qui me met en maudit, c’est les scandales dont je parle plus haut. C’est le ministre Fournier qui faisait ses déclarations en anglais et en français – surtout que les journalistes anglos lui avaient dit que ce n’était pas nécessaire – il ne le fait plus, depuis cette semaine. C’est qu’on doive subventionner des gens qui sont dans l’ILLÉGALITÉ (ciboire!) pour faire changer l’affiche de leur commerce.

C’est des gens que je respecte, au demeurant, qui mettent tous les maux du Québec actuel, sur le dos du nationaliste québécois, qu’on caricature, le décrivant comme un adorateur (pédophile ?) du petit Saint-Jean blondinet de la parade catholique des années 60. Ce réflexe, qui pousse le Québécois à s’excuser d’exister, un air complice sur le visage “Sorry, we are like that, you know…”

Je suis pas un facho. Mais je crois sincèrement qu’une société bilingue ne peut pas fonctionner.

J’ai-tu vraiment besoin de vous citer des exemples ?

Fait qu’on fait quoi ?

-T’es fourré, là, hein ? me dit Clamski, grelottant dans l’appartement, entre deux bouffées de pipe. Tu vas vraiment dire aux gens quoi faire ?

- Non. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent. Moi, je refuse d’abdiquer, et quand je déprime, j’écoute Mommy Daddy, j’en braille ène shot (clin d’oeil Georges Dor), pis je me reprends. Pis j’écris un billet.

- Tout un programme.

Je fais ce que je peux, Clamski. Je fais ce que je peux.

*** AJOUT ***

Quand j’ai publié ce billet sur mon mur de Facebook, un ami (Dave Id) a commenté. Je vous copie les grandes lignes :

La CDPQ c’est mon client, est des plus chiants parce que Sabia c’est le tres bon ami de mon employeur. Il sont chiants parce que très exigeants et je peux te garantir que transiger avec eux se fait en francais seulement, nos ressources techniques doivent tous être francophones et chaque communication est passée à travers Antidote et ensuite revisée 6 fois pour assurer un bon français. 2 uni-anglo ne font pas de la CDPQ une cie qui travaille a l’interne en anglais. Moi j’aime l’heure juste en journalisme (officiel ou blogueur).

Toujours utile d’avoir quelqu’un de l’intérieur, ou en tout cas, qui se tient pas très loin. Voilà qui remet mes pendules à l’heure. Mais qui ne me déchoque pas pour autant.

***AJOUT 2 ***

D’ailleurs, recherches faites, ce n’est pas à la CDP comme telle que ça se passe, mais bien à Ivanhoé Cambridge, une filiale, qui n’est, donc, pas soumise aux règles générales de l’administration publique québécoise. My bad.

Cela dit, je vous renvoie quand même au bon texte de Sophie Cousineau, d’où je puise ces infos.

Honnêteté intellectuelle, pis toute.

On a tendance…

décembre 4, 2011

… à se penser plus fins. Dans le sens de plus intelligents. Nous, on est ben plus meilleurs. Plus évolués. Notre civilisation dans toute sa splendeur, genre.

Le premier réflexe, quand on apprend que les Frères musulmans accèdent au gouvernement égyptien, c’est de secouer la tête, pis se demander qui peut bien aider à gaver ainsi le bon peuple – parce qu’on pense aussi que le peuple humain de base est bon – par ces idées démagogiques arriérées (je parle de la religion en général, pas de l’Islam, compris ?) qui n’ont pas leur place en démocratie, ni dans tout système souhaitant gérer efficacement l’humanité.

Bah quoi ? Ça en revient à ça, non ?

Pis après on rationalise. On suppose – on souhaite – qu’il y ait des gens derrière tout ça. Des organisateurs. On accepte la manipulation, plus facilement que la connerie. On est prêt à accepter qu’il y ait un peu des deux, mais c’est limite. Surtout si la manipulation fait élire des cons. Cercle vicieux, parti libéral pis tout ça.

On accepte, on comprend la manipulation chez les autres. “Dans leurs conditions…” Mais soi-même, être manipulé ? Voyons…

Vous voyez où je m’en vais. Duhaime, Radio X, le gros Legault, les grands médias, leurs sondages…

En Égypte, au Moyen Orient, Dieu porte le nom d’Allah. En Occident, il en porte plusieurs : économie, marché, rendement, libaaarté…

“Efficacité ?” me lance un Clamski railleur. – Ta gueule Clamski.

Manipuler l’opinion publique, ya rien là dude. Surtout quand le bon peuple est convaincu que ses pensées sont les siennes.

Quoi qu’il en soit, je reste positif, et je fais confiance au bon peuple. Si ya quelqu’un qui est tanné des cons, c’est bien lui.

C’est pas un peu démago, de dire ça ? – Ta gueule Clamski.

Le torrent…

novembre 28, 2011

… de fiel qui peut être déversé en si peu de temps. Hier soir, c’était sur twitter.

Je ne suis pas le plus ardent défenseur de Pauline Marois. Je ne suis pas membre du parti québécois, et je ne vais probablement pas voter pour lui aux prochaines élections, à moins d’un extraordinaire changement de cap. Et je suis aussi assez critique de sa “prestation” d’hier soir à TLMEP. Je comprends très bien que la personne Pauline Marois ne passe pas bien. Un côté bourgeoise pincée, doublée d’une insécurité qui pourrait bien émaner de sa situation de parvenue (pas de connotation négative, ici)… les gens ne voient pas une grande leader en elle, et comment leur en vouloir ? Elle ne passe pas. Et sur twitter, c’était assez impressionnant.

Il s’en trouve pour dire que c’est parce que c’est une femme. Comme beaucoup, je pense que ça se situe à un autre niveau. C’est sa personnalité que est remise en question ; son “naturel”, son côté bon-enfant qui sonnent faux.

Certains l’accusent même de se servir de cette excuse – “être une femme” vs les hommes en politique – pour expliquer ses problèmes au PQ. Là-dessus, je ne suis pas d’accord.

Être une femme n’explique pas tous ses déboires, c’est certain. Mais disons qu’une gang de gars, des politiciens, dans le parti québécois – parti aux assises très “mâles” – avec une moyenne d’âge qui doit tourner au moins autour de 50 ans qui a une femme comme chef… Je pense que vous comprendrez ce que j’avance ici : vieille mentalité, hommes dirigés par femme… pas faire bon ménage.

C’est pourquoi on voit souvent des femmes chefs d’entreprise qui s’entourent de jeunes hommes : ils ont intégré, eux, que la femme est en mesure de diriger autant qu’un homme. Pour la génération montante, homme ou femme ne compte plus : c’est les compétences qui importent. Mais la politique est lente à bouger. Évidemment : elle bouge avec les électeurs. Et comme les jeunes ne votent pas… Mais c’est un autre débat.

D’ailleurs, elle a surtout été élue parce que c’était son tour, pour ses bons services, parce qu’il y a longtemps qu’elle tentait d’être chef. C’est là son problème : ce n’est pas elle qu’on a élue, mais une “récompense” qu’on lui accordé. C’est peu vendeur pour la population. Et il ne faut pas être dupe : avoir une femme comme chef de parti a aussi été un bon coup de pub, pour le PQ, au même titre qu’un chef homosexuel la fois d’avant.

Alors est-ce que le fait qu’elle soit une femme explique sa déconfiture ? Non. Mais est-ce que ça y est complètement étranger ? J’en doute profondément. Quant au fait qu’elle se “serve” de cette excuse… Je pense que c’est politique, en l’occurrence. On la conseille peut-être mal..?

Clamski me parle du PQ depuis ses débuts, toujours sur le point d’imploser. Il me raconte 76.

-Femme ou pas femme… Le PQ est un bateau, dont les membres menacent régulièrement de donner un coup de hache dans la coque si on ne fait pas ce qu’ils veulent. Pis ces temps-ci, ils le font.

Je me laisse bercer par sa voix. Et je m’endors, comme toujours quand je pense trop à la politique québécoise.

Il m’a lancé ça…

octobre 28, 2011

… comme ça, mon vieux Clamski, l’air tellement sérieux que je me suis presque laissé convaincre sans avoir entendu ce qu’il avait à dire, il m’a lancé : “Tsé, si tout le monde décidait que toutes les dettes de tous les pays étaient effacées, de même, là, rien que d’un coup… Qui serait perdant ?

-Euh… les banques..?

-Oui. Et donc, à tout casser… une centaine de personnes, sur terre… genre… Qui auront tôt fait de se renflouer. C’est pas une couple de billions qui leur fera un pli sur la différence. “

J’ai pensé à ça. Je suis resté longtemps songeur. J’ai regardé Clamski, qui affichait son air “ben, c’est logique, non ?” Il devait bien y avoir un argument qui contredirait cette idée. C’était beaucoup trop simple. Simpliste.

“Les historiens du futur en parleraient comme de La Grande Faillite, rêvait encore Clamski. Le moment où l’humanité a compris que…

-Les politiciens… que je l’ai interrompu, c’est eux qui n’envisageront jamais ça.

-Pourquoi ? m’a demandé Clamski, en souriant, content.

-Trop à perdre ?

-Voilà.”

Pourtant… si on cherche bien, il doit bien en avoir quelques-uns qui ont des couilles ? Qui ne font pas ça pour préparer leur retraite ? Qui…

Clamski a levé la main, d’un air las. Je me suis tu.

Pis on s’est rebranché sur nos laptops respectifs.

Je pense qu’il est sur un site de cul.

Procrastination productive

octobre 12, 2011

(Je n’écris pas mon scénario pendant ce temps-là…) Un peu verbeux, je vous l’accorde et j’y étale mon amour du subjonctif. Mais au moins, ça fait vivre le blog.

Et voilà où j’en étais venu, résigné à me doucher à l’eau glaciale pour continuer ma piètre vie, je n’en pouvais plus de toutes ces frustrations, ces cris du cœur (ce pauvre deuxième organe, qu’à chaque instant j’entendais sans pouvoir y réagir)…  Je savais que tout le problème venait de lui, la base de mon problème se résumait au fait que je fusse un homme, à cette chose, cette andouille molle qui me pendait entre les cuisses et que je ne connaissais que trop.  Comment vivre normalement, me demandais-je, comment font tous les autres pour accepter cette prison physique et quasi psychique, comment?

Prends ça, lui disais-je en dirigeant sur Lui le jet d’eau froide, je devais me séparer, me dissocier, je ne voulais plus qu’Il fasse partie de moi, je ne voulais plus faire partie de Lui, je lui en voulais et ne lui pardonnerais jamais ; Il se recroquevilla ; la douleur du froid sur Son scrotum monta à mon cerveau — preuve que nous étions encore et malheureusement liés —, puis, sans que je ne sache trop comment, mon rasoir se retrouva dans mes mains ; j’avoue y avoir pensé, sérieusement, pendant un instant, où je fantasmai sur la liberté que j’aurais retrouvée, l’ultime autodétermination, tout le mal que j’avais osé faire, qu’il avait osé me faire faire, la culpabilité qui s’en irait, enfin!  Mais — était-ce par lâcheté— je n’arrivais pas à m’y résigner, de toute façon, la beauté de mon geste aurait sans doute été trahie par l’état de mes mains, transies autant que le reste de mon corps.  Je sortis de la douche.

Retour à la chaleur, retour à ma sanguinité, la colère me vint et j’aurais voulu fracasser la vitrine de la douche, mais encore une fois, le courage me fit défaut, la peur de ce sang que je répandrais, peut-être, la peur d’avoir mal, plus probablement.  Et Lui qui de nouveau, se considérant sans doute désormais en sécurité, osait paraître comme si c’était la première fois et me rappela à ce plaisir malsain ; je n’en voulais certes pas, mais la chair est ma faiblesse, on l’aura deviné, je me sauvai de la salle de bains afin de couvrir de vêtements cette excroissance, il le fallait, sinon j’allais encore retomber dans cette routine qui m’emprisonnait, qui m’empêchait de faire les choses que j’aurais dû faire et qui, si je m’essayais à les faire malgré tout, c ‘était sans force et restreint dans mes capacités parce que brûlées auparavant dans le vide d’un mouchoir.

Je ne pouvais risquer de me perdre de nouveau, comme je l’avais perdue, ma chère Catherine, ma douce Catherine, à cause de Lui, je Le détestais et je savais que tout était Sa faute, à Lui que je ne savais pas contrôler, contrairement, selon toute apparence, à la majorité des autres hommes.  Je m’habillai prestement et me dépêchai de sortir de chez moi, en public, au moins, je Le tiendrais tranquille.

Je me rendis chez Pol, le café du coin où je commandai un expresso, le plus fort possible, Pol, dis-je au serveur,  en sachant bien qu’il ne s’appelait pas ainsi.  C’était une vieille blague entre lui et moi.  Amusé, il ne m’avait jamais repris et je ne connaissais donc pas son vrai prénom ; et alors? un nom n’est qu’un nom, un appellatif, une manière d’apostrophe, et si Pol lui convenait, pourquoi en changer?

Les humains nomment tout et sans logique particulière ; je me rappelai comment Catherine avait nommé le Monstre et je ris de dépit, je ris à ce nom trop poétique, qui, je ne savais trop comment, semblait redorer le blason de cette espèce me répugnant désormais.

Ah, Catherine, toute pratiquante que tu fusses, tu n’avais pas la moindre chance contre Lui.

Je reçus mon café, le laissai refroidir jusqu’à ce que je pus me l’envoyer d’un seul coup, grimaçai d’amertume — mais était-ce bien à cause du café? — et, satisfait, je jetai la monnaie sur la table, remerciai Pol et quittai l’endroit.

Je marchais sans savoir où j’allais, il importait que je visse des gens, que je ne sois pas seul chez moi, j’étais maintenant convaincu que la mutilation n’était pas une solution — enfin, pas la solution —, mais je n’étais pas certain que mes mains, elles, l’étaient ; je devais les calmer, les occuper un certain temps.  Je poursuivis ainsi mon chemin vers un salon de billard, histoire de me dégourdir, d’occuper mes mains sur une queue qui ne serait pas la mienne, pour une fois.  Je n’étais pas très bon à ce jeu, mais quand on joue seul, ce n’est pas nécessaire; je me fis faire de la monnaie par la serveuse au bar — une brunette, exquise — pour être en mesure de jouer quelques parties et m’installai en vitesse, en évitant de me retourner vers le bar.  Comme disait l’autre, la bandaison, ça ne se commande pas, je ne le savais que trop ; ça ne se commande pas, mais on sait quand ça s’en vient, vite, faire face à une table.

Évidemment qu’après peu de temps, je m’emmerdais royalement.  J’étais sorti pour ne pas être seul chez moi ; apparemment la solitude ailleurs que chez moi n’aidait pas ma cause.   J’avais besoin  d’une bonne conversation avec quelqu’un, pour remettre mes pendules à l’heure, un inconnu ferait l’affaire ; le seul problème était qu’il était plus compliqué de trouver un inconnu disposé à avoir une conversation avec un autre inconnu à 23h qu’à 15h.

Je pensai à la serveuse du bar.

(À SUIVRE ? Ché pas…)

J’ai pris la sortie…

juin 18, 2011

… la plus éloignée de chez mes parents. Ils ne m’attendaient pas, il était tard. J’allais les voir et leur donner un coup de main pour vider la maison du grand-père maternel, le lendemain. Jeudi soir. Je roulais donc sur le boulevard industriel. Eh ouais, s’appelle de même.

Granby est une ville qui s’est développée grâce aux usines qui y sont installées depuis toujours (tabac, caoutchouc, industrie laitière et textile). Cela dit, les élus ont toujours semblé penser à la garder “esthétique”. Ce n’est pas la ville ouvrière anglaise, disons. Peut-être, justement grâce à la présence d’anglo dans la ville, ironiquement. Beaucoup de parcs. Fin de la parenthèse “En apprendre sur Granby”.

Puisque j’avais tout mon temps, je l’ai pris. Je roulais lentement, regardant ce qui avait changé ou non, dans ce secteur près du garage municipal et que je connaissais bien, ex-col-bleu-estival que je suis. Peu de changement. Mais assez pour que je me décide de passer par des coins que je ne connaissais plus. Suis né là, dans l’ouest. Suivi Cowie, le long de la Yamaska. J’ai à nouveau été saisi par le grand âge de la ville – que je mets souvent en parallèle avec la courteur de la vie humaine ces temps-ci.

C’est la trentaine, hein. “Quoi, le monde meurt ?!” Grande nouvelle.

Et saisi par sa modernité nouvelle, étonnamment. Devriez voir la nouvelle caisse pop centralisée, digne d’un pavillon universitaire.

Long préambule pour dire que la marche que j’avais décidé de prendre le lendemain soir, vers 22h, était motivée par cette quête que j’entretiens depuis quelques mois, mieux connaître mes racines.

“Quoi, j’ai des racines ?!”

J’avais passé la journée à déménager, mais j’avais mangé comme un trou, comme souvent chez mes parents. La marche était de mise, au moins une heure à bon rythme. C’est le centre-ville que j’ai décidé d’investir. On en fait vite le tour, si on suit Principale – eh ouais, s’appelle de même.

Mais quand on s’aventure dans les petites rue, ça peut durer.

Vu une buanderie. Un film en soi.

Car oui, au départ, la première demi-heure, podcast dans les oreilles, j’ai vu beaucoup, et pensé peu : c’était de l’exercice. Éventuellement, j’ai eu envie d’éntendre. De retirer mes écouteurs.

Puis la magie.

Je ne m’en surprends plus outre-mesure. Savez cette énergie qui se manifeste quand “on sait” que quelque chose va arriver – non, je ne tombe pas dans l’ésotérisme ; je prends même pour acquis que vous comprenez ce que j’entends par là. Quoi qu’il en soit, marcher les oreilles à l’air m’avait fait réaliser quelque chose. J’approchais un “point chaud”. Pleine lune ?

Pas d’ésotérisme, j’ai dit.

Des éclats de verres. De voix. Des bruits secs. Là, passé le coin, sur Notre-Dame, devant une petite clôture, inopinée dans le paysage, trois gars dans la rue. Un grand black, avec des dreads.

Oui. À Granby.

Un homme qui crie “Vous êtes deux contre moi, c’est ça ?” Avant de crisser une bonne droite à un autre, vraiment dépassé par les évènements. Le black tente de calmer le violent, mais rien à faire. Moi, je suis arrêté, près de badauds qui matent, cellulaire à la main et police au bout du signal.

Vous comprendrez mon embarras. C’est celui qui frappe qui se dit attaqué par les deux autres. J’observe. Non, définitivement, le black tente de les séparer. Et l’autre mange un estie de volée. Les badauds s’éloignent. Je vois le black qui n’arrive à rien. Je m’avance et tente aussi de parlementer avec le violent. André ne s’intéresse à rien d’autre qu’à Gaëtan (nommés par le black, pendant le combat). André lui lance une autre claque. Et semble même se calmer. Avant de donner un zidanesque coup de boule à Gaëtan qui tombe.

Inoffe izinoffe.

Derrière lui, j’interviens et lui passe mes bras sous les épaules pour le maîtriser. Il est assez petit, moi plutôt grand. Il ne peut rien faire.

Je lui demande s’il va se calmer. Il dit que oui. Je répète, pour être certain. Il réitère sa future coopération. Je lui dis que pour le relâcher, je vais devoir le pousser, en avouant d’emblée que c’est parce que je ne lui fais pas entièrement confiance. Il comprend. Je le lâche, et le pousse. Ses mains se prennent dans mes fils d’écouteurs. Sans plus de conséquence ; il ne tente rien.

Quand il se retourne, c’est sa face sanglante qui m’apparaît. Il s’est ouvert le front, une demi-lune d’un pouce de long. Il se détourne, pourtant, et va pour partir, non sans insulter Gaëtan qui rentre chez lui. M’Bai, (nommé par Gaëtan) est tout retourné. Il me remercie, mais il est vraiment nerveux, et passe continuellement sa main dans ses dreads en faisant des longueurs de trottoir pour se calmer.

Avec des ados, trois gars, qui viennent d’arriver, on va vers André, qui est calme. Cool, même. L’air d’un bon gars. Les jeunes sont moins sur leurs gardes que moi et lui font remarquer qu’il devrait aller à l’hôpital. Je réalise qu’ils n’ont pas tort. On passe un moment à essayer de le convaincre, mais un peu soûl – moins que Gaëtan – il fait son toffe, ben non, ben non, même pas mal.

La police arrive. Nous demande de nous éloigner, d’un ton de policier, humanité en moins – c’est dire. Les jeunes me demandent ce qui est arrivé, me disent que j’ai bien fait, et finissent par partir, parce qu’il se fait tard. Des bons petits gars. M’Bai vient me revoir et discuter. Curieux je demande comment ça a commencé.

- Ils parlaient d’Offenbach. Gaëtan a vu le film Gerry. Ils parlaient d’Offenbach, lâche-t-il, désolé par la futilité de la chose. Gaëtan lui a lancé son vin au visage. André n’a pas apprécié.

Une des polices parle à André, l’autre va chercher Gaëtan et prend sa déposition aussi, l’ambulance arrive. La police laisse Gaëtan qui parle avec M’Bai. Je m’approche d’eux. Curieux, encore. Gaëtan, c’est le baveux dans l’histoire. D’ailleurs il en remet, plus d’une couche. André ne le prend pas, la police demande à Gaëtan de s’asseoir, qui en ajoute encore.

Un instant, l’agent a VRAIMENT considéré lui casser la gueule lui-même. Quand je dis baveux…

Histoire de l’éloigner, je propose à Gaëtan d’aller s’asseoir sur sa “terrasse”, qui se trouve à être une portion d’asphalte près du trottoir, derrière la clôture. Les ambulanciers soignent André, quand on s’assoit. Gaëtan m’explique l’histoire, Offenbach, tout. Encore soûl, il est chamboulé. André est un bon ami. Un gars intéressant, comme “il y en peu par icitte”. Il a déjà été violent, mais pas à ce point. Il ne le verra plus, dit-il platement.

La police revient vers Gaëtan, lui remet son amende (75 $, sachez-le) pour trouble sur la voie publique ou une autre bébelle du type…

Soixante-quinze piasses pour la raclée de sa vie, il l’a un peu mal pris…

… et lui dit qu’André n’a pas l’air trop calmé et qu’il lui en veut toujours. Gaëtan affirme qu’il ne veut pas porter plainte, ce qui ne compioute pas dans la tête du flicard, qui finit quand même par se lasser, non sans avertir Gaëtan que s’il avance encore avec la bière qu’il vient de s’ouvrir, il l’arrêtera pour avoir consommée de l’alcool sur la voie publique. Une tête de con, genre.

Tout le monde part, je reste seul avec Gaëtan quelques minutes, il m’offre une bière. Une dame ouvre la porte voisine et demande ce qui se passe. Gaëtan raconte sommairement et dit de ne pas s’en faire. Elle rentre.

La propriétaire ? Eh non. C’est Gaëtan le proprio.

On boit notre bière sans trop parler. Ça devient akward, après un bout. La magie s’est envolée. Je me lève, on se salue.

Je me couche dans le sous-sol encombré des meubles des grands-parents. Je commence à comprendre d’où je viens. Je me recale dans l’oreiller.

Et je contemple le cycle.

La fatigue…

juin 13, 2011

des derniers jours. Je commence à reprendre du mieux. Je n’étais pas malade. C’est une question de gestion, qui m’a épuisé. Une gestion du quotidien, mêlée à celle d’une amitié.

Un pote à moi se dope. Ben comme faut, là. Il s’en cache, à moi, à tous, à lui-même. En fait, à moi, il s’en cache pas tant que ça. Mais quand je lui ai dit que ça me dérangeait, il a commencé à le faire en cachette.

C’est mon coloc. Pas évident les cachettes.

J’ai rien contre les drogues.

J’en ai contre l’abus.

Et la dépendance.

Moi aussi, de temps en temps, j’appelais le livreur. “Un green, steplait”. De l’herbe. Rien de ben grave. Sauf que moi, la dépendance, je connais pas ça. J’ai fait quelques essais, depuis l’adolescence. Mais je suis resté loin des grosses drogues dures. Je ne suis pas dépendant, et je suis pas con non plus. Je fume mon petit joint, le soir pour relaxer avant de dormir. Jamais en journée. Je me veux fonctionnel. Parce qu’à la longue, ça me rendait parano. Pis plate.

Mon chum, lui, c’est tout le temps. Il se lève, il fume. Il prend sa douche, il traîne sa pipe dans la salle de bain. Il va travailler, il fume pour se motiver. Mais bon. Je connais des gens fonctionnels, comme ça quand même. Tant qu’ils mettent personne en danger en conduisant ou whatever. Mais là où la ligne s’est faite dans ma tête, c’est quand j’ai fait le calcul de sa consommation de poudre.

Moi aussi j’en ai fait de la poudre. Plus qu’une ou deux fois. Mais jamais trois à quatre fois dans la même semaine. Jamais, que ça m’a coûté 600 $ par semaine de dope.

Pis jamais je me suis enfermé dans ma chambre pour sniffer.Pour contempler le vide de mon mur, mon absence, le blank dans mon existence.

Mon coloc pense que je le sais pas. Que je catche pas, quand il dit qu’il est fatigué, après s’être fait livré et avoir trainé le dealer dans sa chambre pour m’empêcher de voir ce qu’il achetait.

Un problème, tsé.

OK, aussi, j’ai peur qu’il se serve de moi, qu’il me vole. On sait ce que ça fait les dépendants. Prêts à tout pour leur dose.

Mais c’est un chum. Je l’ai confronté, à quelques reprises. M’a fait oui oui. S’est encore plus caché. Souvent j’ai peur de partir de chez nous, parce que ça lui laisse l’occasion d’appeler sans culpabilité. Sept fois, l’autre week-end, j’ai vérifié sur l’afficheur. Sept fois, en trois jours.

Il se contrôle, pas, vous comprenez…

Donc, question de gestion, autant de ma vie personnelle et quotidienne, que de mon amitié pour lui, j’ai organisé une intervention. Deux, trois autres de ses meilleurs amis. Ses parents.

Me suis haï de lui faire ça, mais soit c’était ça… ou alors (mettons ça au pire) je le retrouvais dans la rue, ou victime d’une overdose, et seul à avoir connu son problème, seul qui “aurait pu agir”, seul qui n’aurait donc rien fait pour son chum.

Il m’en veut. Il nous en veut tous, à ceux qui étaient là, mais surtout à moi.

Clamski me dit de ne pas m’en faire, que j’ai fait la bonne affaire. En tirant sur sa pipe, il me raconte une ou deux anecdotes qui ont rapport à ça, pour me faire comprendre je ne sais trop quoi… Je ne l’écoute pas.

J’appelle plutôt le livreur.

Un green steplait.

Un beaume sur ma vie.

Laisser parler les mots

mai 17, 2011

Mes fervents amis Facebook ou abonnés Twitter l’auront remarqué, dans les derniers jours, je me suis mis à la lecture d’un classique de la littérature linguistique, Le Degré zéro de l’Écriture, de Roland Barthes. Un peu comme le menuisier connaît son matériel, il est, à mon avis, nécessaire de connaître la linguistique pour s’exprimer comme du monde. En tout cas, de s’y intéresser. En tout cas, de savoir que ça existe. En tout cas.

Les gens qui me côtoient un minimum savent que la seule vraie spécialité que je vise, la seule que je voudrais ultimement maîtriser, c’est le langage.

Parce que généralement, je suis un généraliste. Ma rengaine c’est que je suis assez bon dans tout, mais génial dans rien. Que je suis capable de tout faire, à un niveau acceptable, quoique moyen. J’ai souvent vu ça comme mon drame personnel.

Mais avec le recul, je pense que le généraliste est nécessaire (je l’espère sincèrement), parce que c’est souvent lui qui fait le lien entre toutes les spécialités. Non ?

Quoi qu’il en soit, la linguistique est probablement la seule matière qui m’intéresserait assez pour que je me lance dans des études poussées, genre maîtrise, doctorat. Si ça vous blase, la linguistique, arrêtez de lire ici.

J’en reviens au degré zéro. Moi, je trippe. Je vous fais un petit résumé ici.

Barthes semble postuler que la sémiologie est partie intégrante de la linguistique, plutôt que l’inverse, comme l’avait supposé le grand linguiste (aux grands pieds haha) Ferdinand de Saussure. On lit entre les lignes qu’il y a dû y avoir une guéguerre sur le sujet et que Barthes s’est investi de la mission de prouver à tous que c’est lui qui a raison. C’est un universitaire, après tout.

En vrac :

Certes, objets, images, comportement peuvent signifier (…) mais ce n’est jamais de façon autonome ; tout système sémiologique se mêle de langage.

Là où il veut en venir, c’est que les objets, images et comportements dépendent d’un code qu’on doit connaître au départ pour comprendre et être compris : le langage.

Exemple simplissime : on sait ce que le signe “céder le passage” veut dire, mais pour quelqu’un qui ne le sait pas, le triangle à l’envers bordé de rouge ne signifie sans doute pas grand-chose.

Le Langage, lui, serait la Langue + la Parole – oui, Barthes est très algébrique dans ses explications linguistiques.

La langue est un contrat social,  qui fait qu’on arrive à communiquer en tant que groupe.

La parole, c’est l’usage qu’on fait (individuellement, cette fois) de la langue.

La multitude des paroles crée donc la langue – et ce sont elles qui la font évoluer. Mais les paroles dépendent aussi de la langue, parce que c’est la base du système qu’on utilise pour s’exprimer (et surtout, se faire comprendre).

Vous me suivez ? En clair, et dans les mots de Barthes : La Langue est le trésor déposé par la pratique de la Parole, dans les sujets appartenant à une même communauté. C’est beau, quand même.

Barthes postule, à priori, que la sémiologie est une partie de la linguistique. Il précise qu’il se contente de proposer, d’éclairer une terminologie, en souhaitant qu’elle permette d’introduire un ordre initial (même s’il est provisoire) dans la masse hétéroclite de faits signifiants. Mais comme tout est lié, relié (la langue est nécessaire à la parole et inversement, la sémiologie est nécessaire au langage et inversement), je ne parviens pas encore à voir comment il arrive à faire cette distinction.

Je n’en suis encore qu’à l’introduction ; c’est dense et difficile à digérer. De prime abord, je trouve qu’il tourne les coins ronds.

Mais, miam ! J’adore.

Je crains souvent…

mars 29, 2011

… que de ma masturbation intellectuelle, ne reste plus que le kleenex souillé du contentement. (Ah, c’est beau… ahem…)

Le contentement, c’est mal. En fait, le contentement, c’est le début de la paresse intellectuelle.

J’aime réfléchir. Mais j’ai peur d’arriver à une réponse. Et, par extension, de finir par avoir un avis définitif sur tout.

Faut me comprendre : depuis un an, j’occupe un poste de “contrôle-qualité” pour une chaîne de télévision. Le titre exact, c’est chargé de production, mais au final, c’est vraiment du QA : je m’assure que la production qu’on me propose soit à la hauteur de passer à la télé, sur notre chaîne et qu’elle respecte notre ligne éditoriale. En gros, je regarde les épisodes, et je les évalue à titre de premier spectateur, mais spectateur qui a, dans une certaine mesure, droit de regard sur le montage final. C’est certes être pris entre l’arbre qu’est ma chaîne et l’écorce que sont les boîtes de prod (et les égos qui viennent avec) dont les séries sont diffusées, ce qui n’est pas aisé – j’en ai vécu des choses en un an…

Mais reste que ma job, c’est de regarder la télé. Y a pire.

En plus de ça, je suis analyste de scénario, pour la Sodec, ce qui implique la lecture de bien des pages de scénario de long-métrage, ce qui implique de trouver des choses complètement aberrantes, et d’autres simplement géniales, mais toujours en me gardant dans la perspective que moi, j’en n’ai pas encore écrit, de long-métrage. Ça s’en vient, c’est pas comme si, mais là, physiquement, rien de concret.

Mais ce sont deux rôles qui m’obligent à analyser, à prendre des décisions qui influeront sur d’autres gens.

Oui, des décisions qui ont des conséquences sur quelqu’un d’autre que ce cher moi.

Qui suis-je donc pour juger, pourtant ? que je me demande à l’occasion. Bah, je n’en fais pas une maladie. J’ai été engagé et on m’a gardé toute l’année comme chargé de prod, et on semble très satisfait de mon boulot. On me rappelle après les dépôts pour demander ma contribution comme lecteur de scénario. Je suis apprécié, donc, puisque qu’on veut ma collaboration.

Non, ce qui me gêne, c’est justement la tournure que ça peut prendre dans ma vie, de dire “ça c’est bon” ou “ça c’est mal”, suivant parfois une réflexion aboutie (parfois, oui), et d’autres fois un sentiment, instinctif, qui s’impose à moi, faute d’arguments meilleurs.

Ce qui me gêne, c’est d’en venir à un point où je juge sans remettre en contexte. Et qui fait que parfois, je peux certainement avoir tort.Ne serait-ce que parce que je feele pas.

C’est con, hein.

Évidemment, je me remets constamment souvent en question. Mais pour combien de temps encore ?

Clamski rigole. Pas la première fois que je lui en parle… Il me dit que je ne suis pas encore sur le point d’arrêter de me remettre en question, que je sais encore faire le cheminement qui mène à une décision éclairée.

- Crisse, regarde-toi aller, le temps que tu mets à décider quel sorte de café tu veux, quand on sort !

Ouais.

C’est rassurant… je suppose…

Je plains le columniste…

mars 22, 2011

… de métier – attention, j’ai pas dit communiste, c’est une nuance importante, même si le correcteur de wordpress ne semble pas vouloir la faire. Le columniste, c’est le professionnel de l’opinion. Laquelle ? La sienne. Qui devrait représenter les opinions de son lectorat, dans la belle théorie.

En pratique, on se le dit-tu qu’y a du monde qu’on lit pour les haïr ? Bref.

Le columnist professionnel, en plus de donner son opinion sur tout et n’importe quoi doit constamment renouveler ses sujets. Parce que bon, ça va peut-être mal au Japon, quand ça fait 5 jours, une semaine qu’on en parle, le public se tanne : c’est loin, sont bridés, pis ça fait assez longtemps qu’ils règnent sur les technologies de pointe et nous volent nos jobs, ça nous laissera le temps de les rattraper.

Non ? Non. Mais c’est un autre billet. J’ai des oreilles qui pigent malgré moi de ce type de conversations parfois… Ou un oeil horrifié qui lit sur les internets que c’est GodSentPaybackTimeforPearlHarbor. Whatever.

Le public se tanne, donc, et le columniste consciencieux doit pourtant écrire. Il tente de trouver un angle, un sujet. Il cherche : qu’est-ce qui me tient à coeur ? Une cause, un organisme ? Nan, trop plate. Qu’est-ce que Jean Charest a fait ? Nan, trop habituel. Qu’est-ce que je pourrais encenser ? Nan, j’ai fait le tour de ce que j’aime dans la vie, j’ai mes habitudes, pis chus ben content.

Je pense secrètement que Marie-Claude Lortie n’écrit pas sur la bouffe et les tendances par choix, mais bien par dépit…

D’autres diraient que c’est de la paresse de la part du chroniqueur, ou alors le fait d’être un arriviste arrivé. Moi je pense que c’est plus platement la routine qui finit par ronger tout le monde, quoi.

Tsé, si Groumph n’avait jamais inventé la roue, nos journées seraient pas mal moins routinières.

Alors là, le columniste a une idée : je vais écrire sur un grand fait de société qui me purge, me hérisse, contre quoi je pourrai m’insurger un bon coup, pis on en entendra plus parler – ça a fait ça avec le Japon, tsé… Mais ce qu’il oublie, c’est que dans ce monde où les sujets importants passent, bien d’autres columnistes cherchent des idées.

C’est comme ça qu’on crée un débat de société par icitte.

MATANTIFICATION. MADAMISATION. BONHOMISATION.

Non, je veux pas en parler, c’est pour mon personal branding. Ou mon Klout, c’est selon. Je veux juste l’écrire dans mon billet.

Non, en fait je voulais parler de hockey.

C’t'une joke.

J’ai joué au columniste et sous ses dehors d’analyse profonde, ce billet, avouez-le, ne vous apprend strictement rien…

Bah… au moins, vous l’avez lu. Toujours ça de gagné.

Du moins… pour moi, là.

Il s’agissait bien…

mars 8, 2011

de lui. Il avait eu l’occasion de voir son visage à plusieurs reprises.

Soit, c’était dans ses rêves, mais il était impossible qu’il se trompât: c’était bien l’homme. Pax retenait sa respiration depuis déjà quelques secondes. Quand il disparut de sa vue, il échappa un soupir : il n’avait pas été repéré. Il entreprit de se dépêtrer des vêtements du garde-robe où il se cachait et s’essuya le front du bras, fort conscient du cliché de son geste, mais son front coulait, comme s’il avait couru le marathon.

L’homme des rêves marchait désormais de l’autre côté de la rue. Pax eut du mal à dissimuler sa sortie du placard à ses collègues du ministère, mais se réconforta en pensant qu’il avait dû paraître encore plus ridicule quand il y était entré, pris de court par la présence de l’homme.

Il se demanda un instant pourquoi il s’était spontanément caché, le rêve de la nuit dernière étant déjà loin dans son esprit.

Ah ouais : dans ses rêves, cet homme le tuait à chaque fois de manière de plus en plus abominable… Quand ce n’était pas à coups de hache, c’était par dissolution dans un baril d’acide, ou encore par dissection sans anesthésie.

Un réflexe acceptable, en l’occurrence, la cachette.

Pax ne savait pas pourquoi il s’était mis à sa suite, cependant. Si jamais c’était effectivement un homme dangereux – une hypothèse que Pax n’envisageait pas réellement, mais qu’il prenait plaisir à cogiter – c’était d’une connerie à la limite de la folie. En traversant la rue, Pax se convainquit que sa curiosité était bien preuve d’intelligence, pourtant – mais évita bien de penser que la connerie, la folie et l’intelligence n’étaient pas mutuellement exclusives.

La ville respirait sous le manteau de la dernière tempête de neige de la saison ; elle respirait difficilement, s’entend, enrouée : les voiture avaient peine à avancer puisque ces sales cols bleus s’affairaient à regarder leur chèque de paye d’heures supplémentaires enfler plutôt qu’à avancer le déneigement.

Façon de parler.

Pax suivait l’homme de loin. Quand il le vit entrer chez un boucher, il fut pris de court. Il décida de ne pas l’y suivre et de patienter à l’extérieur, ne serait-ce qu’à cause de la présence des outils du boucher qui lui foutaient la trouille. Pas les outils en tant que tels, plus que l’utilisation que le tortionnaire de ses rêves aurait pu en faire.

Au bout d’un certain temps, Pax commença à s’avancer vers la boutique, curieux de ce qui s’y passait.

À la vue de la petite rigole de sang, qui coulait par la porte entrouverte, il s’arrêta. Il n’avait pas encore atteint la vitrine et n’avait aucun moyen de savoir ce qui s’y passait. Il n’entendait personne crier, cependant, et à moins que le boucher fut seul, il était un peu hâtif de supposer que l’homme avait dépecé de l’humain depuis son arrivée.

Pax jeta un oeil par la vitrine, pour se rassurer.

Il vit l’homme, le regard luisant, le chapeau de boucher sur la tête, en train de couper une grosse tranche de viande, dont le sang ruisselait sur le plancher.

Peut-être la tempête jouait-elle encore sur ses nerfs, mais Pax ne fit ni une ni deux : il entra dans le magasin, saisit la petite chaise près de la porte et de toute sa force de fonctionnaire à la santé publique, il la fracassa violemment sur la tête du boucher, qui tomba sur son couteau. Un filet de sang et un regard d’incompréhension glissèrent sur son visage.

Pax, satisfait sortit de la boutique, content de n’avoir pratiquement aucune trace de sang, sauf sur le doigt, mais elle pourrait aisément passer pour de l’encre rouge.

Dans ce m0nde où l’homme est un loup pour l’homme, se raisonnait-il, valait encore mieux prévenir que guérir.

On le retrouva rapidement, grâce aux empreintes de ses semelles. On l’emmena à l’asile. Il continua de rêver de l’homme. On lui trouva, ici aussi, un travail routinier et abrutissant.

Mais au moins, il n’avait plus à vivre dans le monde extérieur.

Je subis l’hiver…

février 4, 2011

… cette année. j’ai pris trop de choses, je pense.

non pas “pris”, tant que j’ai décidé d’essayer-d’accomplir-trop-de-choses-pendant-une-période-de-l’année-où-je-suis-par-définition-moins-productif.

constat : si j’avais mis les traits d’union dès mon premier jet, je serais rendu plus loin dans ce billet.

comme je suis un tit peu linguiste sur les bords, j’ai eu l’idée, dans ce work-in-progress qu’est-ce billet (ah, ça va mieux en les mettant tout de suite, je le savais), de séparer tous les unités sémantiques de cette phrase unie et de les analyser pour vous. ben oui, on trouve son fun où on peut :

essayer : bon déjà, on voit que ça part un peu mal. je n’ai pas décidé d’accomplir quelque chose, mais bien décidé d’essayer. la confiance règne, hein.

d’accomplir : cette fois, le mot est un peu fort. ya rien d’accomplissant dans ce que je veux faire, hein. je travaille sur une chanson ou deux, sur un roman ou deux, et sur des synopsis de film. tous des projets personnels pour lesquels je n’ai pas vraiment de date limite.

trop de choses : jugement de valeur. qu’est-ce qui est trop, qu’est-ce qui est assez… à vrai dire, je pense que c’est pas si énorme que ça. mais je pense que mon timing est mal choisi. justement :

pendant une période de l’année : eh ouais. si j’avais fait ça à long terme, mettons. ben non ! ya fallu qu’on me parle de telle maison d’édition qui cherche tel type de roman jeunesse, qu’on s’intéresse à moi comme scénariste, et surtout que je me promette de faire une nouvelle chanson PENDANT que je travaille encore à temps plein, comme chargé de prod. bravo la vie et bravo moi pour tant de réalisme.

où je suis moins productif : oui. je bosse à la lumière, moi, scorpion ou pas.

par définition : ouain… c’est de trop, ça.

je ne me plains pas. je ne suis pas encore là où je voudrais, mais je pense que ça s’en vient. je pense. et où je suis actuellement, c’est pas mal.

De toute manière, Clamksi s’est habitué à me voir tergiverser tous les soirs devant mon document texte ou devant garageband.

à me voir étudier la façon d’écrire un scénario, sur tous les sites web possibles. je sais comment, faut pas confondre, mais ça me rassure de relire la technique quand même. c’est l’histoire qui sort pas. la quête du personnage, genre, que j’ai de la misère à identifier. plein d’idées de départ, d’univers. mais l’esti de quête.

à me voir soupirer devant le même paragraphe pendant 40 minutes sans savoir où se situe exactement le hic, ce qui marche juste pas. souvent, c’est la lâcheté d’effacer : ça beau être de la marde, c’est ton bébé.

pis ben, il m’écoute patiemment essayer de trouver la lick de guit qui fitte. ou de basse. ou les paroles.

il se marre. mais il a arrêté de se moquer. il trouve que je m’étale. je lui réponds qu’au moins, je suis assidu. et que si je finis par finir un de mes trois projet avant longtemps, j’vas être fier.

des fois ça compte.

On vous lit…

février 1, 2011

… avec Clamski, on passe en revue les internets, vos blogs. On les lit, rarement au complet, mais jamais en diagonale. Je m’installe sur mon ordi, et je l’entends respirer par-dessus mon épaule. Disons que je suis assez bien placé pour entendre ses exclamations. Des fois, il vous adule : “Quel prose, quelle audace, c’est pas toi qui écrirais de même !”  D’autres fois, il se demande pourquoi vous avez ce point de vue, plutôt qu’un autre, pourquoi vous avez choisi tel angle pour aborder un sujet…

À vrai dire, tant que vous avez du style, de la répartie et que vous faites pas trop de fautes – eh ouais, il est comme ça, mon Clamski – j’entends surtout des petits rires amusés et du coin de l’oeil, je le vois hocher la tête en signe d’assentiment.

Mais hier, en cherchant une recette, je suis tombé sur un blogue de foodies…

Bon, déjà, les tendances, lui et moi sommes contre.

Bah au fond, j’ai rien contre Canada Goose comme tel. Suis certain que c’est chaud et, vrai, la coupe est belle. J’en ai contre les gens qui en portent parce que l’hiver dernier, tout le monde en avait, et qu’ils en ont acheté un aussi. Et que ça devient exponentiel. Et que 50 % des gens qu’on croise en hiver en portent. Un peu de diversité, que diable.

Ainsi, nous sommes contre les tendances. D’abord parce que elles sont l’impulsion de départ – élan de sociologie extrême – du conformisme, d’où découle l’exclusion des non-conformes. Vite dit, là.

Mais nous sommes aussi contre parce qu’elles sont souvent complètement, absolument, vides de sens.

Les foodies, donc… Oui, manger, c’est quand même une part importante de la vie. Oui, bien manger et se payer la traite font partie d’un régime (haha) de vie auquel j’adhère complètement. Je cherche des recettes sur internet, c’est dire que je dépasse les pâtes au ketchup que je me faisais y a dix ans.

Mais parler de bouffe, par écrit, quand on ne décrit pas une recette, c’est quoi sinon le comble de l’absurdité ?

Que quelqu’un ressente le besoin de me dire que le souper qu’il a fait hier était tellement bon, “Ah, j’ai telllllllement aimé cette recette que je ressens le besoin de la laisser refroidir pour parfaire la disposition dans l’assiette avant de la prendre en photo”, ça, ça me dépasse.

Ben ouais, juste à pas les lire, ces blogs…

Mais c’est pas mon point : “Veux-tu un beau sujet de conversation qui risque pas de faire de chicane ? m’a lancé Clamski. Parle de bouffe”

Et ça y était, tout était dit.

Vacuité des propos, c’est ça qui pèse.

Ben ouais, juste à pas les lire…

Vieux stock…

janvier 26, 2011

…encore une fois. Ça me donne l’impression d’écrire, peut-être. Écrite… ya dix ans. Publiée ce soir sans retouche, sauf corrections des fautes. La première phrase, en italique, était imposée et tirée d’un bouquin dont j’ignore désormais le titre.

C’était soudain silence il n ‘y avait plus rien, rien que les craquements de la maison que j’habitais une fois l’an, l’été, près d’une forêt, sur les rives d’un lac calme qui chaque soir s’ensanglantait harmonieusement, c’était ma cousine, Emma (maigre, vêtue de ténèbres, le visage si blême), c’était elle que j’allais voir toute la saison, elle racontait que sa vie s’était dénaturée quand elle avait lu, pour la première fois un livre noir qui préconisait l’absorption régulière de fèces de bouc noir, je la trouvais folle, oui ils me croyaient tous folle au départ, mais ils ne disaient rien, ils me regardaient, craintifs, sauf Jean, qui chaque été devenait mon disciple, je sentais la puissance que j’accumulais sans cesse, j’entrevoyais les démons qui chuchotaient, qui me dictaient les actes à effectuer afin d’être accueillie dans la douce chaleur de l’enfer à ma mort que je souhaitais imminente, la vie ne me semblant être qu’une importunité y retardant mon accès, et je fuyais, tous les matin j’accueillais Jean au sortir de sa chambre savourant encore ma dernière rencontre avec l’incube de service, nous partions à bicyclette à travers le bois, invoquant les diables de la forêt, les rites incantatoires étaient dans mon bouquin et nous les suivions à la lettre, lui, mon disciple, fort impressionné par la langue inconnue que je parlais et moi, belle comme la nuit, qui ne me rappelait même plus ma langue maternelle, elle était trop forte, je renonçais à mon corps, à mes pensées personnelles et je devenais sien, la journée passait comme une seconde, une journée, une autre…  Sur le chemin du retour, nous provoquions un accident, nous pédalions dans le chemin des voitures qui, fort dérangées par notre apparition, finissaient toujours leur course au fond du ravin, le visage des conducteurs atrophiés de rage, ils griffaient l’air de leurs doigts, nous les collectionnions, les grosses, les petites, les bleues, les japonaises, c’était notre secret, nous pouvions utiliser les restes des conducteurs pour initier nos rites personnels, dès qu’il faisait noir, ma cousine me conduisait au village pour y tourmenter sa victime, une fillette, Emma mettait son visage blafard à la fenêtre, inventait un rictus apeurant, «inspiré du démon» me disait-elle et faisait hurler la petite, puis nous nous sauvions avant que le père ne vienne voir à l’extérieur ; un instant plus tard, il convaincait la môme que ce n’était que son imagination.

Peu de temps après, la môme sacrifia, à contrecoeur, ma cousine sur ses propres ordres…

Ya pas si longtemps…

janvier 25, 2011

…c’est-à-dire ya presque deux ans, j’ai participé au concours Le Dernier Mot, de l’émission Vous m’en lirez tant, à la première chaîne de Radio-Canada.  En gros, il fallait écrire chaque semaine des texte de 200 mots environ sur un thème imposé (j’avais fini deuxième, si ça vous intéresse). Je vous en copie un sur lequel je viens de retomber et que j’aime pas mal. Eh ouais, en gros, je vous refile du vieux stock – c’est pas la première fois, et ça ne sera pas la dernière…

Le thème, ici : composer une pub pour un produit quelconque. Ça allait comme suit…

Produit de luxe

Maintenant que vous possédez la montre qui va avec votre compte en Suisse ;

Que votre femme fleure bon le numéro cinq de Coco,

Que vos enfants roulent en BM décapotable, du cégep à l’aéroport, où les attendent leurs sièges première classe, direction Ibiza ;

Et que votre chien a ses rendez-vous manucure pour les trois prochaines années…

…vous vous demandez ce que vous pourriez bien faire avec ce petit boni à la performance qui vient de tomber du ciel ? Nous avons la solution !

Vous avez besoin de Rien ! Le summum du luxe, la panacée du dépensier bref, le cadeau idéal pour ceux qui ont déjà tout… et qui souhaitent encore dépenser. Les grands de ce monde savent qu’ils doivent miser sur Rien pour leur apporter la tranquillité d’esprit en ces temps moroses. Ne soyez donc pas à la traîne : procurez-vous tout de suite un petit Rien tout neuf ! – aussi offerts, le moyen et le gros Rien.

Tout ce que vous avez à faire, c’est vous rendre sur notre site internet, nous donner votre numéro de carte de crédit, et vous obtiendrez Rien, pour quelques paiements faciles de… trois fois Rien… faites le calcul, vous pouvez vous le permettre…

Soyez tendance, achetez… Rien !

Disponible jusqu’à épuisement des stocks…

“Assurément…

janvier 24, 2011

…pensa Richard Malouin, pendant qu’on le traînait contre son gré dans la fine neige qui venait de tomber, assurément, quelqu’un m’en veut.”

Il souffrait en silence. Mais il n’allait pas pleurer, crier ou supplier, au risque de faire plaisir à cet être moche, puant, et fort probablement arabe.

“Monsieur ?” le hêla-t-il. Il s’en voulut aussitôt d’être si poli avec une telle brute, mais se jurait de se reprendre dès qu’il aurait retrouvé l’avantage. Ce qui n’allait pas tarder à se produire.

Richard Malouin retrouvait toujours l’avantage.

Il en avait fait le slogan de la firme : “Parce que nous avons l’avantage”.

Pour toute réponse, un violent coup de tennis, abimées et mouillées, lui écrasa le nez.

- Ta gueule, vermine !

Outré, Richard Malouin se raidit, ce qui lui valut de souffrir un peu plus. Le trottoir n’était pas si loin sous la neige et la surface rugueuse accentuait l’eczéma qui commençait déjà à apparaître sur son dos. Malgré cela, il ne put s’empêcher de rire en disant :

- C’est moi que vous appelez “vermine” ?

L’homme s’arrêta un moment. Richard Malouin pensa pouvoir en profiter pour discuter, entre hommes civilisés.

Quelle ne fut pas sa déception d’ouvrir la bouche à l’instant précis où l’inconnu lui cracha au visage. L’homme recommença à le traîner si brusquement qu’il s’assomma et perdit connaissance.

À son réveil, l’homme le trainait dans une ruelle. Le trottoir sous la neige avait fait place à l’asphalte à gros grain et faisait souffrir Richard Malouin d’autant plus.

Peu après, attaché à cette chaise droite et raide, en bois, dans un garage humide et mal chauffé, tout ce qu’il voulait, c’était une explication. Cette pensée “qu’il y avait un sens à tout ça” le gardait alerte. Il avait fait bien des choses répréhensibles et le temps était venu pour lui de se faire réprimander. Mais il tenait à savoir pourquoi.

L’homme lui coupa les orteils, un par un. Richard Malouin ne put s’empêcher de crier, mais était en même temps en train se demander qui était cet homme. Que lui voulait-il ? Pourquoi s’en prenait-il à lui ? Certes, Richard Malouin avait des ennemis. Partout. Dans son pays comme à l’étranger, ça allait de soi…

L’homme fit de même, méthodiquement, avec ses doigts. Richard Malouin pensa curieusement qu’il ne pourrait plus lire le journal, le matin… Il cria encore, mais avec moins de force.

Quand l’homme lui enfonça les yeux dans ses orbites, de ses pouces, Richard Malouin décida que le journal était une moindre perte. Il se mordit la langue et la trancha de ses dents. Il toussa et ses sens ne répondirent plus dès lors.

Sauf peut-être le toucher.

De toute façon, quand il sentit une lame passer tout le long de ses jambes, puis de son bras, puis de son torse et comprit finalement que l’homme était en train de le peler vif, Richard Malouin ne pouvait plus crier. Du sang lui coulait le long de l’oesophage et il pensa qu’il mourrait probablement étouffé.

Cet homme était-il le fils d’un ancien employé qu’il avait congédié sans préavis, du temps que c’était permis ? Ou alors le frère de ce suicidé qu’il avait lui-même encouragé, quand il était venu le trouver en pleurs dans son bureau ? Ou bien le père de la petite, celle de la semaine passée ?

Quand il sentit la vie l’abandonner, Richard Malouin ne savait toujours pas pourquoi cet homme lui en voulait tant.

Dans le fond…

janvier 12, 2011

ce dont on a peur, c’est de finir tout seul. On a tous l’exemple du vieux ou de la vieille qui finit sa vie, seul dans sa maison, portant le calvaire de simplement continuer à vivre… pour rien, hein. Quand c’est maladie, par-dessus ennui, multiplié par l’isolement…

On envie tous les p’tits vieux qui vieillissent à deux aussi.

Mon grand-père est mort, dimanche.

Je me prends à le dire aux gens. À m’en attrister ouvertement. Curieux. Pour moi, les grands-parents étaient depuis longtemps casés comme “Parents de mes parents”. Ceux que mes parents aiment ou détestent, mais qui n’avaient qu’un lien filial ténu, finalement, avec moi. Je prenais de leurs nouvelles par mes parents, qui leur donnaient des miennes. Et on était bien content de se voir (je devrais insister sur le mot “voir”) aux fêtes.

Certains compatissent beaucoup. (Trop ?) C’est gentil, mais je ne sais pas trop comment le prendre. C’est quand même pas mon père; c’est le père de mon père.

D’autres s’en foutent. Je pense que ça vient du fait qu’eux les ont probablement perdus bien avant, plus jeunes. Et qu’ils n’ont pas réellement eu le temps de s’attacher. Bah.

Je prendrais parfois un peu plus de compassion de certains chums. Pis d’autres fois, je me dis que je dois bien leur rendre, leur insensibilité, parfois.

Tout ça pour dire…

L’enterrement se fait dans deux semaines. Pourquoi ? Parce que ma grand-mère, sa femme, a été hospitalisée. Pneumonie. Elle a dit que c’était “trop tôt”, de l’enterrer ce week-end.

Elle est en forme, un peu alzheimer, rien de grave encore.

J’ai la drôle d’impression qu’elle a envie de ne pas finir seule.

Et qu’elle planifie aller rejoindre son homme.

Clamski s’étonne : elle ne peut pas faire ça. Je lui réponds que c’est très facile de s’abandonner à la maladie. Compte tenu des circonstances.

Il me conseille d’au moins en parler à mon père. Pour le faire taire, ce trop compatissant, je lui promets que je vais.

Mais je me demande encore.

Rennes 2010 – sur un banc du Thabor

janvier 1, 2011

À chaque retour, c’est la même chose. Je laisse mes pieds me guider. Je crois avoir, quelque part en moi, un tracé bien précis qui demande à mon inconscient de le parcourir.

À chaque coin de rue, je sais – tout en ne le sachant pas, ou plus – sur quoi je vais tomber : tel commerce, tel café, tel parc, telle place de marché, tel appartement où on m’a fait la grâce d’une pipe imprévue…

Parfois ça a changé. Mais rarement pour le pire. Rennes bouge. Rennes est la deuxième “ville dynamique” de France, dixit wikipedia.

J’y ai habité en deux, voire trois temps.

Une première fois, un an. Voir l’Auberge espagnole, de Klapisch. Et multiplier par 3.

Un deuxième séjour, juste avant de me pousser en Allemagne. Un petit, si petit mais si long mois. Voir l’Auberge espagnole de Klapisch. Et condenser en quatre semaines.

Puis une troisième fois, à la fin de mon mandat en Allemagne. Plus ou moins une semaine.

C’est con, des larmes me viennent aux yeux en entrant au Champion.

C’est con : des larmes me viennent aux yeux en me rendant compte que le Champion n’est plus le Champion, que c’est la marque Carrefour qui l’a racheté, et qu’on l’a réaménagé.

Mais ce ne sont pas les mêmes larmes qu’à Gotha, ma ville allemande, où je suis retourné l’an passé. Gotha, c’est là où j’ai fini par quitter l’adolescence tardive, l’adulescence assumée. Il y a eu un schisme entre le moi d’avant Gotha, et le moi d’après. J’y pleurais ma vie d’adulte trop bien entamée.

Rennes, c’est autre chose. À Rennes, je me suis formé. Certains font ça à l’adolescence, ou au cégep. Moi, il m’a fallu une année Erasmus en Bretagne. Mais ce ne sont pas les mêmes larmes qui me montent aux yeux, ne serait-ce que parce que je porte en moi cette espèce de foi stupide que la ville s’en sort très bien sans moi. Ce sont des larmes de nostalgie, mêlée d’affection et de manque. Comme on pleure sur une ex.

Je n’y étais pas revenu depuis 3 ans.

3 ANS.

Et à chaque fois, cette impression double que c’est la dernière fois que j’y mets les pieds (je dois donc tout revoir, pèlerinage obligé, viscéral)  mais aussi que je devrais tout lâcher au Québec et venir m’y installer.

Mes pieds avancent et je redécouvre la ville que je connaissais si bien, qu’eux semblent encore connaître. Je ne fais que me laisser porter.

Allez. Clamski m’a fait promettre de l’appeler dès mon arrivée, mais je n’ai pas pu m’empêcher de marcher ma ville d’adoption. Il est de nature inquiète. Ce con. Comme s’il pouvait m’arriver quoi que ce soit de mal, à Rennes…

Je dois aussi voir tous ceux à qui j’impose ma présence à chaque fois. On sais jamais, si c’était la dernière…

Je me pousse.

Squatter sa vie…

décembre 12, 2010

Éric a quarante ans. Il est beau, et ça lui sert. Il est brillant, et ça lui sert. Il est intéressant, autant pour les femmes, que pour les entreprises qui recherchent son type de profil. Pourtant, Éric va de contrats en contrats, de remplacements de congé de maternité, en contrats de travail autonome. Il butine, d’une entreprise à l’autre, emmagasinant les expériences, comme d’autres les conquêtes – mais il ne faut pas se méprendre, il compte nombre de conquêtes à son actif, quelques demandes en mariages, un peu moins de fiançailles, mais aucun mariage, faut pas virer fou, quand même – il accumule les expériences, donc, mais dans tellement de domaines différents, qu’au bout du compte, sa crédibilité en prend un coup.

Mais ça, il ne le réalise pas.

Éric est nouveau propriétaire. Mais il n’a pas encore mis son condo à sa main. Il ne “l’habite” pas encore. Il n’a pas repeint les murs blancs en une couleur qui irait sans doute mieux avec ses meubles, meubles tous différents, tous récupérés pour pas cher et qui ne s’agencent pas ensemble, pas une minute, dirait sa mère. Non, il a bien organisé la place, l’espace, mais c’est surtout afin de faciliter la circulation dans son appart. Ce n’est pas encore “chez lui”. Il n’a pas le temps. Trop occupé à devenir un héros du web 2.0 (pas plus que d’autres), un gamer (beaucoup moins que d’autres), à avoir un band (sa gueule et sa voix vont bien avec les mélodies déjà entendues qu’il pense créer), une blonde qui attend patiemment qu’il la demande en mariage (pour avoir des enfants, il faut être marié) et à fumer du pot, aussi souvent que faire se peut, en autant que ça ne nuise pas à sa vie professionnelle.

Amoureuse, à la rigueur, mais professionnelle… c’est pas professionnel, justement.

Bref, Éric cherche à se réaliser. Enfin, c’est ce qu’il pense. Mais au fond, il n’habite pas vraiment sa vie. Il vogue d’expériences en expériences, comme si l’accumulation était le but. Pourtant, il est athée et ne veut des enfants que quand il en parle – jamais il ne se laisserait aller à en faire à sa blonde, qu’il pense quitter incessamment, parce que bon, 4 ans, c’est assez, à notre époque…

Mais alors, à qui serviront ses expériences, si ce n’est pas à ses enfants ou à lui-même, à son arrivée au paradis (je caricature). Mais ne lui demandons pas d’être conséquent. Il a ses problèmes.

Moi, j’y ai jamais dit, à Éric, mais c’est une grande crainte que j’ai, de finir comme lui. De pas avoir été en mesure de t’approprier ta vie. Déjà, je trouve qu’elle ne m’appartient pas encore assez actuellement, alors à son âge…

Mais je ne lui dirai pas, et je continuerai à acheter son pot. C’est pas un ami, Éric. C’est une relation d’affaires. Comme beaucoup trop de gens autour de moi.

Clamski ? Clamski, il squatte la mienne, de vie. La sienne est finie depuis longtemps, dixit lui-même.

J’avais…

novembre 19, 2010

16 ans, c’était l’été. Le soleil me dévorait la peau qui, à mes yeux, n’était jamais assez foncée. Je m’efforçais, tout en me protégeant un minimum, d’acquérir le teint tendance d’une quelconque star hollywoodienne tendance elle aussi.

Allongé sur la pelouse, je fermais les yeux et laissait le soleil dessiner d’étranges formes teintées de bleu, de rouge, de mauve, sur mes paupières. Rien ne me tentait ; à vrai dire, tout m’indifférait. Je n’avais pas encore acquis cette faculté – cette misère, devrais-je dire – qu’est la notion du temps qui passe. Qui court.

Le léger vent caressait mon corps, qui se rappelait alors l’instant d’avant l’orgasme – orgasme que je n’avais encore connu qu’en solitaire et dont je n’entrevoyais ainsi encore qu’à moitié la puissance et l’emprise qu’il pouvait (et pourrait) avoir sur moi.

J’étais seul et, de cela aussi, je m’en foutais.  De vrais amis, des compagnons de vie, au sens large du terme, je n’en avais pas. Et si quelques-uns de ces gars (hou… pas de fille, jamais de fille…) auraient pu devenir de vrais amis, la vie elle-même se chargea de nous éloigner, de nous faire étrangers de nouveau. Et c’est pas Facebook qui a amélioré la situation.

(Je ne trouvai de véritables amis qu’à partir de mes 20 ans. Ce qui m’attriste, avec le recul, c’est que mon goût du voyage, de l’éloignement me les fit perdre, ces gens d’avant ma découverte de la joie d’entretenir des amitiés.)

Au soleil, donc, et seul, je me répétais les paroles de ma chanson préférée, à une époque où n’étaient bonnes que les chansons anglophones, sauf Charlebois, parce que mon père l’avait dit. Au fond, j’avais raison : la nature rythmée des chansons qui excitaient ma rébellion naïve de l’époque ne se prêtait pas aux textes qui allaient me déchirer par la suite (merci Brel et Ferré…). Mais à l’époque, tout était bon OU mauvais, blanc OU noir ; pas d’entre-deux.

Le gris de l’existence ne nous apparait que plus tard dans toute sa platitude.

Je devais en être au troisième couplet quand, enfin, l’heure qui avançait se fit sentir. C’était mercredi, et les mercredis, j’avais la collecte à faire. Granby, La Voix de l’Est. J’avais cet emploi de camelot depuis quelques années, mais c’était le premier été où quitter mon inoccupation pour aller chercher l’argent qui m’était dû me dérangeait. Me faisait chier. Car si le fait de me lever tôt tous les matins de l’année ne m’avait jamais dérangé, j’anticipais désormais les mercredis soirs.

Les deux heures que je devais consacrer à aller chez les gens me paraissaient une éternité. Peut-être ma gêne d’ado au coeur de sa puberté boutonneuse y était-elle pour quelque chose – c’était pourtant dérisoire de penser que ces gens qui, pour la plupart me connaissaient déjà depuis longtemps, et m’appréciaient, se moqueraient – sans doute étais-je devenu paresseux.

Je ne voyais pas l’argent que j’aurais quand je rentrerais à la maison, les poches pleines ; non, je voyais le chien d’un tel qui aboierait après mon coup de sonnette, après moi, et qui tenterait de défendre son maître contre l’intrus hebdomadaire qu’il ne reconnaissait jamais, ce con ; je voyais le vieil homme qui m’ouvrait grand la porte, tout en laissant sciemment le film porno qu’il regardait jouer à la télé, si bien que je devais le regarder le temps qu’il aille chercher mon argent – ce n’est que bien plus tard que j’ai compris qu’il appuyait peut-être carrément sur play quand je sonnais, histoire de satisfaire son étrange perversion ; je voyais cet homme qui ne me payait pas plusieurs semaines consécutives et qui arguait qu’il m’avait payé la semaine précédente… Nous devions alors régler le cas “à l’amiable” et j’y perdais toujours, c’est le cas de le dire, au change.

Je voyais cette jeune mère, belle, mais belle, qui s’amusait probablement de l’érection qu’elle provoquait chez le jeune camelot.

C’est toujours le même problème qui me ronge, aujourd’hui. La finalité m’est étrangère. Je ne la vois pas : je ne vois que les problèmes que j’allais avoir, avant d’y arriver.

Les problèmes que j’aurai certainement, ceux que j’aurai sans doute, les problèmes possibles, et même que je m’en invente d’autres.

Cet après-midi là, j’en inventai suffisamment pour me convaincre que je ne survivrais pas. Je fis, pour ainsi dire, la collecte buissonnière.  Je sautai sur mon vélo, et j’allai me promener n’importe où. Près du lac. Sur le pont Mountain. Dans le parc Victoria. N’importe où sauf dans les rues où j’étais attendu. J’irais le lendemain, la semaine suivante, jamais, n’importe quand, sauf maintenant.

Mes parents m’interrogeraient à mon retour. Ils me demanderaient – parce qu’ils auraient eu des appels inquiets de mes clients -  pourquoi je n’avais pas respecté l’entente tacite qui me liait à eux, de les collecter, ce jour-là de la semaine. Je leur répondrais… rien. Pas de vos affaires, que j’allais répondre.

J’ai toujours eu une vision biaisée de l’argent. J’en avais, je ne m’en souciais donc pas ; en même temps, je me contentais toujours de ce que j’avais.

Il faut dire qu’avec ces 60 $ par semaine, j’étais riche, à 16 ans. J’étais libre.

Clamski verse une larme ironique. Ça m’apprendra à me confier à lui.

- Fait que le vieux pervers, qu’est-ce qu’y est devenu ?

Clamski, bâtard…

Blah…

novembre 7, 2010

C’est tout ce qui me vient, ces temps-ci.

Une espèce d’expression de dégoût, mêlée à la peur du quotidien qui avance inexorablement vers l’avant, vers le temps de ta mort, mon vieux, car oui, tu mourras et peut-être que tout ça n’aura servi à rien, que tu n’auras servi à rien. Et c’est ça qui te peine. Non ?

C’est l’automne, peut-être, qui s’acharne sur toi avec sa moiteur froide, son odeur de terre remuée, d’épandage à grande échelle quand tu traverses les champ montérégiens pour te rendre dans la famille.

C’est ta famille, peut-être, avec les dérives de la maladie du grand-père, qui ont fait que lui et ta grand-mère nouvellement alzheimer – mais bien consciente de l’être, c’est sans doute le pire – doivent aller vivre dans un foyer de vieux, et que leur maison, anciennement la leur, est déjà en vente et ta grand-mère dépérit, ne réalisant pas trop pourquoi elle doit partir, elle qui n’a toujours vécu que sur cette rue, toute sa vie et qui n’a jamais connu que ce tranquille voisinage granbyen, avant de faire construire avec son nouveau mari, cette maison juste à côté de celle de sa mère…

C’est peut-être le job où tu perds, pour ainsi dire, du temps parce que tu ne travailles pas sur tes projets personnels.

C’est peut-être le fait que tu sais très bien que sans ce job, tu procrastinerais à outrance, sans pour autant avancer tes projets personnels.

C’est peut-être l’angoisse qui t’habite, dès que tu ouvres un document word.

C’est peut-être l’anniversaire de tes 31 ans qui arrive trop vite.

C’est peut-être les pubs et décos de Noël déjà sorties.

C’est peut-être le manque de luminosité.

C’est peut-être des super émissions comme J’ai la mémoire qui tourne, qui te rendent nostalgique d’une époque que t’as pas connue.

Ya tellement de choses qui sont possibles, conclut Clamski, mais une seule est certaine : plus tu t’enfermes, plus tu deviens pathétique, mon pauvre ami, de par tes incessantes complaintes.

Et Clamski de couper la corde où j’avais glissé mon cou, avant de me sacrer une claque sur la gueule.

-Prends sur toi, pis vis, asti. Vis.

Ok, ok…

Elle dormait…

septembre 22, 2010

profondément. Sa respiration s’appesantissait de plus en plus chaque nuit, pourtant sans qu’elle semble s’en porter mal. Je mis ma main sur son front cireux. Je sentais à peine le contraste de température avec l’intérieur de ma main.

Je la couvais depuis maintenant 3 semaines. Quand j’avais vu l’ambulance devant la maison, je m’étais approché, anxieux. Autour du véhicule, la foule se rassemblait, tout en gardant la distance de circonstance dans ces cas-là, celle qui sert à “laisser travailler les paramédics” et aussi à éviter de trop se sentir concerné. Les spectateurs (car c’en étaient) discutaient, tentaient de savoir ce qui s’était passé.

- Une chute dans l’escalier, lança l’un.

- Avec toutes ces contusions, c’est la seule explication, avait répondu une dame.

Je remontai son bras une dernière fois, puis le déposai sur le lit. Je n’avais aucune notion d’infirmerie, mais je pus aisément m’acquitter de ma tâche, après qu’on me l’eut montré. Et, je faisais tout pour que mon horaire n’entre pas en contradiction avec l’administration de ses médicaments et les étirements nécessaires chaque jour à un maintient raisonnable de sa forme physique de comateuse. Tout.

J’étais entré avec elle dans l’habitacle, sans même attendre l’accord des ambulanciers, manquant de me frapper la tête dans l’énervement ; j’avais posé ma main sur sa nuque tiède puis les ambulanciers m’avaient demandé de me retirer un instant, en m’assurant qu’il me permettrait de m’approcher une fois les premiers soins donnés.

J’allai me faire un café. La nuit serait longue, le temps frais et la solitude implacable. Je ne dormais plus. Mais cela ne m’importait plus. J’attendais son réveil. De toute façon, ma tournée de nettoyage nocturne comptait aussi son immeuble sur ma liste. Je m’arrangeais donc pour terminer ici et me retrouvais dans son appartement au matin.

À l’urgence, j’avais demandé des nouvelles. Toute la nuit – j’avais manqué mon quart de travail – j’étais resté devant le bloc opératoire où on s’affairait à ce qu’au moins une partie d’elle résiste assez pour que la vie continue de vivre en ses cellules. Verdict, elle vivrait. On avait demandé si j’étais de la famille ; je n’avais pu le prouver, mais faute de mieux, on m’autorisa à la veiller, puis à la ramener chez elle et on me chargea des soins à domicile. Comateuse, son état ne se dégraderait pas, si on prenait soin d’elle. Mieux, elle risquait de réémerger. Un jour.

Je la guettais, donc. Toute la journée. Toute la nuit, je ne pensais qu’à elle, qu’à la retrouver au petit matin.

Je l’avais déçu et je voulais me reprendre.

- Tu es une mauviette, Henri, m’avait-elle dit la dernière fois que je l’avais vue éveillée. Tu n’as pas le cran de dire aux gens ce que tu penses. Moi, si. Jamais je ne sortirais avec un technicien de surface, aussi pompeux soit le titre. Tiens, c’est dit.

Cette fois, je n’y manquerais pas. Cette seconde chance m’avait sauvé d’une autre humiliation. En restant en vie, elle m’avait donné la chance de m’occuper d’elle.

J’avais délibérément ciré son parquet, juste devant l’escalier. C’était un acte lâche.

Cette fois, j’attendais son réveil.

J’allais la regarder dans les yeux

J’allais la regarder dans les yeux en lui enfonçant un couteau dans le ventre.

Blasé…

septembre 9, 2010

… de toutes ces inepties, des filles qui se vendent comme des célibataires endurcies et vantent leur vie de couchette et leurs envies de sauter sur tout ce qui bouge, sur leur blogue, sur twitter, à la télé ou peu importe.

En fait, non, ce bout-là, j’en ai rien à foutre. Elles vivent leur vie comme elles veulent.

Mais j’ai eu une conversation récemment avec Sandy, une amie qui ne l’est plus à cause de ladite conversation, et, ce qui venait après :

“Je vis ma vie comme je veux, je suis épanouie et je me fais sauter autant que je veux”

c’était:

“Je m’ennuie et je veux un gars dans ma vie”.

Après quelques années de ce régime – je suis patient, quand même – c’est pendant ce qui allait devenir notre ultime conversation que je n’ai plus su me contenir.

“Sandy, que je lui ai dit, en la regardant dans les yeux, je te méprise.”

Elle a ouvert de grands yeux. Me sondait pour voir si j’étais sérieux.

“M’en vais te le dire, le secret pour te trouver un chum, fille : arrête d’agir comme une pétasse.”

Un éclair dans ses yeux. Sandy a voulu me gifler, l’espace d’un instant, mais j’ai poursuivi sur ma lancée et elle a comme figé.

“Primo, c’est pas dans un bar, soûle comme trois que tu vas trouver le grand amour ; deuzio, la vie c’est pas Sex and the City, et passé 30 ans, tu n’as plus le quart du charisme sexuel ni du contrôle sur ta vie sexuelle qu’on veut bien te le faire croire et ter…

-Ben voyons, je chasse, moi, c’est moi qui le trouve le gars, c’est moi qui le choisit et qui le traîne dans mon lit, se défend Sandy, qui voyait là une façon de me remettre à ma place.

Car évidemment, la femme “chasse”, désormais.

-Right…que je réponds.

“Encore quelque chose qu’on te fait croire, fille. Voyons donc. Voir si un gars normalement constitué va refuser de coucher avec une fille qui lui fait savoir ses intentions. À part si elle est vraiment repoussante ou si une plus belle lui a fait une meilleure offre plus tôt, mets-toi ça dans tête ma Sandy, ya pas de chasse ici.

Ya un gars qui gagne à la loterie. Point barre.

Et tertio, ton rêve de trouver un homme distingué, classy, qui te tiendrait la porte avant de te faire jouir sur le plancher du salon, tu peux l’oublier tout de suite. Ce monde-là est casé depuis un hostie de boutte – t’as trente ans, ta chance est passée depuis au moins 5 ans – avec des filles qui ont eu la présence d’esprit de faire leurs conneries de jeunesse quand elles étaient jeunes.

Ça fait que refais-toi, sinon une virginité, au moins une réputation, si tu es sérieuse dans ta démarche de rentrer dans le rang des gens qui vivent en couple. Ou arrête de me faire chier avec tes histoires.

-…

-Une clope ? que je lui ai offert, en signe de paix.

-Fuck you !

Elle s’est levé, a rassemblé ses affaires en vitesse, s’est rhabillée, m’a montré son cul et ses seins, et m’a dit, littéralement “Fais-toi une image mentale, tu les verras plus jamais ceux-là !”

J’ai haussé les épaules. “Ceux-là ou d’autres… Des filles comme toi, Sandy, qui se croient libérées sexuellement, mais qui ne font que servir la société de consommation où on vit, il va encore y en avoir. Tant que je vais bander, je vais en trouver. Fait que…”

Elle est partie en claquant la porte.

Clamski est arrivé, m’a reproché mon manque de tact après que je lui ai expliqué de quoi il retournait, mais m’a quand même demandé son numéro de téléphone.

Le monde est fait pour les profiteurs. Aussi ben profiter, tsais.

 


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