Ça commence…

juin 29, 2016

…sur Sainte-Cath, dans l’est, au début de Shlaga, avec un petit homme de presque douze ans, qui marche en face de la Shoppe.

Y avance vaillamment, le vent dans ses cheveux foncés, un peu gras, qui tombent n’importe comment sur ses oreilles, les yeux plissés derrière ses lunettes. Y’a les yeux plissés pour leur éviter la poussière, poussière qui s’accumule pareil sur son manteau de cuirette noir.

Y passe devant un miroir qui traine sur le coin de la cour de la Shoppe. Éric se regarde dedans une seconde. Y’aime pas ses lunettes. Coup d’oeil à gauche, coup d’oeil à droite : y’est tout seul. Y le kicke, pis y’a ben du fun à le voir en mille morceaux après. Y s’armet à marcher.

On y dit souvent de pas trop s’éloigner, pis en général, y’écoute. En général, c’est-à-dire quand c’est le père qui y dit. Le père y est convaincant, y parle avec ses mains. Ben non, y est pas sourd, le père, même s’il l’était, je pense pas qu’y aurait voulu parler avec ses mains : comment y aurait tenu sa grosse Mol, sinon ? Ce que je veux dire, c’est que chez eux, ces temps-citte, les taloches volent bas ; c’est l’automne après toute, pis c’est à ce temps-là de l’année qu’est morte, la mère. Mais y est faite fort, pis y vieillit Éric, faque les taloches y font pus rien qu’à moitié peur. Toute façon, son père y travaille de nuitte à Shoppe, pis à cette heure-là, y vient de partir. Éric dormait pas, y s’est levé, s’est rhabillé, pis y est sorti par la ruelle pour pas être vu par les voisins, la gang de stoules.

Bref, Éric marche sur Sainte-Cathe, en direction du Viaduc, pis y a juste son ombre qui vit par le halo jaune des réverbères pour y tenir compagnie. Il s’arrête, soudainement. Y arcompte ses affaires : le troisième graffiti. C’est là.

C’est là que le lutin y a donné rendez-vous.

Un soir qu’Éric marchait tout seul sur les tracks de chemin de fer en revenant de l’école, y avait croisé le lutin. Y t’avait fait un méchant saut. Y’était vert, les oreilles pointues, les yeux piteux, pis y sentait bizarre, une odeur de cannelle brûlée…Y tournait en courant autour d’Éric qui savait pas trop comment le prendre. Mais comme y était petit, y avait pas eu peur trop longtemps. Y avait écouté le lutin, pis y avait accepté. Le lutin avait disparu tout de suite après.

« Qu’est-ce qu’y a dit, le lutin ? » hein, c’est ça que tu te demandes. Qu’est-ce qu’y a ben pu y dire pour qu’Éric accepte d’artourner le voir, de même, en pleine nuit, un soir de semaine ? Un lutin qu’y voyait pour la première fois !

Tu sais ben que le lutin y a parlé de la mère. « Vrai comme chus là, y’a dit, ta mère, je la connais, pis je peux t’amener la voir. » Éric se rappelle même pus comment la conversation a pu se rendre là. Tu vois un lutin, tu parles tu parles, pis un moment donné, y te promet ta mère, si tu reviens exactement trois jours plus tard : c’est toute. Le lutin a réussi son coup, y a eu l’attention d’Éric, pis n’importe quel petit homme de presque 12 ans a envie d’arvoir sa mère quand ça fait la moitié de sa vie, aussi ben dire un crisse de boutte qu’est morte. Supposée être.

Alors y’a trouvé le troisième graffiti, pis y’attend. Y’est d’avance, c’est normal que le lutin soit pas encore là. Y’a dit minuit, Éric y’est parti de chez eux à onze heures et quart, le temps de se rendre… Le lutin devrait pus tarder.

Y’avait hâte. C’est-à-dire : y’avait eu hâte. Éric avait pas dormi depuis l’autre jour. À l’école, Mme Marchand l’avait trouvé plus concentré que d’habitude. Mais y se concentrait pas sur le plus-que-parfait, c’est ben sûr : Éric se concentrait sur ce qu’y allait dire à sa mère. Si la pauvre Mme Marchand avait su : Éric avait pas écouté un seul mot du cours, y’était trop loin.

Y’était dans le train. La fois qu’y l’avait pris avec la mère. Éric a pus trop de souvenirs de quand y’était petit, mais cette fois-là, avec elle, y s’en rappelle. Sa mère venait de se faire couper les cheveux court, pis elle portait des lunettes fumées. Elle avait l’air d’une actrice de film français de France qui passe à tévé le soir, après que le père est parti. En plus maigre. Y’étaient montés dans le train, y’avaient trouvé leur place, pis la mère s’était mise à pleurer. Éric tout ce qu’y savait faire à cet âge-là c’était de poser des questions épaisses comme “Pourquoi tu pleures, mom ?” pis se coller dessus pour la consoler. C’était une question tellement épaisse qu’elle avait pas répondu. Le train était parti. Le paysage avait commencé à bouger, pis la mère faisait rien qu’argarder par la fenêtre. Un moment donné, elle avait fait sursauter Éric en criant : “Ta yeule, toé, asti !” Le vieux qu’y était assis en face avait eu encore plus peur qu’Éric, y’avait changé de place. Mais notre Éric savait ben que c’était pas au vieux qu’elle parlait.

Éric garde son calme comme y peut. Y se met à siffler, sans faire exprès. Une vieille chanson que sa mère y chantait. Qui résonne sous le viaduc.

Y sait pas est où sa mère, pis ça fait peut-être un crisse de boutte, mais y se rappelle quand même d’elle dans son cercueil ; pis de la façon qu’a bougeait pas, qu’était froide au toucher, neutre à l’odeur, pis ben plus belle que d’habitude : y aurait pas eu grand argument contre quelqu’un qui aurait juré qu’était morte… Ses souvenirs sont encore assez précis : pas une seule des 15 personnes qui étaient là a mis en doute son état de cadavre. Oui oui, monsieur le curé, est partie trop vite, mais est partie !

Mononcle Richard, y avait passé la main dins cheveux, avant de le prendre dans ses bras, pis de le serrer fort. Éric avait jamais aimé ça, qu’un autre monsieur le touche ; ça faisait tapette, son père l’avait ben averti. Mais c’est à ce moment-là qu’y avait comme compris que c’était pas pour rien que sa mère l’avait laissé devant chez eux, après le voyage en train. “Attends mononcle, y va t’aider, lui.” Elle y avait passé la main dins cheveux, s’était allumée une cigarette, avant d’arpartir vers les tracks de chemin de fer, sans s’artourner. Mais Éric l’avait écoutée, y avait attendu que mononcle Richard arvienne de travailler. Ça avait pas été si long, y’avait joué avec le chien. Quand mononcle était sorti de son char en le voyant attendre devant chez eux, y’avait demandé pour la mère. Pis quand y a eu compris que la mère était repartie, y’avait fait ni une ni deux, y’avait appelé les coches.

Mononcle Richard avait dit que la mère avait des problèmes dans tête. Qu’a voyait des choses qui étaient pas là. Pis que c’était pour ça qu’était morte. Sa maladie y avait fait accroire des affaires. Pis qu’y fallait qu’Éric se checke, lui avec. Le père l’aimait pas trop, mononcle, avec ses grands airs de frais qui travaille à ville, mais Éric avait été content de se faire expliquer ça. De se faire dire que c’était pas sa faute. Pis de savoir qu’y fallait pas hésiter à l’appeler si de quoi de bizarre arrivait.

Y’avait pas eu le temps de penser à ça avant, y’était trop excité pis concentré à planifier sa sortie, mais là, dans le halo jaune des réverbères, devant son ombre qui réfléchit avec lui, ça y vient en tête. Que le lutin, y pourrait ben être en train d’y faire la même affaire qu’à sa mère. Pis, lui te le dira pas, mais moi je te le confirme : ya la chienne. Une chienne qui finit par y transmettre la rage.

Si y pogne l’esti de lutin, y va passer toute qu’un quart d’heure, y aura jamais vu ça.

Une grosse rafale de vent y fait mettre son bras devant ses lunettes ; y’essuie ses larmes au passage, pis le temps qu’y ardescende son bras, le lutin est apparu devant lui, avec ses yeux de chien battu, pis son odeur de cannelle brûlée !

– Est morte, ma mère, ! qu’y perd pas de temps à y dire.

– Vrai comme chu là…commence le lutin.

– Est MORTE !

Le père dit tout le temps qu’un vrai homme, ç’a jamais besoin d’aide. Éric sait pas comment agir avec un lutin, c’est rien que sa deuxième fois, fait qu’y agit comme avec n’importe qui, pis y t’y sacre une taloche. Le lutin arvole à quelques pieds de lui, pis tombe sur le derrière. Y se secoue la tête, arprend contenance, ressaye de dire “Vrai comme chu…” mais Éric en a assez entendu, pis y te le kicke comme un ballon, de toutes ses forces de petit homme de presque douze ans qui peut juste faire ça pour se défendre. Le père serait fier.

Y pensait pas qu’y lèverait si haut, jusqu’en haut du viaduc, pis comme ça arrive dins Zistoires, y a un train qui passe : crémoé crémoé pas, le lutin artombe dessus ! Le train continue de s’étirer vers le nord, pis Éric le perd de vue. Y’arprend ses esprits.

Éric a pus peur. Même si y sait que le lutin risque d’arvenir, y sait aussi qu’y peut se battre contre. En repassant devant la Shoppe, y pense au père. Y pense même aller le voir, mais y change d’idée quand y voit le miroir de talheure. Qui est pas brisé, finalement. Éric rajuste ses lunettes sur son nez. Y trouve que ça y va mieux que tantôt.

Demain, Éric va appeler mononcle Richard. Son père a beau dire tout le temps qu’un vrai homme, ç’a jamais besoin d’aide, ce soir-là, Éric a compris qu’un homme, même quand ç’a pas encore 12 ans… ça sait quand demander de l’aide.
FIN

Le premier instrument philosophique par excellence de l’homme…

août 14, 2015

…c’est la prise de conscience du réel, par les mâchoires.

-Dali

Ça dit tout.

Je m’exerce à lire. Pas facile. La lecture m’active les neurones, pis là j’ai tendance à vouloir noter des affaires. (Ou à trouver que je manque de culture, y’a ça, aussi.) Mais ça me confronte surtout à ma paresse. Prendre des notes, pourrait-on dire, c’est la base. Mais noter kessé ? Pis yousse ? Ce questionnement profond me décide souvent de m’en remettre à ma mémoire.

Je parle de mémoire, je pourrais parler « d’espoir d’une possible synchronicité, que je pourrais discerner et utiliser à mes propres et basses fins »

Sauf que j’ai la mémoire d’un colibri. La mémoire consciente, en tout cas. Si toute l’information à laquelle je suis confronté s’imprime et reste dans un coin de ma tête, ça m’est complètement étranger, je n’ai aucun moyen de la rappeler à volonté.

J’espère donc, vainement sans doute, que mon esprit fera le chemin nécessaire pour aller récupérer l’information quand j’en aurai besoin.

Le bogue, c’est que si à l’état conscient, je suis trop paresseux pour noter, ça en dit probablement long sur mon état inconscient…

Bref… Je lisais ce livre de Dali. Et j’ai voulu noter que sa conception du réel passe par les mâchoires. J’ai pensé à la première fois que j’ai mangé. M’en suis pas rappelé. (Puis, citation de Dali oblige, pas eu le choix de penser à la première fois que j’ai mangé une fille. M’en suis pas rappelé – je sais c’est qui, toute, t’en fais pas… mais le moment comme tel, niet) J’essaie encore de décortiquer ce qu’il veut dire.

Le premier instrument philosophique, ce serait donc de là que vient la capacité humaine d’appréhender le monde. Parce que la mâchoire sert à permettre à la nourriture de passer dans le corps. Donc à rester en vie. Passée la survie, la nourriture est aussi parfois plaisante, parce que le goût…

Je sais pas, en fait. Il parle de mâchoire.

Je pense que « bouche » (lèvres, langue, mâchoire) serait sans doute plus facile à interpréter. Autant pour se faire plaisir, que pour faire plaisir, autant pour se faire mal, que pour faire mal.

Franchement Salvador, t’es pas très précis, quoi… ou tu l’es trop.

Pis là, ça m’est venu : j’ai pris le bouquin de Dali, et j’ai commencé à le déguster, page par page. Arracher la page. La lire. (merde, des deux côtés…) En faire une boule. Me l’insérer dans yeule. Et en prendre conscience grâce à mon premier instrument philosophique par excellence.

Pis là, je suis à l’hôpital.

M’apprendra.

Clamski se marre.

Je l’ignore. J’ai apporté des livres.

Pis après le deuxième empoisonnement à l’encre, m’ont tout enlevé les livres que j’avais apportés. Mais j’allais quand même pas m’empêcher de prendre conscience du réel.

J’ai trouvé une infirmière willing. J’ai pris conscience de sa réalité de femme fontaine. En esti.

Y m’ont retrouvé, je prenais conscience des magazines d’une salle d’attente.

M’ont attaché dans mon lit, le temps du lavement.

Y ont tenté de me nourrir, mais j’ai gobé la fourchette, et l’index de l’infirmière, qui m’aimait pas mal moins que la fois d’avant à cause de ça.

J’ai aimé le sang. J’avais déjà goûté au mien, de sang. Mais à celui de quelqu’un d’autre, jamais.

Clamski m’a accompagné jusque dans la chambre capitonnée ; il me laisse pas m’approcher de lui, il me gosse avec sa pique à poêle à bois en fonte, il me dirige un peu comme un enfant des années 20 avec son cerceau. Ça fait mal pis c’est pus drôle.

Dali m’a profondément fucké

Merci Dali.

« La religion, c’est un peu…

avril 14, 2014

… une maladie mentale », me lâche Clamski sans que je m’y attende. On avait décidé de partir kek jours en camping sauvage pour décanter des cons – ouain, on se trouve ben bons, nous autres. Y’avait longtemps qu’il l’avait pas ouverte, pis dans ce temps-là, j’ai appris à le respecter ; de mon côté, je me gossais allégrement un bout de bois pour en faire une… ben je savais pas trop encore ce que ça donnerait, j’y allais pas mal à l’advienne que pourra, mais commençait à y avoir une face quand il m’avait interrompu.

Depuis mon réveil, j’avais tenté de lui parler, mais non : aucune réaction. Il jouait dans le feu avec sa botte – sti qu’y est toffe, mon Clamski – pis il replaçait les braises à sa guise.

Quand il a rien à dire, et qu’il ne rebondit sur rien, c’est souvent parce qu’il est en train d’accumuler du contenu, qu’il mâche, remâche, régurgite une première fois, renvale, pis régurgite encore…

Bref, Clamski rumine.

Il est intense, Clamski, il a des idées très arrêtées qu’il me lance de même, me brûlant le pourpoint, et souvent, ça me va : grâce à lui, mes décisions sont plus faciles à prendre, en général. Son esprit à lui, il est libre. Pas comme moi, qui, pris dans mon carcan de conformisme – pas le choix asti –  doit tout remettre en perspective, puis en question, tellement que quand je commence à avoir une opinion, elle est déjà caduque, parce que le débat est rendu ailleurs. Non, quand Clamski avance quelque chose, souvent je me range simplement à son opinion, c’est un peu mon gourou, genre.

Mais là, c’était trop gros.

– Une maladie mentale, vraiment ? lançai-je, mesurant à chaque syllabe l’implication de ce qu’il venait de me dire. Serais-tu un gros esti de commie, par hasard ?

– Je l’ai été. Mais ça a pas rapport.

Clamski prend un long respire…

– Mettons, commence-t-il, mettons qu’il y ait un dieu, là. Pas gagné d’avance, mais disons qu’on part de ce grand principe général : il y a un dieu et il s’attend à certaines choses de moi. La circoncision, quand je suis juif…

– Je sais ce que tu vas me dire, Clamski, que je le coupe. Tout ça n’a rien à voir avec un dieu. Ce sont des règles qui ont été édictées par des humains, à l’intérieur du contexte de la religion pour que leur société primitive fonctionne. Pour un peuple qui, à l’origine, vivait dans le désert, c’est normal qu’on recommande la circoncision, rapport aux infections que le sable dans le prépuce pouvait entraîner.

– T’es ben renseigné, me lance Clamski, heureux de voir que j’ai fait mes recherches.

(J’ai pas grand mérite : j’ai un pénis, je me sens concerné – ou en tout cas, j’ai envie de comprendre pourquoi on tient chez certains peuples à les charcuter systématiquement).

J’enchaîne :

– On pourrait aussi supposer qu’un jour, il y a eu une épidémie causée par des porcs ou des chiens dans une société musulmane, et qu’il sont ainsi devenus tabous ; on ne les mange plus, on ne les fréquente plus non plus. De la même façon, on peut supposer que les régimes halal ou kasher ont été établis pour s’assurer que les gens  achètent des produits des marchands qui partageaient la même religion, afin d’aider à la survie de la communauté de ladite religion, dans un contexte où elle était confrontée à d’autres. Même chose pour les habits traditionnels religieux qui sont des signes de reconnaissance, de connivence… qu’on a probablement décidé d’établir quand la communauté s’est frottée à d’autres communautés qui commençaient peut-être à se faire plus attirantes pour certains de leurs membres.

– Tu en parles comme d’un club social…

Je ne relève pas.

– So, c’est ça. Je sais, et je comprends déjà tout ça… mais une maladie mentale ? C’est quoi ton point ? terminé-je.

– Mon point, renchérit-il, c’est que si on est capable de retracer les origines de toutes ces « obligations religieuses », là…

– Ouain.

– Pourquoi le monde s’y astreint encore ?

– Ben parce qu’ils croient à leur dieu, tsé.

– Fuck c’est comme si dans 400 ans, mettre de la crème solaire était devenu un symbole religieux.

– Haha, ris-je.

Un silence. Un soupir. Un grognement.

– Mais ça n’a rien à voir !

– Euh… ouais, en effet.

– D’où ce que je disais : sont malades.

– Sont peut-être juste mal informés… ?

– Pff… Pis l’excision ?

– Ouan. Ma yeule.

Il se referme comme il s’est ouvert, rentrant en lui. Je comprends qu’il ne veut pas aller plus loin. On serait pas dans un texte, Clamski aurait eu des mots bien plus durs, je le sens. Je suis même certain qu’il a failli me parler de la charte, mais s’est retenu, histoire de pas causer de problème à son modeste bigot-graphe et compagnon d’âme.

En tout cas, moi, un athée qui est capable de concevoir le temps de 750 mots qu’un dieu existe, je respecte ça.

Y’avait Clamski…

août 12, 2013

qui me dévisageait depuis un moment déjà.

« Kessé ? » lui demandai-je, pas qu’un peu agacé. Il avait cet air qu’il arborait parfois, qui avait beaucoup à voir avec ses larges sourcils qu’il plissait et avec un regard entendu de complicité future ; un air qui me rendait nerveux, parce que je savais que peu importait ce que mon Pollack avait en arrière de la tête, il finirait par me convaincre et qu’honnêtement, aujourd’hui, ça m’adonnait pas full.

Je m’étais donné la mission de faire le ménage de l’appart ; aspirateur sous le bras, chiffon sur la tête – pour le look, tsé comment ça marche, pour être bon pour faire du ménage, faut avoir l’air d’une ménagère, d’un ménager – seau d’eau et moppe pas très loin derrière moi. Je le fixais, attendant qu’il me lance son idée folle, encore une fois, et qu’encore une fois, je me fixe à lui, et qu’on vive une autre aventure rocambolesque.

– Regarde-moi pas de même, ti-cul. 

– C’est toé qui me regarde de même, Clamski.

– Moi je dis que c’est toi…

Après quelques rounds de ces interactions vide de sens, j’ai fini par me dégréyer, pis ranger mon stock de ménage. Je suis revenu devant Clamski. Il fumait, en regardant par la fenêtre.

– Go, que j’ai lancé.

S’est à peine retourné.

– Quoi, « go » ?

– Dis-moi ce que t’as en tête.

Clamski regarde autour de lui, confus. Secoue la tête. Pas l’air de piger ce que je voulais dire.

– Ben tu voulais pas qu’on fasse un mauvais coup, de quoi ?

Clamski hoche la tête, une petite moue du genre « ouais, ça serait cool, ça… »

– Ok, pas de troub. Quoi ?

– Ah… euh, t’en avais pas un à me proposer ?

Il semble réellement surpris.

– Da fuck, tit-cul ?

– Ah rien…

Je suis retourné chercher mes affaires de ménage. J’avais mal lu le regard de Clamski.

Au fond, ça doit être moi qui est trop fébrile, que je me dis en m’agenouillant devant la chiotte. Comme si envisager faire le ménage avait eu pour effet de me faire chercher à tout prix quelque chose d’autre à faire. 

– Tu devrais pas écrire, vu que tu as du temps en trop ?

Je me retourne vers lui, circonspect.

– Fais pas ton air circonspect : pourquoi tu écris pas ? M’a le faire, le ménage, moi.

Faque me vlà, au final, en train d’écrire, pendant que c’est Clamski qui crisse après le ménage, qui m’annonce en grandes pompes qu’on ne portera plus nos tennis en-dedans, paske ça salit le plancher.

Pis je l’envie, calisse…

La Saint-Valentin…

février 13, 2013

… c’est de la marde, que je disais à Clamski, pis je dis pas ça parce que je la passe tout seul, je dis ça, parce que c’est clair que c’est juste une autre façon de nous faire dépenser notre argent, de nous faire sentir coupable quand on la passe seul – arrête de me regarder de même, j’ai dit que ça avait pas rapport – de dire aux couples d’aller souper au resto, pis de pas oublier les roses pis le choco, parce qu’il/elle (souvent elle) va vous en vouloir pour toute l’année qui va venir, ah oui, pis le sexe, c’est supposé être génial, le sexe du 14 février, t’es supposé le faire, les yeux dans graisse de bines, en susurrant des mots doux, pis by the way si c’est une soirée ordinaire, ça veut dire que tu l’as manqué comme un con, ta soirée… c’est pour ça qu’avec mon ex, on la fêtait jamais, la Saint-Valentin, d’autant que son anniversaire à elle c’était la veille, alors c’était un peu chiant, et pour elle, et pour moi, alors on s’était dit que ça faisait rien qu’on n’avait pas besoin de ces putains de fêtes commerciales pour célébrer notre amour tous les jours.

As-tu fini ?

Oui.

Bon.

Tu me donnes pas raison ? Tu vas pas me dire que tu crois à la Saint-Valentin ?

Moi, commence Clamski, je crois à rien. Je sais que l’amour est volatile ; je sais que c’est de l’or en barre pour les vendeux de chocolat, pis de ptits coeurs à canelle, pis de cartes kétaines avec des messages humoristiques pas très drôle, à la limite du porno, avec des enveloppes rouges ; je sais que les symboles sont d’un kitsch incommensurable et je pognerais Cupidon, j’y ferais un wedgy, t’as pas idée.

Mais…

Je sais surtout que le mois de février, c’est le creux de l’hiver. Le moment le plus toffe de l’année, en tout cas dans nos contrées nordiques, et il se compare aisément à novembre. Moche, moche, moche. Encore froid. Le calcium partout. Les petites maudites crisse de roches partout dans les rues qui rentrent chez vous sur le tapis d’entrée. Tu vois le topo ? Pis si c’est difficile de passer cette période en général, dis-toi que c’est encore plus difficile pour un couple de la passer. Tu savais que c’était l’un des moments de l’année ou les couples cassent le plus souvent ?

Je sais, j’ai failli casser l’an passé… Mais comme c’était sa fête, la veille, je me suis retenu… Pis…

Ben oui, ta yeule avec ta rupture ti-casse, t’en as assez parlé. Où j’en étais… Oui, le moment le plus propice aux ruptures, donc. Mais tu sais quoi ? Je suis prêt à parier que la Saint-Valentin pourrait jouer un rôle, si on était un minimum intelligents. Une espèce de recharge pour les couples. Pour se donner un peu de jus pour les derniers miles de l’hiver. Tsé, les anciens, zétaient pas si cons. Si la Saint-Valentin existe, c’est qu’il y avait de quoi avant, une fête païenne. Alors avant de jeter le bébé avec l’eau du bain…

Mais l’amour devrait-il être fêté une seule journée par an ?

C’est à toi de voir, buddy. Mais je te ferais remarquer qu’en refusant de lui accorder sa propre journée, tu copies le principe des témoins de Jéhovah qui ne fêtent jamais rien, parce que « tous les jours méritent d’être fêtés ».

Ta yeule Clamski.

Mon plaisir, ti-cul.

Je viens probablement…

janvier 30, 2013

… de perdre 25 piasses, mais c’est fait, officiellement, mon texte est soumis à zone déc. J’aime bien le raccourcir comme ça, on dirait que c’est la zone déconne. Des nouvelles en temps et lieu. Ou plutôt, probablement la publication dudit texte dans ces pages, dès qu’il n’aura pas gagné.

Meuh non, je suis pas négatif. Je suis pragmatique.

INT. MA TÊTE – MATIN

janvier 14, 2013

Philippe et Clamski sont assis à leur bureau respectif, les deux fumant leur pipe du matin, ce qui crée une brume assez épaisse, dans la minuscule pièce. Philippe a les pieds bien à plat, au sol, concentré sur son écran où il passe Mort Clinique en revue, alors que Clamski est renversé sur sa chaise, les pieds sur son bureau. Il fait des ronds de fumée, sans trop se forcer ; ça lui vient naturellement.

P – Fait que tu me dis que si j’ai publié un texte ici, dans les internets, c’est interdit de le récupérer pour l’envoyer au concours de récit de Radio-Canada?

C – Oui, c’est ça je te dis.

P – C’est ben poche !

C – Yont leurs raisons, j’imagine…

P – Ouain, ben moi, c’est pas avec ma moyenne de trente lecteurs que ça doit faire un pli sur la différence…

Clamski, secoue la tête, et lève les yeux au ciel. Philippe le remarque, et le relance.

P – Qu’est-cé ?

C – Asti que t’es paresseux…

P – Ben non, j’ai surtout plein de textes qui sont des récits dans ce blogue…

C – Ouain. Pourquoi t’en n’écris pas un nouveau ? (ironique) Pas comme si s’était rien passé de neuf dans ta vie depuis ton dernier « récit »…

P – Si tu penses que j’entends pas ton ironie… Ce sont des récits, je t’assure. Pis j’en n’écris pas un nouveau… parce que… J’ai pas eu le temps d’absorber… De digérer… de…

Long moment de silence.

C – Six mille piastres, crisse !

Autre long moment de silence. Philippe se retourne vers son écran.

C – Ça j’me disais…

Philippe hausse les épaules, vociférant dans sa barbe, certes, mais ouvre néanmoins un nouveau document word. Clamski tire sur sa pipe.

C – Heille, tu pourrais raconter la fois que…

P – (coupe, sachant vraisemblablement où Clamski va en venir) Non. Pas ça.

(Correct, zone d’éc, m’a t’en faire un tout neuf. Mais si je gagne pas, je le publie icitte. Non mais.)

C’est Clamski…

décembre 13, 2012

…qui m’a traîné ici. Yé fou, crisse.

Il s’est levé hier matin, pis il m’a longuement entretenu à propos de la monarchie britannique, sa pipe à la gueule, la vidant, la bourrant à répétition, avec sa robe de chambre grand ouverte, et ses boxers défraîchis.

Il est maigre, Clamski, un vrai paquet d’os. Il dit plutôt, avec un sourire vaguement baveux, qu’il est bâti comme les derniers survivants d’Auschwitz, mais je ne lui laisse pas faire cette blague en public.

« … plus grande entreprise de relation publique au monde… fonds publics pour survivre… créateurs d’église sur mesure… plus grands propriétaires terriens, ah parce que ça, oui la Crown Estate… »

J’ai arrêté de l’écouter pendant qu’il me racontait la Crown Estate, parce que ça m’a blasé au bout d’un moment.

Va t’habiller Clamski, que je lui ai dit.

Pourquoi, pour aller travailler, et passer une journée de plus à faire vivre du monde de même à mes frais ?

Argument de drettiste, vieux frère.

Ta yeule, ti-crisse.

Après qu’il m’ait fait une prise de soumission, et se soit amusé à me massacrer les mamelons, j’ai cédé : correct, reste à la maison aujourd’hui, si tu préfères chialer…

Je préfère pas chialer, qu’il ma dit. Je préfère…

Il a pris quelques instants avant de continuer :

Faire un coup d’état.

Pfff… même pas game.

Faque c’est ça, on est à Trafalgar Square, pis on cherche notre chemin pour Buckingham Palace. On ose pas trop demander, parce qu’on a peur de se trahir. Enfin, Clamski, lui, il a pas peur. Le vol ne l’a pas calmé, manque de sommeil et low cost obligent – asti on est arrivé à Stansted… – et il avance en sifflant le thème de James Bond. J’imagine que c’est sarcastique, en tout cas, je ne lui fais pas remarquer l’ironie, j’ai encore mal à mes mamelons, 10 heures plus tard.

On trouve finalement notre chemin. On regarde une relève de gardes. C’est ben beau, le gars il bouge pas pantoute, t’as beau l’écoeurer, ils sont entraînés pour ça, dude, EN-TRAÎ-NÉS !

On prend des photos. Clamski aussi, oui, mais c’est pour repérer la configuration des lieux. J’y ai dit que c’était toute sur google maps, mais je pense qu’il aime ça jouer. Juste faire semblant qu’il va révolutionner. Échafauder des plans qu’il ne concrétisera pas de toute façon.

Au moins, il a la décence de faire semblant d’y croire. Ça me réconforte.

Il me divertit. Pour ça je l’aime.

Il se retourne vers moi, conspirateur :

Pis, qu’est-ce t’en penses ?

Moi, Clamski, j’en pense rien. Je te suis. J’aime ça.

Tu me suis, hein ?

Et c’est là qu’il s’est lancé dans le tas. Bon, finalement, je l’ai pas suivi. Je maîtrise pas toutes ses techniques, moi… Pourtant, il a beau faire des prises de mamelons, les gardes ne réagissent pas. Après quelques minutes, défait, dépité, il revient vers moi.

J’ai manqué ma fenêtre. Fallait j’y aille pendant la relève.

Ouain. Mais c’était beau à voir, non ?

Ouain.

Bon. On attend la prochaine ?

Ben non.

On rentre ?

Clamski hausse les épaules. Si même dans un texte, c’est impossible de s’attaquer à la couronne britannique…

Ya un certain temps que…

décembre 7, 2012

… j’étais pas revenu ici. Mon embardée contrôlée de ce printemps a fait en sorte que je rompe avec bien des choses que j’associais à ma vie d’avant… comme ce blog.

Mais là, j’en suis revenu. Après, quoi, huit mois ? Ouan. Il m’a fallu huit mois pour me revenir, pour me sortir du marasme qui m’envahissait parce que je me retrouvais face à moi-même soudainement. Pourtant, j’étais pas si loin. Un peu perdu, certes. Mais pas si loin. Mais je commence à me connaître : je suis pas mal bon pour m’éviter…

Je sais pas pourquoi hein. Clamski pourrait peut-être m’aider avec ça. C’est un peu pour lui que je reviens, aussi. Il me manque, l’animal. Pourquoi m’évité-je, Clamski, lui demandé-je en utilisant fièrement la forme interrogative des verbes du premier groupe ?

Voyons voir… commence-t-il… 

Non, laisse faire, que je lui dis, ça me tente pus.

Ah, fait-il. Je pense qu’on a mis le doigt sur kek chose.

Ouain.

Pourtant, après m’être fait attendrir, chérir, pendant quelques années, je recommence à sentir le lion sous le scorpion apprivoisé que j’étais devenu – ben oui, j’astrologise, des fois, sue me – et ça fait du bien.

Remarquez, je le sais, pis on me l’a dit souvent : t’es cave, buddy, d’avoir tout crissé ça là. T’étais bien. Tout allait bien. Pourtant, tu as tout foutu aux vidanges, tout oblitéré, tout grossièrement démoli. Cinq ans de ta vie, partis, finis, beubye, sans te poser plus de questions que ça.

Ce à quoi je réponds : je l’sais ben, asti…

Mais allez savoir pourquoi, je pense que je m’en sors mieux que si j’étais resté. Ou pas. Aucune idée. Pis je le saurai jamais. Oh, je pourrais en faire une fiction, qui serait probablement beaucoup plus intéressante que ce qui m’attendait ultimement. Ou pas.

J’en suis revenu, donc, et je suis revenu.

Fait que c’est ça. Je craque mes doigts, tous ensemble. Puis, un par un. Les pose sur mon clavier. J’inspire. Et je me lance… Ah non, tiens : notification facebook. Ah, interaction twitter.

Et je suis reparti.

C’est aussi un peu ça qui s’est passé. Beaucoup de travail, mais beaucoup de procrastination et de perte de temps sur les réseaux sociaux.

On sait pourquoi, ça, mon vieux…

Pourquoi donc, Clamski ?

Parce que tu te complais dans l’instant présent. T’es incapable de voir à long terme, encore à ton âge.

Ta yeule, j’ai des REERs depuis deux ans !

Les interactions des réseaux sociaux te donnent des satisfactions immédiates. Ce que tu ne retrouves pas dans ton écriture. Même ton blogue, dude. Même affaire. Pourquoi t’as pas encore publié à ton âge? Parce que tu trouves ça fucking trop long d’avoir à tout faire tout seul dans ton coin. Pis comme tu commençais à te le dire plus haut – ah, tiens, Clamski qui assume le fait d’être dans un texte ? – tu es pas mal bon pour t’éviter. Pour éviter d’être seul avec toi-même.

Bon, ben comme Clamski dit, d’abord… J’ai pas la patience pour passer tant de temps avec moi-même. Mais on fait quoi quand c’est de même ?

Regarde-moi pas de même, chus dans ta tête… Peux pas t’aider tellement plus…

Alors quoi, on s’oublie pour de bon ? Hum. c’est quoi cet énorme frisson qui me traverse, soudainement ?

Aaaah, ça, c’est de la peur. T’es crissement déconnecté de toi-même, mon vieux…C’est de la peur, que tu as ressentie, la peur de t’oublier toi-même. Et tu sais ce que tu devrais en faire ? Utilise-là. C’est avec elle que tu vas écrire. 

Ok. Deal.

On se revoit bientôt. Ici, ouais. Mais avec un peu de chance – et de peur – dans un éventuel salon du livre. Ou sur scène, pour ce que j’en sais. Ou à l’écran, tsé…

À bientôt, public en délire.

Retrouvé…

octobre 30, 2012

Un vieux travail d’université. Je l’aime encore pas mal.

J’étais passé maître dans l’art des préparatifs, incongrus remue-méninges sur lesquels on comprime les sentiments, décidé à prendre l’avion comme on prend le numéro de la belle blonde au bar, laissez-moi partir, le vol sera long, enfin je pourrai me reposer des problèmes imposés. Le jour est venu avec la marchandise prête à partir, je prends un cachet pour l’esprit et un livre pour la digestion, j’assis mon séant sur le banc, je vérifie les présences dans le périmètre, à part pour ce gros monsieur, je pourrai enlever tous ces insectes de mon chemin et me rendre à la sortie de secours, alizarine menaçante, y prendre le parachute de service puis sauter, sauter et sentir le zéphyr me mentir en plein visage, me défigurer en tentant de m’amadouer la poésie. Oui l’avion parfois s’écrase, je survivrais, je suis un immortel, mais que dire à la famille, si je suis de retour après l’écrasement, ils seront déçus, enfin que s’est-il passé, tu es encore là, nous ne t’attendions plus, tu es remplacé, puis je touche le fond, le steward m’amène à boire, il sait que je dois être tranquille, à mes côtés une parisienne affectueuse parle explicitement de choses et d’autres concernant sa vie actuelle, je ne l’écoute pas, enfin je ne crois pas, même si je lui réponds que, oui on devrait bien se trouver dans un endroit tranquille elle et moi un de ces jours. Pour lui couper la parole, j’ouvre le livre, le jour bascule et je suis en bohème, je m’entête à relater les services du coeur que j’offre, cardiologue du sexe, puis poche d’air, de retour dans l’avion à cinq heures ce matin, soupir, repos, bouquin. Me voici en Malaisie, je m’insipide de la vie et m’endors une septième fois.  Comme un autre livre m’espère, je me réveille et accroche mes yeux, au travail vous trois,  ils me boudent ne me montrant que la matérialité, même la pinéale, je lui en veux et me l’arrache, c’est beaucoup mieux comme ça.  L’avion s’écrase doucement…

Toujours cette hésitation…

juillet 6, 2012

…avant de me mettre à écrire. Depuis un bon bout de temps, je commence des trucs… ah pis de la marde…

(saurez-vous repérer la blague métatextuelle ?)

Je sens que…

mai 11, 2012

… je viens de renverser le paradigme de ma vie. C’est pas pour me déplaire. Je suis adaptable : je sais me remodeler moi-même à volonté. Mais ça fait quand même un peu froid dans le dos. Mais chaud dans le plexus, si tu vois ce que je veux dire.

Bring it on, la vie.

Le printemps Québécois…

mai 7, 2012

…je l’ai senti passer.

J’ai donné un gros coup de barre.

Perdu une partie de l’équipage, comme une offrande nécessaire.

J’espère que c’est la bonne direction, le bon cap.

Mes tripes me mentiraient-elles ?

Kony 2012, ou le viol par les bons sentiments

mars 23, 2012

Un peu par manque de temps, un peu par paresse, beaucoup parce que je voulais attendre que tout le monde ait fini d’écrire sur le sujet, j’ai bien pris mon temps avant de me mettre à rédiger ce texte. Remarquez, ya David Desjardins qui en parlait hier, mais justement parce que son billet a été publié pendant que j’écrivais celui-ci, je ne l’ai pas lu – je vais me pitcher par la suite, croyez-moi.

Bon. Tout d’abord, je vous avertis, je n’ai pas suivi le reste de la course, après que la vidéo ait été diffusée des centaines de fois dans mes réseaux : organisme vrai ou faux, destiné à faire produire des films ou à effectivement aider. Rien à foutre. À force de voir que plein de gens autour de toi trippent sur une vidéo, toi, gars de cinéma, de médias, tu finis par aller cliquer. Ça semble l’évidence, non ?

Ah non… c’est pas évident pour moi, qui suis en rebellion générale contre la norme. Si tout le monde aime une vidéo, c’est forcément que je n’aimerai pas – c’en est maladif, et je vous promets que c’est pas un processus conscient. Je pourrais vous parler longtemps de toutes les bonnes choses que j’ai manquées à cause de cette tendance. Mais on pourrait aussi parler du fait que j’aie choisi l’allemand plutôt que l’espagnol – pour pas faire comme tout le monde, tu sais ben – qui me vaut encore aujourd’hui quelques déplacements en Europe pour gratisse. 

Donc, c’est plus par conscience professionnelle que par intérêt que j’ai finalement cliqué sur le lien en question. En fait, si un gars dont je respecte énormément le talent et l’intellect ne l’avait pas publié, j’aurais regardé passer la parade.

Tout ça pour dire que j’ai fini par cliquer.

J’ai pas toffé longtemps. À ma décharge, il était tard, je venais de rentrer, ma blonde dormait déjà. Mais dès les premières secondes… Quelque chose a tilté dans ma tête.

Vous direz, c’est facile de dire ça, genre, un mois après. Vrai. 

Une espèce de musique à la sauce épique, faux post-rock tendance, un gros plan sur la terre vue de l’espace. Déjà, mon côté critique allait embarquer. La narration, ensuite. Nasillard. Pas professionnel. Rien d’invitant. Alerte au trip d’égo.

Et effectivement, c’est le réalisateur de la vidéo qui parle, comme on l’apprendra par la suite. 

Ensuite, les images d’un gnangnan consommé. Je suis encore capable d’être touché par une mère qui embrasse son enfant, attention. Mais un oeil averti repère vite un montage qui vise à faire passer une émotion de force. Et c’est là que ça m’éteint. Les images d’enfants qui saluent quelqu’un par internet passent encore, celles de grands-parents dépassés par la techno est sympathique. Mais quand on récupère des trucs sur internet qui ont déjà des millions de hits, et qu’on les met ensemble pour « montrer que le net est rassembleur », il me semble qu’il y a anguille sous roche.

Il y a différentes façon de manipuler. Que l’on parle seulement de montage, de musique : la télé le fait depuis toujours, et de plus en plus habilement – merci les téléréalités – une musique d’action sur une scène un peu lente règle beaucoup de problème. Une musique faux-post-rock tendance sur un plan de la terre, peut faire croire qu’on est tous connectés. Mais ça reste encore… légitime, disons.

Sauf qu’il y a des choses plus pernicieuses encore. On peut utiliser la vidéo de la naissance de son fils dans un film, par exemple.

Normal : on montre un enfant mignon, sur scène ou à la télé, et l’être humain fond. Demandez à des acteurs comment ils détestent jouer – façon de parler, évidemment – avec un enfant sur scène : toute l’attention est détournée sur le kid. Même chose avec un animal. L’innocence de l’être nous touche.

On peut ensuite faire un lien sur des enfants qu’on a sauvés, super-héros de réalisateur qu’on est… On peut évidemment mettre des images de ce même enfant à qui on force à dire, devant la caméra, qu’ils ont vu de leur yeux vus leur père être décapité. On peut montrer des gens être déportés en pleine nuit. Des enfants qui dorment tous entassés sur une couverture, avec des violons lancinants pour nous montrer – non : nous dire ! – qu’on DOIT trouver ça triste.

Je ne nie pas que ça l’est, remarquez.

On peut mélanger les choses : faire dire à un enfant qu’il a besoin d’argent, pour devenir avocat, par exemple. On peut faire dire à un enfant qu’il préfère être tué que de continuer à vivre comme ça.

Tout être humain normalement constitué est touché par ce qu’il dit. Mais tout être humain normalement constitué devrait être dégoûté quand le réalisateur le lui fait répéter… Jusqu’à le faire pleurer. Et au passage, on renforce notre image de salvateur en disant « It’s okay… Jacob, it’s okay »

Je pense que je vais arrêter ici. En fait, j’ai arrêté de la regarder, cette vidéo, vers les 10 minutes. Je répète, je ne sais pas du tout si Invisible Children est une organisation caritative digne de ce nom. De ce que je comprends, cependant, la cause est dépassé. Kony est dans la nature, sa rebellion est pour ainsi dire terminée.

Mais au nom de l’honnêteté intellectuelle, je voulais faire une petite mise au point.

Bien entendu, qu’il faut aider les enfants qu’on voit dans la vidéo.  Et je suis très conscient qu’il FAUT tomber dans le mélo. C’est comme ça qu’on pousse les gens à aider.

– C’est le trip d’égo qui te dérange, hein ? me dit Clamski.

Je hausse les épaules. Probablement.

– Le gars a 84 millions de vus sur youtube. Il a attiré l’attention sur une cause qui vaut la peine – même si elle est caduque. Ok, il produit des films par la bande. Mais aider des enfants, c’est comme la base de l’humanisme.

Je le sais Clamski. Mais j’en ai contre la manipulation. Si j’ai une fierté dans la vie, c’est, foncièrement, de ne pas être influençable. Et de toujours tenter de laisser mon interlocuteur se faire sa propre idée sur ce dont on parle.

– Ouais. Mais t’es pas full influent, non plus.

Ta gueule, Clamski.

De l’éthique de la perversion

mars 15, 2012

On était avec un de mes bons potes sur le balcon d’en arrière, en train de nous mettre mutuellement à jour sur la vie de l’autre. Comme elle le fait toujours, la discussion a divergé, fouillez-moi comment, à un certain point, on parlait du fétichisme des pieds.

Non, tiens, je m’en souviens comment on en est venus là. On est tous les deux des gars assez portés sur la chose et comme c’est rare de pouvoir parler de cul en société, ça en fait souvent un de nos sujets de prédilection, par défaut, quand on est seuls.

Je pense qu’on parlait de ce nombre plutôt élevé de filles qui nous plaisent, celles qu’on croise tous les jours dans la rue, dans le métro, au boulot, partout et qu’on se ferait genre là-là, tu-suite.

Disclaimer : je ne voudrais surtout pas heurter les personnalités des personnes susceptibles (gnak gnak), mais c’est de même que ça marche, arrive en ville la grande.

Je calculais ça, en grand statisticien : ya au moins trente filles par jour que je me ferais. Mon pote acquiesçait, en ajoutant d’ailleurs que le lendemain, on croiserait les mêmes, on les regarderait peut-être même pas. Question de timing.

On rationalisait ça en se disant que ces réactions étaient conditionnées par notre condition animale, profondément ancrées dans notre cerveau – on disait « cerveau reptilien » pour faire genre qu’on s’y connaissait en biologie de la cervelle – et que c’était moins notre faute que nos gènes qui s’exprimaient, ces petits pervers nous réduisant à l’état de caniche haletant. Bref.

Pis là, j’ai dû dire quelque chose du genre : la perversion, c’est le pied.

Ouais, on est de même, nous autres, on se fait des petits jeux sur les mots. On est intellos pis on s’assume.

Donc, fétichisme des pieds. Mon pote m’a regardé, demandé si moi euh… tsé…

-Quoi, « moi euh… tsé » ?

-Es-tu fétichiste ?

La question se pose. On parle de cul depuis une demi-heure.

-Tout dépendant. Je suis pas trop versé en psychanalyse. Si les seins peuvent être fétichisés, probablement. Ou les fesses. Les lèvres. Ou le cou.

-Le cou ?

-Fan de vampire, ça vient avec. Mais je pense pas que je banderais pour un cou. Alors ça doit pas être du fétichisme.

Comprenez-moi, on est loin de l’ordi, sinon ya longtemps que j’aurais vérifié c’était quoi sur Wiki.

Entre nous, pour les besoins de la cause, on a décidé que le fétichisme, c’était quand l’objet de convoitise n’avait par définition rien de sexuel.

Ce qui n’exclue pas les cous, je sais…

Et là, on a parlé des fétichistes des pieds. D’à quel point, ils sont nombreux, ceux-là.

Comment on sait ça ? Bah, on a supposé. Pis vérification faite, ce serait le fétichisme le plus fréquent – on dénote même une augmentation depuis l’arrivée du sida…

Et que là, ça nous échappait totalement. Un pied, ça peut être beau, entendons-nous, comme un cou, mettons. Mais de là à s’exciter pour ça..?

C’est comme une perversion qu’on a le droit d’avoir, cela dit. Pourquoi ? Ça dérange personne, c’est plutôt rigolo, limite mignon… Pis y’a pire…

Imagine, pour eux, une sandale, c’est comme un babydoll pour les pas (ok, les moins) pervers…

– Trente par jour, hein… que me dit mon vieux Pollock.

Clamski, il sait ben que, quand on parle de cul avec mon pote, c’est surtout pour éviter de parler gauche-droite. Il sait aussi que j’ai dû arrêter d’être ami avec lui sur Facebook, parce que j’en pouvais plus de sa perversion drettiste… En personne on a du fun. Mais à l’écrit, c’était devenu une plaie.

Clamski cherche à me faire rire, à me faire oublier que ça me désole d’en être arrivé là ; je le sais et je l’adore pour ça.

Pis dans le fond, on est tous le pervers de quelqu’un…

Prenez un consensus…

janvier 12, 2012

…et retournez-le, en jouant l’avocat du diable. C’est pas si compliqué, d’être chroniqueur, au fond. Surtout dans un monde où les commentaires et les lectures commencent à rapporter de plus en plus, on va se rendre compte que ben du monde n’ont pas vraiment les convictions que véhiculent leurs textes. Est-ce que c’est grave ? Non. Mais vous conviendrez que c’est un peu dommage.

Je pense à deux personnes en particulier dans la littérasphère québécoise. Foglia, d’abord. Voilà l’exemple parfait de l’homme qui sait faire réagir les foules. Pas un trou de cul, le monsieur, il a même sa page wikipédia, pis chuis certain que c’est pas lui qui l’a écrite.

Quoique, connaissant le personnage… En tout cas, mettons que non.

Foglia, c’est l’artiste, on s’entend. Je ne parlerai jamais contre son style littéraire, même si je trouve que parfois, le rédac chef aurait intérêt à repasser par-dessus ses textes qui en deviennent un peu lourds, par la force des choses – vous comprenez ce que je veux dire par « jouer sur le consensus » ? Mais vu son statut, ça me surprendrait pas qu’il ait dans son contrat une clause de « non-repassage-par-dessus-ses-textes ». Foglia, c’est le boomer par excellence . Pour un Y comme moi, c’est le vieux con. Le vieux con qui te fait réfléchir, et dont tu admires le bagage culturel qu’il sait démontrer, certes, mais qui te déconcerte par la fermeture d’esprit qu’il peut avoir par moments.

Je sais qu’il « joue » souvent au vieux con. Mais ce n’est pas de quoi je parle.

Potiche, c’est de la merde, par exemple. Bel exemple d’incompréhension intergénérationnelle. Est-ce que c’est parce que les  boomers ne possèdent pas cette capacité au sarcasme, et à l’ironie que leurs enfants ont pourtant développé ? En fait, si, il la possède, mais ne comprennent pas qu’on puisse se distraire avec eux. Pour eux, ça sert la critique ; pour les Y, ça fait partie de la vie.

Au passage, Potiche, c’est pas mal bon. Faut connaître Ozon. Et aimer son style. Ya environ une demi-heure de trop, sans parler des chansons. Mais de là à dire que c’est mauvais, ya une marge.

J’en reviens à mon revirement du consensus. Foglia le fait de façon magistrale, toujours dans la même chronique. « N’allez pas en Gaspésie, nous dit-il. Les pubs sont mauvaises. Je préfère profiter du Luxembourg. » Je comprends, les amis, qu’il pense probablement l’inverse. Enfin, j’espère. Mais vous avouerez avec moi (une autre technique de chroniqueur, donner une opinion à ses lecteurs) que ça vous démange de lui écrire une longue lettre baveuse.

Remarquez que ses portraits sont toujours justes, magnifiques. Ce gars-là, à part sa misanthropie – c’est le personnage, je sais ben… – possède une empathie à faire pleurer un conservateur sur le sort d’un nouveau chômeur.

Bref. Vieux con, avec un coeur.

Mon deuxième exemple, c’est Judith Lussier. Blogueuse régulière sur le site d’Urbania…

…mettons tout en perspective, elle écrit aussi pour le Reader’s Digest…

… et de la même génération que moi, ses textes trouvent facilement le chemin de mes nerfs. Elle sait me faire fâcher, de façon viscérale. Prenez ce vieux texte sur les automobilistes urbains où elle avoue platement « Moi j’ai un char, pis pas de vignette de parking. Alors les gens qui ont des vignettes, vous me faites chier quand vous prenez les places pour les gens qui n’en ont pas. »

Dans ce texte, elle nous lance que c’est pour les riches, les vignettes. Ça me fâche autant parce que je suis pas riche et j’en ai une, que parce que mis en parallèle avec un autre de ses textes où elle avoue candidement être « quelque chose comme un peu riche », ça n’a pas vraiment de sens. Vous voyez le topo.

Savais-tu, Judith, que depuis ce temps, je fais exprès de me stationner toujours dans les endroits où je n’ai pas besoin de vignette, au cas où on serait voisins ?

Autre exemple savoureux, le texte qu’elle a livré contre les gens qui mettaient en parallèle la mort de Steve Jobs et celle d’Africains affamés. Elle n’a pas complètement tort, remarquez bien. Mais si le consensus avait été de l’autre côté, permettez-moi de penser qu’elle aurait écrit le texte inverse.

C’est ça faire des chroniques. C’est écrire pour obtenir des réactions. Ces deux-là sont très bons, en l’occurrence. Loin de moi l’idée de les comparer, remarquez bien.

Non, je n’élaborerai pas là-dessus.

Comme exercice, je me propose donc d’écrire une chronique dans ce genre. À quel consensus est-on confronté ces temps-ci ? Je vais défendre l’idée inverse. Je sais, je suis pas très bon. Je sais que je suis pas mal dans le consensus, normalement.

Traiter affectueusement Foglia de vieux con, tout le monde fait ça. Critiquer Judith Lussier, tout le monde fait ça.

Mais c’est un exercice. Vos idées ?

C’était un pragmatique…

janvier 11, 2012

Dès que je lui eus montré mon insigne, il avait avoué. Juste avant, son front s’était mis à suer abondamment, et c’est probablement là qu’il avait réalisé qu’il ne pourrait pas s’en sortir. Un type qui n’a rien à se reprocher ne sue pas du front. Platement, donc, il avait toussoté puis admis : tous les servants de messe y étaient passés, les petits de la chorale aussi. Ils n’inventaient rien, ceux qui m’avaient mis sur sa piste. Tout était vrai.

C’était un pragmatique. Même son sacerdoce l’était.

« Vous voyez, m’expliquait-il alors que je lui passais les menottes, je ne crois pas vraiment en Dieu. Je nous vois plutôt comme les héritiers d’une multitude d’auteurs et, surtout, du génie qui les a regroupés dans la Bible, en un seul livre. Une vie entière à vivre des rentes de ce bouquin, en échange d’en faire la promotion… j’ai toujours été assez doué avec les mots, et la rhétorique. Enfin, la rhétorique des gens simples. Pas pour rien que je me suis installé dans ce trou perdu. J’ai été à Rome, moi, je me destinais à une carrière épiscopale. Puis ça a commencé… »

Je voyais bien qu’il voulait m’en dire plus. Il était du genre à ne pas camoufler ses crimes outre mesure, pour le plaisir simple de se faire prendre, et d’ainsi pouvoir raconter son histoire avec moults détails. À défaut d’être lui-même un auteur, il avait développé les besoins de cette étrange caste.

Ouais. Il avait beau porter la soutane, il cadrait parfaitement dans les stéréotypes habituels.

« … l’avais emmené dans la sacristie… »

Je l’entendais d’une oreille distraite, mais je n’avais absolument rien à battre de ses explications. Je sentais que ça lui ferait du bien de se sentir écouté, et je n’avais pas envie qu’il se sente bien, ou mieux, ou qu’importe.

Soudain, je me mis à entendre une chorale d’enfants, dont les voix me parvenaient, amplifiées par l’écho de l’église, à travers la porte du bureau du prêtre. Celui-ci ne les entendait visiblement pas, continuant de discourir sur « le bien et le mal, et Jésus et sa condition de mortel ».

Au fond, c’était normal : les voix venaient de ma tête. Ça ne me surprenait plus. Ça n’était pas la première fois, ça ne serait pas la dernière. Au moins, avec le temps, j’avais appris à ne pas nécessairement faire confiance aux voix dans ma tête. D’ailleurs, je ne distinguais pas vraiment les mots qu’ils psalmodiaient. Je me demandais pourquoi ma tête tenait à me faire entendre ces voix. Je tentai de me concentrer pour mieux les entendre. Impossible, avec l’autre qui parlait toujours.

D’un geste, je voulus le faire taire. C’était un geste assez brutal, et fort bien placé : il s’effondra sur le sol, que sa tête heurta brutalement. Mais ça n’avait pas marché. Je continuais de l’entendre, bien que ses lèvres ne remuent plus. Maintenant, il parlait latin. Encore ma tête, me figurai-je. Sa voix et celles du choeur d’enfants prenaient de l’ampleur, comme dans une compétition malsaine qui m’assourdirait si je ne faisais rien.

Sacré cerveau, va.

Dès lors, tout se mit en branle. Je me vis – d’une certaine façon, j’étais moins le perpétrateur que le témoin – enfoncer mes index et majeurs dans les commissures de lèvres du prêtre, et lui déchirer la bouche d’un geste brusque ; je me vis le retourner et lui remonter la soutane pour lui enfoncer la première croix que je trouvai dans le cul – vous savez, une de ces grandes croix qu’on trouve dans les bureaux des prêtres – je la lui enfonçai, donc, non sans m’en être d’abord servi comme d’un immense marteau, pour frapper l’arrière de son crâne à quelques dizaines de reprises.

Sa voix s’était enfin éteinte. Et le choeur d’enfants chantait maintenant mes louanges.

Je regardai le tableau : le sang s’écoulait désormais tout le long de la croix et dégouttait par terre. Je fus pris d’un haut-le-cœur. Je remis la fausse insigne de police dans ma poche et sortit rapidement.

Je fus arrêté, quelques semaines plus tard. Des preuves incriminantes. Mais un bon avocat. Et la voix populaire de mon côté.

J’attends mon procès.

Notre Père qui es aux cieux…

Un peu marre…

décembre 8, 2011

… de ce réflexe, si commun chez nous. Depuis quelques jours, dans les médias électroniques, et autres réseaux sociaux, on dénonce une « chasse aux Anglais » que feraient actuellement les Québécois. Et on écrit des articles sur le nationalisme québécois qui serait, je paraphrase, du fascisme nouveau genre.

Dites, j’ai même été d’accord avec un article de Martineau, cette semaine. Faut le faire. Non, je ne mettrai pas le lien. Mais je vous partagerai volontiers celui de JFLisée, avec qui je suis tout autant d’accord.

D’abord, je comprends pourquoi ces gens voient une chasse à l’Anglais. Remettons-nous en contexte, cependant.

On sait d’où ça part : on parle d’ailleurs de SCANDALES, asti. C’est pas rien, que la Caisse de dépôts et placements du Québec (organisme gouvernemental d’une province dont la langue officielle est le français) fonctionne en anglais à l’interne !! C’est ÉNORME.

C’est illégal, d’abord. Et c’est vraiment une claque sur la gueule de la révolution tranquille.

On entend souvent les arguments selon lesquels « on s’en fout, tant que ça rapporte… la langue n’est qu’un moyen de communication ».

Ça, c’est faux. La langue d’une société, c’est aussi l’organisation de la pensée de ses membres, comment ils conçoivent, et perçoivent le monde. Mais c’est un autre billet.

On sait, donc, d’où part l’impression qu’on veut bouffer de l’anglo. Banque Nationale, ce matin c’est Bombardier, plus tôt en novembre, cette interview avec des anglophones qui refusaient d’apprendre le français, malgré qu’ils vivent à Montréal depuis quelques années…

D’ailleurs, si on a bien écouté cette interview, les enfants de la dame (américaine à la base) ont appris le français et le parlent. C’est le Torontois d’origine qui n’en voyait pas « la nécessité », qui ne trouvait pas « le temps » pour apprendre cette langue « difficile ».

Et évidemment, depuis qu’on en parle, les journalistes font leurs choux gras des nouvelles où le « Québécois moyen » est aux prises avec « l’Anglocolonisant », ces anglais qui, par choix, vivent ici sans parler français. Sur foi de quoi le Montréal anglais (représenté par Don MacPherson), probablement de bonne foi, a conclu qu’on fait la chasse à l’anglais.

Si quelqu’un fait ça, ce sont les médias, pas la population – qui outre les montréalais, n’est que rarement confrontée au problème. Ils sont contents, nos médias, d’avoir retrouvé un filon, une corde qui est (dieu merci) encore sensible chez les Québécois. Mais ça a été déjà dit à quelques reprise, sur des blogues (billets et commentaires confondus), ce dont les gens ont marre – et je m’inclus là-dedans – c’est du bilinguisme institutionnel qu’on nous force au-travers de la gorge.

I speak English. Ich spreche Deutsch. Hablo un poquito espanol.

Je serai fier quand mes enfants sauront parler plus d’une langue. Pis je m’en calisse, la langue que les gens parlent entre eux, entre adultes consentants. Là n’est pas la question. Si la serveuse au restaurant ne comprend pas le français, je vire de bord. Rien de moins, rien de plus. C’est le commerçant qui perd de l’argent. Tant pis pour lui.

Tiens, une idée qui passe : et si on décidait simplement de faire la correspondance gouvernementale en français seulement, par exemple ? On envoie un message clair à ceux qui arrivent : ici, ça se passe en français.

Non. Le genre de trucs qui me met en maudit, c’est les scandales dont je parle plus haut. C’est le ministre Fournier qui faisait ses déclarations en anglais et en français – surtout que les journalistes anglos lui avaient dit que ce n’était pas nécessaire – il ne le fait plus, depuis cette semaine. C’est qu’on doive subventionner des gens qui sont dans l’ILLÉGALITÉ (ciboire!) pour faire changer l’affiche de leur commerce.

C’est des gens que je respecte, au demeurant, qui mettent tous les maux du Québec actuel, sur le dos du nationaliste québécois, qu’on caricature, le décrivant comme un adorateur (pédophile ?) du petit Saint-Jean blondinet de la parade catholique des années 60. Ce réflexe, qui pousse le Québécois à s’excuser d’exister, un air complice sur le visage « Sorry, we are like that, you know… »

Je suis pas un facho. Mais je crois sincèrement qu’une société bilingue ne peut pas fonctionner.

J’ai-tu vraiment besoin de vous citer des exemples ?

Fait qu’on fait quoi ?

-T’es fourré, là, hein ? me dit Clamski, grelottant dans l’appartement, entre deux bouffées de pipe. Tu vas vraiment dire aux gens quoi faire ?

– Non. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent. Moi, je refuse d’abdiquer, et quand je déprime, j’écoute Mommy Daddy, j’en braille ène shot (clin d’oeil Georges Dor), pis je me reprends. Pis j’écris un billet.

– Tout un programme.

Je fais ce que je peux, Clamski. Je fais ce que je peux.

*** AJOUT ***

Quand j’ai publié ce billet sur mon mur de Facebook, un ami (Dave Id) a commenté. Je vous copie les grandes lignes :

La CDPQ c’est mon client, est des plus chiants parce que Sabia c’est le tres bon ami de mon employeur. Il sont chiants parce que très exigeants et je peux te garantir que transiger avec eux se fait en francais seulement, nos ressources techniques doivent tous être francophones et chaque communication est passée à travers Antidote et ensuite revisée 6 fois pour assurer un bon français. 2 uni-anglo ne font pas de la CDPQ une cie qui travaille a l’interne en anglais. Moi j’aime l’heure juste en journalisme (officiel ou blogueur).

Toujours utile d’avoir quelqu’un de l’intérieur, ou en tout cas, qui se tient pas très loin. Voilà qui remet mes pendules à l’heure. Mais qui ne me déchoque pas pour autant.

***AJOUT 2 ***

D’ailleurs, recherches faites, ce n’est pas à la CDP comme telle que ça se passe, mais bien à Ivanhoé Cambridge, une filiale, qui n’est, donc, pas soumise aux règles générales de l’administration publique québécoise. My bad.

Cela dit, je vous renvoie quand même au bon texte de Sophie Cousineau, d’où je puise ces infos.

Honnêteté intellectuelle, pis toute.

On a tendance…

décembre 4, 2011

… à se penser plus fins. Dans le sens de plus intelligents. Nous, on est ben plus meilleurs. Plus évolués. Notre civilisation dans toute sa splendeur, genre.

Le premier réflexe, quand on apprend que les Frères musulmans accèdent au gouvernement égyptien, c’est de secouer la tête, pis se demander qui peut bien aider à gaver ainsi le bon peuple – parce qu’on pense aussi que le peuple humain de base est bon – par ces idées démagogiques arriérées (je parle de la religion en général, pas de l’Islam, compris ?) qui n’ont pas leur place en démocratie, ni dans tout système souhaitant gérer efficacement l’humanité.

Bah quoi ? Ça en revient à ça, non ?

Pis après on rationalise. On suppose – on souhaite – qu’il y ait des gens derrière tout ça. Des organisateurs. On accepte la manipulation, plus facilement que la connerie. On est prêt à accepter qu’il y ait un peu des deux, mais c’est limite. Surtout si la manipulation fait élire des cons. Cercle vicieux, parti libéral pis tout ça.

On accepte, on comprend la manipulation chez les autres. « Dans leurs conditions… » Mais soi-même, être manipulé ? Voyons…

Vous voyez où je m’en vais. Duhaime, Radio X, le gros Legault, les grands médias, leurs sondages…

En Égypte, au Moyen Orient, Dieu porte le nom d’Allah. En Occident, il en porte plusieurs : économie, marché, rendement, libaaarté…

« Efficacité ? » me lance un Clamski railleur. – Ta gueule Clamski.

Manipuler l’opinion publique, ya rien là dude. Surtout quand le bon peuple est convaincu que ses pensées sont les siennes.

Quoi qu’il en soit, je reste positif, et je fais confiance au bon peuple. Si ya quelqu’un qui est tanné des cons, c’est bien lui.

C’est pas un peu démago, de dire ça ? – Ta gueule Clamski.

Le torrent…

novembre 28, 2011

… de fiel qui peut être déversé en si peu de temps. Hier soir, c’était sur twitter.

Je ne suis pas le plus ardent défenseur de Pauline Marois. Je ne suis pas membre du parti québécois, et je ne vais probablement pas voter pour lui aux prochaines élections, à moins d’un extraordinaire changement de cap. Et je suis aussi assez critique de sa « prestation » d’hier soir à TLMEP. Je comprends très bien que la personne Pauline Marois ne passe pas bien. Un côté bourgeoise pincée, doublée d’une insécurité qui pourrait bien émaner de sa situation de parvenue (pas de connotation négative, ici)… les gens ne voient pas une grande leader en elle, et comment leur en vouloir ? Elle ne passe pas. Et sur twitter, c’était assez impressionnant.

Il s’en trouve pour dire que c’est parce que c’est une femme. Comme beaucoup, je pense que ça se situe à un autre niveau. C’est sa personnalité que est remise en question ; son « naturel », son côté bon-enfant qui sonnent faux.

Certains l’accusent même de se servir de cette excuse – « être une femme » vs les hommes en politique – pour expliquer ses problèmes au PQ. Là-dessus, je ne suis pas d’accord.

Être une femme n’explique pas tous ses déboires, c’est certain. Mais disons qu’une gang de gars, des politiciens, dans le parti québécois – parti aux assises très « mâles » – avec une moyenne d’âge qui doit tourner au moins autour de 50 ans qui a une femme comme chef… Je pense que vous comprendrez ce que j’avance ici : vieille mentalité, hommes dirigés par femme… pas faire bon ménage.

C’est pourquoi on voit souvent des femmes chefs d’entreprise qui s’entourent de jeunes hommes : ils ont intégré, eux, que la femme est en mesure de diriger autant qu’un homme. Pour la génération montante, homme ou femme ne compte plus : c’est les compétences qui importent. Mais la politique est lente à bouger. Évidemment : elle bouge avec les électeurs. Et comme les jeunes ne votent pas… Mais c’est un autre débat.

D’ailleurs, elle a surtout été élue parce que c’était son tour, pour ses bons services, parce qu’il y a longtemps qu’elle tentait d’être chef. C’est là son problème : ce n’est pas elle qu’on a élue, mais une « récompense » qu’on lui accordé. C’est peu vendeur pour la population. Et il ne faut pas être dupe : avoir une femme comme chef de parti a aussi été un bon coup de pub, pour le PQ, au même titre qu’un chef homosexuel la fois d’avant.

Alors est-ce que le fait qu’elle soit une femme explique sa déconfiture ? Non. Mais est-ce que ça y est complètement étranger ? J’en doute profondément. Quant au fait qu’elle se « serve » de cette excuse… Je pense que c’est politique, en l’occurrence. On la conseille peut-être mal..?

Clamski me parle du PQ depuis ses débuts, toujours sur le point d’imploser. Il me raconte 76.

-Femme ou pas femme… Le PQ est un bateau, dont les membres menacent régulièrement de donner un coup de hache dans la coque si on ne fait pas ce qu’ils veulent. Pis ces temps-ci, ils le font.

Je me laisse bercer par sa voix. Et je m’endors, comme toujours quand je pense trop à la politique québécoise.

Il m’a lancé ça…

octobre 28, 2011

… comme ça, mon vieux Clamski, l’air tellement sérieux que je me suis presque laissé convaincre sans avoir entendu ce qu’il avait à dire, il m’a lancé : « Tsé, si tout le monde décidait que toutes les dettes de tous les pays étaient effacées, de même, là, rien que d’un coup… Qui serait perdant ?

-Euh… les banques..?

-Oui. Et donc, à tout casser… une centaine de personnes, sur terre… genre… Qui auront tôt fait de se renflouer. C’est pas une couple de billions qui leur fera un pli sur la différence.  »

J’ai pensé à ça. Je suis resté longtemps songeur. J’ai regardé Clamski, qui affichait son air « ben, c’est logique, non ? » Il devait bien y avoir un argument qui contredirait cette idée. C’était beaucoup trop simple. Simpliste.

« Les historiens du futur en parleraient comme de La Grande Faillite, rêvait encore Clamski. Le moment où l’humanité a compris que…

-Les politiciens… que je l’ai interrompu, c’est eux qui n’envisageront jamais ça.

-Pourquoi ? m’a demandé Clamski, en souriant, content.

-Trop à perdre ?

-Voilà. »

Pourtant… si on cherche bien, il doit bien en avoir quelques-uns qui ont des couilles ? Qui ne font pas ça pour préparer leur retraite ? Qui…

Clamski a levé la main, d’un air las. Je me suis tu.

Pis on s’est rebranché sur nos laptops respectifs.

Je pense qu’il est sur un site de cul.

Procrastination productive

octobre 12, 2011

(Je n’écris pas mon scénario pendant ce temps-là…) Un peu verbeux, je vous l’accorde et j’y étale mon amour du subjonctif. Mais au moins, ça fait vivre le blog.

Et voilà où j’en étais venu, résigné à me doucher à l’eau glaciale pour continuer ma piètre vie, je n’en pouvais plus de toutes ces frustrations, ces cris du cœur (ce pauvre deuxième organe, qu’à chaque instant j’entendais sans pouvoir y réagir)…  Je savais que tout le problème venait de lui, la base de mon problème se résumait au fait que je fusse un homme, à cette chose, cette andouille molle qui me pendait entre les cuisses et que je ne connaissais que trop.  Comment vivre normalement, me demandais-je, comment font tous les autres pour accepter cette prison physique et quasi psychique, comment?

Prends ça, lui disais-je en dirigeant sur Lui le jet d’eau froide, je devais me séparer, me dissocier, je ne voulais plus qu’Il fasse partie de moi, je ne voulais plus faire partie de Lui, je lui en voulais et ne lui pardonnerais jamais ; Il se recroquevilla ; la douleur du froid sur Son scrotum monta à mon cerveau — preuve que nous étions encore et malheureusement liés —, puis, sans que je ne sache trop comment, mon rasoir se retrouva dans mes mains ; j’avoue y avoir pensé, sérieusement, pendant un instant, où je fantasmai sur la liberté que j’aurais retrouvée, l’ultime autodétermination, tout le mal que j’avais osé faire, qu’il avait osé me faire faire, la culpabilité qui s’en irait, enfin!  Mais — était-ce par lâcheté— je n’arrivais pas à m’y résigner, de toute façon, la beauté de mon geste aurait sans doute été trahie par l’état de mes mains, transies autant que le reste de mon corps.  Je sortis de la douche.

Retour à la chaleur, retour à ma sanguinité, la colère me vint et j’aurais voulu fracasser la vitrine de la douche, mais encore une fois, le courage me fit défaut, la peur de ce sang que je répandrais, peut-être, la peur d’avoir mal, plus probablement.  Et Lui qui de nouveau, se considérant sans doute désormais en sécurité, osait paraître comme si c’était la première fois et me rappela à ce plaisir malsain ; je n’en voulais certes pas, mais la chair est ma faiblesse, on l’aura deviné, je me sauvai de la salle de bains afin de couvrir de vêtements cette excroissance, il le fallait, sinon j’allais encore retomber dans cette routine qui m’emprisonnait, qui m’empêchait de faire les choses que j’aurais dû faire et qui, si je m’essayais à les faire malgré tout, c ‘était sans force et restreint dans mes capacités parce que brûlées auparavant dans le vide d’un mouchoir.

Je ne pouvais risquer de me perdre de nouveau, comme je l’avais perdue, ma chère Catherine, ma douce Catherine, à cause de Lui, je Le détestais et je savais que tout était Sa faute, à Lui que je ne savais pas contrôler, contrairement, selon toute apparence, à la majorité des autres hommes.  Je m’habillai prestement et me dépêchai de sortir de chez moi, en public, au moins, je Le tiendrais tranquille.

Je me rendis chez Pol, le café du coin où je commandai un expresso, le plus fort possible, Pol, dis-je au serveur,  en sachant bien qu’il ne s’appelait pas ainsi.  C’était une vieille blague entre lui et moi.  Amusé, il ne m’avait jamais repris et je ne connaissais donc pas son vrai prénom ; et alors? un nom n’est qu’un nom, un appellatif, une manière d’apostrophe, et si Pol lui convenait, pourquoi en changer?

Les humains nomment tout et sans logique particulière ; je me rappelai comment Catherine avait nommé le Monstre et je ris de dépit, je ris à ce nom trop poétique, qui, je ne savais trop comment, semblait redorer le blason de cette espèce me répugnant désormais.

Ah, Catherine, toute pratiquante que tu fusses, tu n’avais pas la moindre chance contre Lui.

Je reçus mon café, le laissai refroidir jusqu’à ce que je pus me l’envoyer d’un seul coup, grimaçai d’amertume — mais était-ce bien à cause du café? — et, satisfait, je jetai la monnaie sur la table, remerciai Pol et quittai l’endroit.

Je marchais sans savoir où j’allais, il importait que je visse des gens, que je ne sois pas seul chez moi, j’étais maintenant convaincu que la mutilation n’était pas une solution — enfin, pas la solution —, mais je n’étais pas certain que mes mains, elles, l’étaient ; je devais les calmer, les occuper un certain temps.  Je poursuivis ainsi mon chemin vers un salon de billard, histoire de me dégourdir, d’occuper mes mains sur une queue qui ne serait pas la mienne, pour une fois.  Je n’étais pas très bon à ce jeu, mais quand on joue seul, ce n’est pas nécessaire; je me fis faire de la monnaie par la serveuse au bar — une brunette, exquise — pour être en mesure de jouer quelques parties et m’installai en vitesse, en évitant de me retourner vers le bar.  Comme disait l’autre, la bandaison, ça ne se commande pas, je ne le savais que trop ; ça ne se commande pas, mais on sait quand ça s’en vient, vite, faire face à une table.

Évidemment qu’après peu de temps, je m’emmerdais royalement.  J’étais sorti pour ne pas être seul chez moi ; apparemment la solitude ailleurs que chez moi n’aidait pas ma cause.   J’avais besoin  d’une bonne conversation avec quelqu’un, pour remettre mes pendules à l’heure, un inconnu ferait l’affaire ; le seul problème était qu’il était plus compliqué de trouver un inconnu disposé à avoir une conversation avec un autre inconnu à 23h qu’à 15h.

Je pensai à la serveuse du bar.

(À SUIVRE ? Ché pas…)

J’ai pris la sortie…

juin 18, 2011

… la plus éloignée de chez mes parents. Ils ne m’attendaient pas, il était tard. J’allais les voir et leur donner un coup de main pour vider la maison du grand-père maternel, le lendemain. Jeudi soir. Je roulais donc sur le boulevard industriel. Eh ouais, s’appelle de même.

Granby est une ville qui s’est développée grâce aux usines qui y sont installées depuis toujours (tabac, caoutchouc, industrie laitière et textile). Cela dit, les élus ont toujours semblé penser à la garder « esthétique ». Ce n’est pas la ville ouvrière anglaise, disons. Peut-être, justement grâce à la présence d’anglo dans la ville, ironiquement. Beaucoup de parcs. Fin de la parenthèse « En apprendre sur Granby ».

Puisque j’avais tout mon temps, je l’ai pris. Je roulais lentement, regardant ce qui avait changé ou non, dans ce secteur près du garage municipal et que je connaissais bien, ex-col-bleu-estival que je suis. Peu de changement. Mais assez pour que je me décide de passer par des coins que je ne connaissais plus. Suis né là, dans l’ouest. Suivi Cowie, le long de la Yamaska. J’ai à nouveau été saisi par le grand âge de la ville – que je mets souvent en parallèle avec la courteur de la vie humaine ces temps-ci.

C’est la trentaine, hein. « Quoi, le monde meurt ?! » Grande nouvelle.

Et saisi par sa modernité nouvelle, étonnamment. Devriez voir la nouvelle caisse pop centralisée, digne d’un pavillon universitaire.

Long préambule pour dire que la marche que j’avais décidé de prendre le lendemain soir, vers 22h, était motivée par cette quête que j’entretiens depuis quelques mois, mieux connaître mes racines.

« Quoi, j’ai des racines ?! »

J’avais passé la journée à déménager, mais j’avais mangé comme un trou, comme souvent chez mes parents. La marche était de mise, au moins une heure à bon rythme. C’est le centre-ville que j’ai décidé d’investir. On en fait vite le tour, si on suit Principale – eh ouais, s’appelle de même.

Mais quand on s’aventure dans les petites rue, ça peut durer.

Vu une buanderie. Un film en soi.

Car oui, au départ, la première demi-heure, podcast dans les oreilles, j’ai vu beaucoup, et pensé peu : c’était de l’exercice. Éventuellement, j’ai eu envie d’éntendre. De retirer mes écouteurs.

Puis la magie.

Je ne m’en surprends plus outre-mesure. Savez cette énergie qui se manifeste quand « on sait » que quelque chose va arriver – non, je ne tombe pas dans l’ésotérisme ; je prends même pour acquis que vous comprenez ce que j’entends par là. Quoi qu’il en soit, marcher les oreilles à l’air m’avait fait réaliser quelque chose. J’approchais un « point chaud ». Pleine lune ?

Pas d’ésotérisme, j’ai dit.

Des éclats de verres. De voix. Des bruits secs. Là, passé le coin, sur Notre-Dame, devant une petite clôture, inopinée dans le paysage, trois gars dans la rue. Un grand black, avec des dreads.

Oui. À Granby.

Un homme qui crie « Vous êtes deux contre moi, c’est ça ? » Avant de crisser une bonne droite à un autre, vraiment dépassé par les évènements. Le black tente de calmer le violent, mais rien à faire. Moi, je suis arrêté, près de badauds qui matent, cellulaire à la main et police au bout du signal.

Vous comprendrez mon embarras. C’est celui qui frappe qui se dit attaqué par les deux autres. J’observe. Non, définitivement, le black tente de les séparer. Et l’autre mange un estie de volée. Les badauds s’éloignent. Je vois le black qui n’arrive à rien. Je m’avance et tente aussi de parlementer avec le violent. André ne s’intéresse à rien d’autre qu’à Gaëtan (nommés par le black, pendant le combat). André lui lance une autre claque. Et semble même se calmer. Avant de donner un zidanesque coup de boule à Gaëtan qui tombe.

Inoffe izinoffe.

Derrière lui, j’interviens et lui passe mes bras sous les épaules pour le maîtriser. Il est assez petit, moi plutôt grand. Il ne peut rien faire.

Je lui demande s’il va se calmer. Il dit que oui. Je répète, pour être certain. Il réitère sa future coopération. Je lui dis que pour le relâcher, je vais devoir le pousser, en avouant d’emblée que c’est parce que je ne lui fais pas entièrement confiance. Il comprend. Je le lâche, et le pousse. Ses mains se prennent dans mes fils d’écouteurs. Sans plus de conséquence ; il ne tente rien.

Quand il se retourne, c’est sa face sanglante qui m’apparaît. Il s’est ouvert le front, une demi-lune d’un pouce de long. Il se détourne, pourtant, et va pour partir, non sans insulter Gaëtan qui rentre chez lui. M’Bai, (nommé par Gaëtan) est tout retourné. Il me remercie, mais il est vraiment nerveux, et passe continuellement sa main dans ses dreads en faisant des longueurs de trottoir pour se calmer.

Avec des ados, trois gars, qui viennent d’arriver, on va vers André, qui est calme. Cool, même. L’air d’un bon gars. Les jeunes sont moins sur leurs gardes que moi et lui font remarquer qu’il devrait aller à l’hôpital. Je réalise qu’ils n’ont pas tort. On passe un moment à essayer de le convaincre, mais un peu soûl – moins que Gaëtan – il fait son toffe, ben non, ben non, même pas mal.

La police arrive. Nous demande de nous éloigner, d’un ton de policier, humanité en moins – c’est dire. Les jeunes me demandent ce qui est arrivé, me disent que j’ai bien fait, et finissent par partir, parce qu’il se fait tard. Des bons petits gars. M’Bai vient me revoir et discuter. Curieux je demande comment ça a commencé.

– Ils parlaient d’Offenbach. Gaëtan a vu le film Gerry. Ils parlaient d’Offenbach, lâche-t-il, désolé par la futilité de la chose. Gaëtan lui a lancé son vin au visage. André n’a pas apprécié.

Une des polices parle à André, l’autre va chercher Gaëtan et prend sa déposition aussi, l’ambulance arrive. La police laisse Gaëtan qui parle avec M’Bai. Je m’approche d’eux. Curieux, encore. Gaëtan, c’est le baveux dans l’histoire. D’ailleurs il en remet, plus d’une couche. André ne le prend pas, la police demande à Gaëtan de s’asseoir, qui en ajoute encore.

Un instant, l’agent a VRAIMENT considéré lui casser la gueule lui-même. Quand je dis baveux…

Histoire de l’éloigner, je propose à Gaëtan d’aller s’asseoir sur sa « terrasse », qui se trouve à être une portion d’asphalte près du trottoir, derrière la clôture. Les ambulanciers soignent André, quand on s’assoit. Gaëtan m’explique l’histoire, Offenbach, tout. Encore soûl, il est chamboulé. André est un bon ami. Un gars intéressant, comme « il y en peu par icitte ». Il a déjà été violent, mais pas à ce point. Il ne le verra plus, dit-il platement.

La police revient vers Gaëtan, lui remet son amende (75 $, sachez-le) pour trouble sur la voie publique ou une autre bébelle du type…

Soixante-quinze piasses pour la raclée de sa vie, il l’a un peu mal pris…

… et lui dit qu’André n’a pas l’air trop calmé et qu’il lui en veut toujours. Gaëtan affirme qu’il ne veut pas porter plainte, ce qui ne compioute pas dans la tête du flicard, qui finit quand même par se lasser, non sans avertir Gaëtan que s’il avance encore avec la bière qu’il vient de s’ouvrir, il l’arrêtera pour avoir consommée de l’alcool sur la voie publique. Une tête de con, genre.

Tout le monde part, je reste seul avec Gaëtan quelques minutes, il m’offre une bière. Une dame ouvre la porte voisine et demande ce qui se passe. Gaëtan raconte sommairement et dit de ne pas s’en faire. Elle rentre.

La propriétaire ? Eh non. C’est Gaëtan le proprio.

On boit notre bière sans trop parler. Ça devient akward, après un bout. La magie s’est envolée. Je me lève, on se salue.

Je me couche dans le sous-sol encombré des meubles des grands-parents. Je commence à comprendre d’où je viens. Je me recale dans l’oreiller.

Et je contemple le cycle.

La fatigue…

juin 13, 2011

des derniers jours. Je commence à reprendre du mieux. Je n’étais pas malade. C’est une question de gestion, qui m’a épuisé. Une gestion du quotidien, mêlée à celle d’une amitié.

Un pote à moi se dope. Ben comme faut, là. Il s’en cache, à moi, à tous, à lui-même. En fait, à moi, il s’en cache pas tant que ça. Mais quand je lui ai dit que ça me dérangeait, il a commencé à le faire en cachette.

C’est mon coloc. Pas évident les cachettes.

J’ai rien contre les drogues.

J’en ai contre l’abus.

Et la dépendance.

Moi aussi, de temps en temps, j’appelais le livreur. « Un green, steplait ». De l’herbe. Rien de ben grave. Sauf que moi, la dépendance, je connais pas ça. J’ai fait quelques essais, depuis l’adolescence. Mais je suis resté loin des grosses drogues dures. Je ne suis pas dépendant, et je suis pas con non plus. Je fume mon petit joint, le soir pour relaxer avant de dormir. Jamais en journée. Je me veux fonctionnel. Parce qu’à la longue, ça me rendait parano. Pis plate.

Mon chum, lui, c’est tout le temps. Il se lève, il fume. Il prend sa douche, il traîne sa pipe dans la salle de bain. Il va travailler, il fume pour se motiver. Mais bon. Je connais des gens fonctionnels, comme ça quand même. Tant qu’ils mettent personne en danger en conduisant ou whatever. Mais là où la ligne s’est faite dans ma tête, c’est quand j’ai fait le calcul de sa consommation de poudre.

Moi aussi j’en ai fait de la poudre. Plus qu’une ou deux fois. Mais jamais trois à quatre fois dans la même semaine. Jamais, que ça m’a coûté 600 $ par semaine de dope.

Pis jamais je me suis enfermé dans ma chambre pour sniffer.Pour contempler le vide de mon mur, mon absence, le blank dans mon existence.

Mon coloc pense que je le sais pas. Que je catche pas, quand il dit qu’il est fatigué, après s’être fait livré et avoir trainé le dealer dans sa chambre pour m’empêcher de voir ce qu’il achetait.

Un problème, tsé.

OK, aussi, j’ai peur qu’il se serve de moi, qu’il me vole. On sait ce que ça fait les dépendants. Prêts à tout pour leur dose.

Mais c’est un chum. Je l’ai confronté, à quelques reprises. M’a fait oui oui. S’est encore plus caché. Souvent j’ai peur de partir de chez nous, parce que ça lui laisse l’occasion d’appeler sans culpabilité. Sept fois, l’autre week-end, j’ai vérifié sur l’afficheur. Sept fois, en trois jours.

Il se contrôle, pas, vous comprenez…

Donc, question de gestion, autant de ma vie personnelle et quotidienne, que de mon amitié pour lui, j’ai organisé une intervention. Deux, trois autres de ses meilleurs amis. Ses parents.

Me suis haï de lui faire ça, mais soit c’était ça… ou alors (mettons ça au pire) je le retrouvais dans la rue, ou victime d’une overdose, et seul à avoir connu son problème, seul qui « aurait pu agir », seul qui n’aurait donc rien fait pour son chum.

Il m’en veut. Il nous en veut tous, à ceux qui étaient là, mais surtout à moi.

Clamski me dit de ne pas m’en faire, que j’ai fait la bonne affaire. En tirant sur sa pipe, il me raconte une ou deux anecdotes qui ont rapport à ça, pour me faire comprendre je ne sais trop quoi… Je ne l’écoute pas.

J’appelle plutôt le livreur.

Un green steplait.

Un beaume sur ma vie.

Laisser parler les mots

mai 17, 2011

Mes fervents amis Facebook ou abonnés Twitter l’auront remarqué, dans les derniers jours, je me suis mis à la lecture d’un classique de la littérature linguistique, Le Degré zéro de l’Écriture, de Roland Barthes. Un peu comme le menuisier connaît son matériel, il est, à mon avis, nécessaire de connaître la linguistique pour s’exprimer comme du monde. En tout cas, de s’y intéresser. En tout cas, de savoir que ça existe. En tout cas.

Les gens qui me côtoient un minimum savent que la seule vraie spécialité que je vise, la seule que je voudrais ultimement maîtriser, c’est le langage.

Parce que généralement, je suis un généraliste. Ma rengaine c’est que je suis assez bon dans tout, mais génial dans rien. Que je suis capable de tout faire, à un niveau acceptable, quoique moyen. J’ai souvent vu ça comme mon drame personnel.

Mais avec le recul, je pense que le généraliste est nécessaire (je l’espère sincèrement), parce que c’est souvent lui qui fait le lien entre toutes les spécialités. Non ?

Quoi qu’il en soit, la linguistique est probablement la seule matière qui m’intéresserait assez pour que je me lance dans des études poussées, genre maîtrise, doctorat. Si ça vous blase, la linguistique, arrêtez de lire ici.

J’en reviens au degré zéro. Moi, je trippe. Je vous fais un petit résumé ici.

Barthes semble postuler que la sémiologie est partie intégrante de la linguistique, plutôt que l’inverse, comme l’avait supposé le grand linguiste (aux grands pieds haha) Ferdinand de Saussure. On lit entre les lignes qu’il y a dû y avoir une guéguerre sur le sujet et que Barthes s’est investi de la mission de prouver à tous que c’est lui qui a raison. C’est un universitaire, après tout.

En vrac :

Certes, objets, images, comportement peuvent signifier (…) mais ce n’est jamais de façon autonome ; tout système sémiologique se mêle de langage.

Là où il veut en venir, c’est que les objets, images et comportements dépendent d’un code qu’on doit connaître au départ pour comprendre et être compris : le langage.

Exemple simplissime : on sait ce que le signe « céder le passage » veut dire, mais pour quelqu’un qui ne le sait pas, le triangle à l’envers bordé de rouge ne signifie sans doute pas grand-chose.

Le Langage, lui, serait la Langue + la Parole – oui, Barthes est très algébrique dans ses explications linguistiques.

La langue est un contrat social,  qui fait qu’on arrive à communiquer en tant que groupe.

La parole, c’est l’usage qu’on fait (individuellement, cette fois) de la langue.

La multitude des paroles crée donc la langue – et ce sont elles qui la font évoluer. Mais les paroles dépendent aussi de la langue, parce que c’est la base du système qu’on utilise pour s’exprimer (et surtout, se faire comprendre).

Vous me suivez ? En clair, et dans les mots de Barthes : La Langue est le trésor déposé par la pratique de la Parole, dans les sujets appartenant à une même communauté. C’est beau, quand même.

Barthes postule, à priori, que la sémiologie est une partie de la linguistique. Il précise qu’il se contente de proposer, d’éclairer une terminologie, en souhaitant qu’elle permette d’introduire un ordre initial (même s’il est provisoire) dans la masse hétéroclite de faits signifiants. Mais comme tout est lié, relié (la langue est nécessaire à la parole et inversement, la sémiologie est nécessaire au langage et inversement), je ne parviens pas encore à voir comment il arrive à faire cette distinction.

Je n’en suis encore qu’à l’introduction ; c’est dense et difficile à digérer. De prime abord, je trouve qu’il tourne les coins ronds.

Mais, miam ! J’adore.


%d blogueurs aiment cette page :