C’est quand je suis pris…

septembre 8, 2017

… dans le trafic, sur le crisse de pont, que je prends conscience de ma hargne, oui, pour les chauffards de droite (ceux qui dépassent à droite, je veux dire – souvent, d’ailleurs, en se contrecrissant des lignes doubles pour venir te freiner dans face au volant de leur asti de [insérer une marque de voiture de luxe]) mais aussi de la hargne qu’entraîne la dissonance cognitive que je m’inflige.

Moi qui me suis toujours targué d’être (à tout le moins de vouloir être) « différent des autres », me retrouver embouteillé avant de venir au boulot, ça me gruge les nerfs, ça me pisse sur le feu, ça me castre l’ascendant lion, ça me tuuuuuuue.

Pas sur le principe que je suis « pris » (quoique un peu quand même), mais plutôt parce que je suis « là en même temps que tous les autres ».

Depuis que je ne suis plus exclusivement pigiste (encore une dissonance cognitive : la réalité, c’est que je ne suis plus pigiste que de temps en temps), je me suis vu rentrer dans le rang, je me suis fait rentrer dedans par la sempiternelle force des choses.

Hey, le fun que je pouvais avoir, simplement en décidant que cette semaine, je travaillerais samedi et dimanche pour me donner congé le mercredi et jeudi, mettons. Nanon, fini ce temps-là : désormais j’efface graduellement ma dette plus grande que nature, l’hypothèque que j’ai contractée (c’est comme une maladie c’t’affaire-là) à coup de salaire pour gagner lequel je suis obligé de traverser un pont tous les matins, d’aller au bureau, de dire svp quand je demande un congé, de bosser « pour quelqu’un » d’autre que moi, le tout pour un job que je pourrais essentiellement faire de la maison. Tsé.

Je m’assieds à mon poste, complètement dégoûté, complètement en sueur de m’être ainsi emporté. Je souris niaisement au patron qui passe par là, qui remarque mon état, mais semble (heureusement) préférer en rester au « bonjour » matinal habituel.

-Reprends ton souffle, mecqueton, me lance Clamski, en levant les yeux de son vieux iPad 1 qui fonctionne encore, contre toute attente. 

Il me dévisage un instant. Voyant ma détresse, il pose sa tablette sur le bureau dans le cubicule voisin, plante ses talons au sol et s’étire vers l’arrière, les bras derrière la tête. Il pose sur moi un regard à la fois amusé et doux. Ma hargne de tout à l’heure, elle, y lit de la condescendance, mais je finis par me calmer. Par réflexe, je regarde autour, d’un coup que le patron le verrait. En général, Clamski sait se tenir quand je suis au boulot, mais des fois que. 

Non, c’est bon.

-Quoi d’autre ? me demande-t-il. Qui te fait sentir « mouton » je veux dire.

-J’ai jamais dit…

-Je sais que t’as pas utilisé le mot « mouton », tu as beaucoup trop de respect pour le prolétaire. Mais c’est bien ce que tu ressens, non ? dit-il en se penchant vers moi, tel un psy qui aurait fini par me cerner.

-Je sais Clamski, que l’humain est un être de routine, de cycles, qu’il préfère prendre ses vacances en été, que pour avoir un cercle social, voire une blonde, il vaut mieux être capable de se libérer en même temps que tout le monde… Je sais tout ça.

Je soupire.

-Mais…? m’encourage-t-il.

-Mais j’ai tellement voulu être marginal ! J’y suis resté de toutes mes forces dans la marge, tu comprends ? Ya pas si longtemps, je te niaise pas, un cauchemar récurrent que j’avais, c’était de finir comme tous les « autres zombies » et de tondre ma pelouse. Pis qu’est-ce tu penses que je fais depuis l’achat de la maison ?

Clamski s’étouffe de rire. 

-Asti si tu l’as fait trois fois cet été ta pelouse, c’est beau.

-Oui mais…

-Pis même que t’en étais fier, quand était faite !

Je me tais, un peu dépité. Ya raison, l’esti.

-C’est le fun, la vie en société, ti-cul !

-Sauf dans le crisse de trafic.

-Tu sais ce qu’il te reste à faire…

-Ne plus aller aux States pendant un long week-end ? Ne plus faire mon magasinage de Noël le dernier samedi avant le 25 ? le nargué-je.

Pendant que je dis ça, Clamski sort une espèce de cadran de son sac à dos. Un cadran enchevêtré de fils. Avec des espèces de cylindres qui…

Il me tend ce qui m’a tout l’air d’une bombe.

Je la prends, et la cache rapidement sous mon veston. Je pourrais lui demander s’il « est fou ou quoi ?!? » mais ce serait très cliché, et de toute façon, il m’a habitué à bien pire. Je lance donc, presque calmement :

-Euh je pense pas que faire sauter ma job va régler ben des affaires.

-Tu seras pus pris dans le trafic, toujours ben. Pis tu sais ben que c’est plus une métaphore qu’une bombe. 

Comme de fait, il n’y a plus rien sous mon veston.

-Tu te rappelles des fois où tu as posé des bombes dans ta vie ? 

Je passe vite ma vie en revue, et m’apparaissent les noms : Marjorie, Julie, Charlotte, Mila…

-Ça s’est rarement bien terminé.

-T’es pas obligé de toujours mettre tes bombes dans ta vie privée… 

Il reprend son iPad. Fait une manip sur l’écran. Un vilain sourire apparait sur ses lèvres décharnées, et il me murmure un petit « boum! » cynique, digne des meilleurs méchants au cinéma.

J’ai bizarrement l’impression qu’y a un pont qui vient de sauter…

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J’avais pratiquement fini de récolter…

août 14, 2017

ma plus récente batche de champignons. Oui oui, cette sorte-là. Les magiques. Je passe les détails, parce que la majorité du monde fait pas la différence entre l’amanite tue-mouche et les psilocybe que j’avais patiemment fait pousser chez nous, dans mon garage de banlieue, depuis le début du printemps.

Parce que oui, j’avais un garage en banlieue désormais. Clamski m’en voulait un peu, mais il m’avait dit que tant que je faisais pas rentrer un VUS dedans, il me laisserait tranquille. Anyway, il s’entendait ben avec les voisin(e)s, pis la majorité du temps, quand il rentrait se coucher le soir, c’était avec le sourire béat du gars qui avait su se faire apprécier d’une ou l’autre des filles de la commune d’à-côté, ou des deux à la fois, je sais pas ce qu’ils font moi, ça m’intrigue, mais je peux vivre sans savoir…

Des champignons magiques, donc, que j’avais presque fini de récolter, pis je me promettais de faire du beau voyage d’ici la fin de l’été. Fouille-moi pourquoi, l’été avançait, j’avais pas encore pris le temps de prendre le temps d’en prendre.

Mon trip avait commencé une coupe d’années avant : ça m’avait pogné en repassant sur les vieux bouquins que Clamski avait repérés dans la vente de garage (justement) d’une vieille beatnick/sorcière de Shefford qui avait dû faire un bad trip de trop : était devenu tellement straight qu’elle hésitait à lui vendre un foutu livre de « prières psychédéliques », du bon vieux docteur Tim qu’elle avait acheté en Californie. Elle nous regardait vraiment comme deux ados qu’elle semblait avoir envie de… je sais pas si « protéger » est le bon terme. Mais y avait un peu de ça.

T’inquiète, Madame, que j’ai pensé, j’ai l’air plus jeune que je suis, pis je me suis informé sur le sujet. Prends mes 3 piasses, pis laisse-moi aller en paix. Elle nous avait regardés nous éloigner longtemps jusqu’à ce qu’on disparaisse dans un vallon, comme si elle regrettait. Faut dire que sa vente était pas tellement populaire non plus, donc elle avait peut-être rien que ça à faire, mais ça nous a mis mal à l’aise un peu.

Mais c’est vrai que la contre-culture, et surtout son pan philosophico-théologico-spirituel, le psychédélisme, je l’ai étudiée. Recherche de soi, de plus grand que soi, d’absolu, tout ça. Oui, ça avait probablement plus sa raison d’être dans les States des années Nixon qu’aujourd’hui au Kébec. (Quoique…) Mais même plus jeune, même un peu intéressé, j’avais pas vraiment eu l’occasion de… d’approfondir le sujet, disons.

Quand les arts m’ont attrapé, ça commencé par la musique, pis les Beatles. Mais là, avant de faire le lien entre Yellow Submarine pis le LSD, avant de le faire entre le LSD pis « l’acide noir étoilé » qui se vendait quand j’étais ado et dont parlaient les plus fuckés des fuckés de l’école (avant leur cours d’agent d’immeuble) ben ça a pris un méchant boutte. Genre, environ 20 ans.

Pourtant, la graine était dans terre (ou le ver était dans pomme, c’est selon). Pis vient un jour tu es adulte, pis ça te revient. Un moment donné, je m’informe à un pote de pote de pote qui deale un peu. Il va demander qu’il dit, mais ça fait longtemps qu’on trouve pus d’acide à Montréal. Comme de fait, je le revois au party d’après : rien à faire. Y en a un peu dans le milieu de la musique, mais moi, musicien autant que je sois, je le fréquente pas, « le milieu ».

En parralèle, je me pogne un docu de ARTE.

Je trippe. Ça me donne encore plus le goût. Je sens que je touche à de quoi. Mais toujours impossible de passer par des moyens… traditionnels pour en trouver.

Mais ya internet. Pis sur internet, tu trouves toutte. Tout-te.

Faut de la patience, pis de l’endurance, pis des Bitcoins, des notions de cryptage, pis Tor, surtout, faut t’ailles Tor, pis comme t’es un peu maniaque, tu vas utiliser le wifi d’un café pas trop proche de chez vous, pis tu te places dans le fond, pour que personne voie ce que tu commandes. Clamski fait le guet un peu en avant de toi, et montre les dents aux gens qui s’approcheraient trop, ça te laisse les minutes nécessaires, même si t’as l’air étrange de suer de même, derrière ton portable, à l’air climatisé foule pine.

Les buvards arrivent de Vancouver (j’oserais dire « sans surprise ») en trois jours par la poste (oui oui), en se faisant passer pour un test de pH, avec une lettre très officielle, « merci de faire affaire avec nous, n’hésitez pas à nous recommander d’autres papiers tournesol » bref, le curieux qui intercepterait ça serait mystifié – même s’il trouverait ça bizarre que le papier tournesol soit en fait un papier où une image d’ampli de guitare est imprimée.

Mais c’est-tu vraiment du LSD ? Difficile à dire, hein. D’un autre côté, tu peux pas faire ça par toi-même, du LSD, ça te prend un labo, pis ya pas l’air d’en avoir dans le coin. Tu inspires. Tu ouvres la bouche. Tu laisses le buvard sur ta langue 15-20 minutes.

Pis…

Ça…

Commence…

J’ai rencontré le Professeur Doré, un petit comique qui a fini par insinué que mon totem, c’était le renard. C’est fin. J’ai marché sur un viaduc dans Petite-Patrie au-dessus de l’amazone. J’ai enfin vu les patterns qui ont inspiré l’iconographie psychédélique, en mouvement, projetés sur mes paupières. J’ai vu les tableaux sur mes murs rire de/avec moi, avant de dégouliner par terre. À un certain point, y avait un canyon dans mon bureau.

Verdict : c’était psychédélique, à tout le moins. Mais ça me faisait cramper dans les épaules et la mâchoire.

– Tu te rends compte de ce que tu viens d’écrire ? me demande Clamski quand il termine de lire la page qui vient de sortir de ma machine – hey ch’tu hipster pareil.

– Non, quoi ?

– Que t’es un drogué.

– Ouain. Que je me suis drogué. C’est pronominal.

– Sauf  que #lesgens, ils vont pas comprendre ça de même : ils vont t’épithèter. Au mieux, tu vas être perçu comme un ex-junkie. Pis tsé, les écrits…

– C’est pas moi, manne, c’est mon narrateur, c’est de la fiction… Laisse-moi donc finir.

Sauf qu’à l’âge que j’ai à ce moment-là, je peux pas vraiment me permettre de faire des trips de 12h à tout bout de champ. Mais j’ai pas encore atteint… ce que je recherche.

D’où les champignons (ça dure trois heures). Pragmatique psychédélique. Pis lentement, de Leary, je suis passé à McKenna – qui malgré ses airs de marsupial effrayé me semble au final nettement plus sain. En tout cas, il me rejoint plus.

C’est pas un gros scoop : faire pousser des champignons aussi, tu trouves comment faire sur le net. Oh, et en passant, la loi permet de vendre des spores de champignons magiques. Pas les champignons eux-mêmes, pis t’as pas le droit d’en faire pousser. Mais les spores, PAS. DE. TROUB. (Cherche un peu sur Saint-Laurent).

La première batche, t’es nerveux. Nerveux de faire le bon mélange pour y injecter les spores, nerveux que la température soit la bonne pour que ça se développe, nerveux que l’environnement demeure assez humide mais aéré. Pis quand ils poussent, t’es nerveux que tes petites pousses phalliques se fassent coloniser par un autre champignon, t’es nerveux de les récolter trop tard, pis ben, crisse, t’es nerveux des les manger la première fois. Tu te rassures : c’est fait maison, tu sais d’où ça vient. Sauf les spores. Si ça tourne mal, tu peux pas vraiment revenir contre le vendeur, disons.

Si ça tourne mal, ça se peut aussi que tu meures, disons.

J’ai fini par me lancer, avec ma balance de drogué achetée, tu t’imagines ben, au pawn shop sur Ontario. J’ai fait tout ce qu’il fallait : même en violant les lois, je respecte les règles de sécurité, moé. Pas plus que tant de grammes pour commencer, tu bois beaucoup d’eau parce que c’est toffe sur l’estomac, pis faut rester hydraté.

Je sens que j’approche de ce que je veux. Les effets sont comme je les imaginais. C’est visuel, mais je perds pas le nord. Pis ça laisse mes mâchoires et mes épaules tranquilles.

Ça agit aussi comme un excitant. Non, c’est le mauvais mot. Un « aplombant » serait plus juste. Ma verve orale s’encapacite, et j’en viens presque à me dire qu’à petite dose, ça me ferait peut-être pas de tort dans la vie de tous les jours.

Pis ya eu le bad trip.

Tu l’attends pas, hein. Tu deviens habitué avec un type de champi, pis la fois d’après sur Saint-Laurent, y ont pus cette sorte-là. Faque t’en prends une autre, presque au hasard. Pis ça adonne que cette sorte-là, ben elle t’aime pas.

Je sais, c’est une drôle de formulation. Je l’ai peut-être moi-même mal aimée. J’ai peut-être mal pris soin du mycélium. Je l’ai peut-être prise à la légère, pas assez respecté. Trop habitué que ça aille bien. Reste que, la première fois, tu fais comme d’hab – mais ce champi-là, il fait pas comme d’hab. D’un sens, ça allait bien. J’ai crissément traversé les portes de la perception ce jour-là. Genre, je voyais le vent. Je voyais le « grand schéma des choses ». Je voyais une porte temporelle dans ma ruelle. Je voyais des insectes non identifiés parcourir inlassablement l’aquarium où poussaient mes champignons.

C’était pas prévu, Clamski avait dû partir, c’était pas prévu que je fusse tout seul à ce moment-là. « Je dois m’absenter » m’avait-il dit, et moi j’avais pas voulu changer mes plans. Dude, j’ai pensé mourir, j’ai pensé mourir, pensé mourir, mourir… Crisse d’angoisse crise d’angoisse, cri d’angoisse, j’ai pensé à une intoxication, boire du lait, vite, mais ça change rien, raisonne-toi, méfie-toi de tout ce que tu vois, j’ai hâte ça finisse, faut que ça finisse, ça finit pas, couché à terre, ça passe pas, assis, ça passe pas, à genoux à prier, ça passe pas.

Pis là, quand ça passe, tu rationalises, tu te dis que c’est comme un accident de char, d’avion de whatever ça pilote un explorateur de nos jours : il faut tu recommences vite fait, que tu te remettes sur pied, faut pas que tu te laisses avoir peur, parce que tu oseras pus jamais. Ça c’était l’été passé. J’en avais repris, genre deux fois. Timidement.

J’avais pratiquement fini de récolter, donc, ma dernière batche. Mais curieusement, le temps de prendre le temps, je l’avais pas trouvé, et même pour la culture en général cet été, j’avais moins de temps. Je les aérais moins bien, l’humidité était moins constante. Je les traitais pas comme il fallait. Je le sentais ben.

Pis c’est à la fin du processus de séchage, que j’ai compris que j’en avais peur, de mes champi cette année. Clamski me regardait avec un sourire en coin. Mais il riait pas de moi.

– Au risque de paraître cliché, ti-gars, y a d’autres moyens d’atteindre ce que tu cherches.

– Ouais. Mais ça prend ben plus de travail, à ce qu’il semble.

– Maudit paresseux.

Il se penche pour regarder le dernier champignon qui restait dans l’aquarium.

– Ceci dit, tu as au moins le réflexe de parler de ton bad trip. Ton texte va mieux passer.

– Du bad trip de mon narrateur, tu veux dire. Ouais, je sais.

Un temps.

– Sinon, ça intéresserait pas quelqu’un dans la commune, du mush frais récolté ?

Fak j’ai fait quelques piasses. Je dis pas que je le ferai pus jamais. J’en ai même gardé un peu. Mais c’est pus sur ma liste. Pis les jeunes d’à-côté ont trippé apparemment. Tant mieux pour eux. Chus content qu’ils soient pas morts.

J’ai repensé à la vieille sorcière de Shefford. Ça m’a dérangé de penser que je lui ressemblais un peu. Mais en même temps, je l’ai comprise. Fucké de même.

– Sois pas amer, me dit Clamski. Au moins ton narrateur a trouvé l’inspiration pour écrire son premier texte me mettant en scène depuis un méchant bout.

– Je sais pas si ça lui manquait tant que ça, Clamski, à mon narrateur.

– Ta yeule, ti-casse.

 

Le premier instrument philosophique par excellence de l’homme…

août 14, 2015

…c’est la prise de conscience du réel, par les mâchoires.

-Dali

Ça dit tout.

Je m’exerce à lire. Pas facile. La lecture m’active les neurones, pis là j’ai tendance à vouloir noter des affaires. (Ou à trouver que je manque de culture, y’a ça, aussi.) Mais ça me confronte surtout à ma paresse. Prendre des notes, pourrait-on dire, c’est la base. Mais noter kessé ? Pis yousse ? Ce questionnement profond me décide souvent de m’en remettre à ma mémoire.

Je parle de mémoire, je pourrais parler « d’espoir d’une possible synchronicité, que je pourrais discerner et utiliser à mes propres et basses fins »

Sauf que j’ai la mémoire d’un colibri. La mémoire consciente, en tout cas. Si toute l’information à laquelle je suis confronté s’imprime et reste dans un coin de ma tête, ça m’est complètement étranger, je n’ai aucun moyen de la rappeler à volonté.

J’espère donc, vainement sans doute, que mon esprit fera le chemin nécessaire pour aller récupérer l’information quand j’en aurai besoin.

Le bogue, c’est que si à l’état conscient, je suis trop paresseux pour noter, ça en dit probablement long sur mon état inconscient…

Bref… Je lisais ce livre de Dali. Et j’ai voulu noter que sa conception du réel passe par les mâchoires. J’ai pensé à la première fois que j’ai mangé. M’en suis pas rappelé. (Puis, citation de Dali oblige, pas eu le choix de penser à la première fois que j’ai mangé une fille. M’en suis pas rappelé – je sais c’est qui, toute, t’en fais pas… mais le moment comme tel, niet) J’essaie encore de décortiquer ce qu’il veut dire.

Le premier instrument philosophique, ce serait donc de là que vient la capacité humaine d’appréhender le monde. Parce que la mâchoire sert à permettre à la nourriture de passer dans le corps. Donc à rester en vie. Passée la survie, la nourriture est aussi parfois plaisante, parce que le goût…

Je sais pas, en fait. Il parle de mâchoire.

Je pense que « bouche » (lèvres, langue, mâchoire) serait sans doute plus facile à interpréter. Autant pour se faire plaisir, que pour faire plaisir, autant pour se faire mal, que pour faire mal.

Franchement Salvador, t’es pas très précis, quoi… ou tu l’es trop.

Pis là, ça m’est venu : j’ai pris le bouquin de Dali, et j’ai commencé à le déguster, page par page. Arracher la page. La lire. (merde, des deux côtés…) En faire une boule. Me l’insérer dans yeule. Et en prendre conscience grâce à mon premier instrument philosophique par excellence.

Pis là, je suis à l’hôpital.

M’apprendra.

Clamski se marre.

Je l’ignore. J’ai apporté des livres.

Pis après le deuxième empoisonnement à l’encre, m’ont tout enlevé les livres que j’avais apportés. Mais j’allais quand même pas m’empêcher de prendre conscience du réel.

J’ai trouvé une infirmière willing. J’ai pris conscience de sa réalité de femme fontaine. En esti.

Y m’ont retrouvé, je prenais conscience des magazines d’une salle d’attente.

M’ont attaché dans mon lit, le temps du lavement.

Y ont tenté de me nourrir, mais j’ai gobé la fourchette, et l’index de l’infirmière, qui m’aimait pas mal moins que la fois d’avant à cause de ça.

J’ai aimé le sang. J’avais déjà goûté au mien, de sang. Mais à celui de quelqu’un d’autre, jamais.

Clamski m’a accompagné jusque dans la chambre capitonnée ; il me laisse pas m’approcher de lui, il me gosse avec sa pique à poêle à bois en fonte, il me dirige un peu comme un enfant des années 20 avec son cerceau. Ça fait mal pis c’est pus drôle.

Dali m’a profondément fucké

Merci Dali.

« La religion, c’est un peu…

avril 14, 2014

… une maladie mentale », me lâche Clamski sans que je m’y attende. On avait décidé de partir kek jours en camping sauvage pour décanter des cons – ouain, on se trouve ben bons, nous autres. Y’avait longtemps qu’il l’avait pas ouverte, pis dans ce temps-là, j’ai appris à le respecter ; de mon côté, je me gossais allégrement un bout de bois pour en faire une… ben je savais pas trop encore ce que ça donnerait, j’y allais pas mal à l’advienne que pourra, mais commençait à y avoir une face quand il m’avait interrompu.

Depuis mon réveil, j’avais tenté de lui parler, mais non : aucune réaction. Il jouait dans le feu avec sa botte – sti qu’y est toffe, mon Clamski – pis il replaçait les braises à sa guise.

Quand il a rien à dire, et qu’il ne rebondit sur rien, c’est souvent parce qu’il est en train d’accumuler du contenu, qu’il mâche, remâche, régurgite une première fois, renvale, pis régurgite encore…

Bref, Clamski rumine.

Il est intense, Clamski, il a des idées très arrêtées qu’il me lance de même, me brûlant le pourpoint, et souvent, ça me va : grâce à lui, mes décisions sont plus faciles à prendre, en général. Son esprit à lui, il est libre. Pas comme moi, qui, pris dans mon carcan de conformisme – pas le choix asti –  doit tout remettre en perspective, puis en question, tellement que quand je commence à avoir une opinion, elle est déjà caduque, parce que le débat est rendu ailleurs. Non, quand Clamski avance quelque chose, souvent je me range simplement à son opinion, c’est un peu mon gourou, genre.

Mais là, c’était trop gros.

– Une maladie mentale, vraiment ? lançai-je, mesurant à chaque syllabe l’implication de ce qu’il venait de me dire. Serais-tu un gros esti de commie, par hasard ?

– Je l’ai été. Mais ça a pas rapport.

Clamski prend un long respire…

– Mettons, commence-t-il, mettons qu’il y ait un dieu, là. Pas gagné d’avance, mais disons qu’on part de ce grand principe général : il y a un dieu et il s’attend à certaines choses de moi. La circoncision, quand je suis juif…

– Je sais ce que tu vas me dire, Clamski, que je le coupe. Tout ça n’a rien à voir avec un dieu. Ce sont des règles qui ont été édictées par des humains, à l’intérieur du contexte de la religion pour que leur société primitive fonctionne. Pour un peuple qui, à l’origine, vivait dans le désert, c’est normal qu’on recommande la circoncision, rapport aux infections que le sable dans le prépuce pouvait entraîner.

– T’es ben renseigné, me lance Clamski, heureux de voir que j’ai fait mes recherches.

(J’ai pas grand mérite : j’ai un pénis, je me sens concerné – ou en tout cas, j’ai envie de comprendre pourquoi on tient chez certains peuples à les charcuter systématiquement).

J’enchaîne :

– On pourrait aussi supposer qu’un jour, il y a eu une épidémie causée par des porcs ou des chiens dans une société musulmane, et qu’il sont ainsi devenus tabous ; on ne les mange plus, on ne les fréquente plus non plus. De la même façon, on peut supposer que les régimes halal ou kasher ont été établis pour s’assurer que les gens  achètent des produits des marchands qui partageaient la même religion, afin d’aider à la survie de la communauté de ladite religion, dans un contexte où elle était confrontée à d’autres. Même chose pour les habits traditionnels religieux qui sont des signes de reconnaissance, de connivence… qu’on a probablement décidé d’établir quand la communauté s’est frottée à d’autres communautés qui commençaient peut-être à se faire plus attirantes pour certains de leurs membres.

– Tu en parles comme d’un club social…

Je ne relève pas.

– So, c’est ça. Je sais, et je comprends déjà tout ça… mais une maladie mentale ? C’est quoi ton point ? terminé-je.

– Mon point, renchérit-il, c’est que si on est capable de retracer les origines de toutes ces « obligations religieuses », là…

– Ouain.

– Pourquoi le monde s’y astreint encore ?

– Ben parce qu’ils croient à leur dieu, tsé.

– Fuck c’est comme si dans 400 ans, mettre de la crème solaire était devenu un symbole religieux.

– Haha, ris-je.

Un silence. Un soupir. Un grognement.

– Mais ça n’a rien à voir !

– Euh… ouais, en effet.

– D’où ce que je disais : sont malades.

– Sont peut-être juste mal informés… ?

– Pff… Pis l’excision ?

– Ouan. Ma yeule.

Il se referme comme il s’est ouvert, rentrant en lui. Je comprends qu’il ne veut pas aller plus loin. On serait pas dans un texte, Clamski aurait eu des mots bien plus durs, je le sens. Je suis même certain qu’il a failli me parler de la charte, mais s’est retenu, histoire de pas causer de problème à son modeste bigot-graphe et compagnon d’âme.

En tout cas, moi, un athée qui est capable de concevoir le temps de 750 mots qu’un dieu existe, je respecte ça.

Y’avait Clamski…

août 12, 2013

qui me dévisageait depuis un moment déjà.

« Kessé ? » lui demandai-je, pas qu’un peu agacé. Il avait cet air qu’il arborait parfois, qui avait beaucoup à voir avec ses larges sourcils qu’il plissait et avec un regard entendu de complicité future ; un air qui me rendait nerveux, parce que je savais que peu importait ce que mon Pollack avait en arrière de la tête, il finirait par me convaincre et qu’honnêtement, aujourd’hui, ça m’adonnait pas full.

Je m’étais donné la mission de faire le ménage de l’appart ; aspirateur sous le bras, chiffon sur la tête – pour le look, tsé comment ça marche, pour être bon pour faire du ménage, faut avoir l’air d’une ménagère, d’un ménager – seau d’eau et moppe pas très loin derrière moi. Je le fixais, attendant qu’il me lance son idée folle, encore une fois, et qu’encore une fois, je me fixe à lui, et qu’on vive une autre aventure rocambolesque.

– Regarde-moi pas de même, ti-cul. 

– C’est toé qui me regarde de même, Clamski.

– Moi je dis que c’est toi…

Après quelques rounds de ces interactions vide de sens, j’ai fini par me dégréyer, pis ranger mon stock de ménage. Je suis revenu devant Clamski. Il fumait, en regardant par la fenêtre.

– Go, que j’ai lancé.

S’est à peine retourné.

– Quoi, « go » ?

– Dis-moi ce que t’as en tête.

Clamski regarde autour de lui, confus. Secoue la tête. Pas l’air de piger ce que je voulais dire.

– Ben tu voulais pas qu’on fasse un mauvais coup, de quoi ?

Clamski hoche la tête, une petite moue du genre « ouais, ça serait cool, ça… »

– Ok, pas de troub. Quoi ?

– Ah… euh, t’en avais pas un à me proposer ?

Il semble réellement surpris.

– Da fuck, tit-cul ?

– Ah rien…

Je suis retourné chercher mes affaires de ménage. J’avais mal lu le regard de Clamski.

Au fond, ça doit être moi qui est trop fébrile, que je me dis en m’agenouillant devant la chiotte. Comme si envisager faire le ménage avait eu pour effet de me faire chercher à tout prix quelque chose d’autre à faire. 

– Tu devrais pas écrire, vu que tu as du temps en trop ?

Je me retourne vers lui, circonspect.

– Fais pas ton air circonspect : pourquoi tu écris pas ? M’a le faire, le ménage, moi.

Faque me vlà, au final, en train d’écrire, pendant que c’est Clamski qui crisse après le ménage, qui m’annonce en grandes pompes qu’on ne portera plus nos tennis en-dedans, paske ça salit le plancher.

Pis je l’envie, calisse…

Faisait chaud, faisait beau…

mars 26, 2013

bref, c’était le début du printemps, c’était ya pas si longtemps, c’était hier, c’est aujourd’hui. Empêtré dans le boulot jusqu’au cou, dans les idées des zôtres, il se lassait d’attendre, et sa dépendance lui donnait du trouble.

Tout coulait. Vissée à sa maison, comme il se doit, parce qu’il n’avait pas eu le courage de la crisser à terre. Elle y était depuis toujours, et le changement de paysage, même minime, lui crevait le coeur : c’était un nostalgique. Ce n’était pas faute d’avoir essayé : dès qu’il s’en approchait, masse en main, vêtu d’un habit d’ouvrier – tout est dans la conviction, se disait-il – une angoisse acérée lui détruisait l’intérieur. À tout coup, il échappait la masse, tombait par terre et rampait jusqu’à la douche, qu’il prenait très froide, comme une punition pour se convaincre lui-même qu’il ne recommencerait pas.

Et à tout coup, il recommençait. Parce que cette excroissance quelque peu difforme et qui se métamorphosait fréquemment – les architectes avaient visiblement eu beaucoup de plaisir à la dessiner – ne faisait pas propre, à la fin ! Il avait même fait venir des démolisseurs, les meilleurs, mais le temps qu’ils avaient perdu à parler avant de se mettre au travail l’avait découragé. Il avait besoin d’un soulagement rapide.

Il avait pensé la transformer en énorme dépense, où il aurait pu entreposer tout ce qu’il lui aurait fallu pour finalement se tirer complètement hors du monde. Le doux confort de la disparition.

Mais la dépendance exerçait une fascination sur le pauvre homme, et s’il s’était posé la question honnêtement, il aurait su qu’il ne demandait, au fond, qu’à la combler proprement.

Mais comment faire ? Sa femme n’était plus là, elle qui l’en avait toujours gardé éloigné, sans se forcer, sans le forcer : c’était comme ça…

Elle s’en était occupé, comme une bonne petite ménagère, et lui avait même évité d’y entrer pendant quelques années. Évidemment, sa femme morte, lui encore jeune, l’envie était revenue. Se vautrer dans la dépendance, dans la seule pièce qu’elle contenait, c’était un plaisir exquis, mais dangereux.

Un jour, que la dépendance lui faisait de l’oeil, comme à son habitude, mais plus particulièrement au printemps, il avait pris sur lui : malgré ses airs champêtres et doux, il avait su déceler que sous cette forme, il prendrait beaucoup trop de risques d’y pénétrer.

D’y pénétrer à nouveau, constata-t-il, une fois à l’intérieur. Oh, il savait qu’il allait prendre sur lui, éventuellement… mais c’était la première fois que la dépendance prenait cette forme ; il entendait bien en profiter un peu. C’était mignon. Beaucoup de dentelle. Il aimait la dentelle. Beaucoup de racoins à découvrir. Mais en y regardant de plus près, il comprit ce qui clochait. Sous ses apparences innocentes, la dépendance lui faisait mal. Allergies. Et sentiment d’inconfort général, comme si des centaines d’yeux le fixaient.

Il ne lui en voulait pas. Comment aurait-il pu ? C’était la faute aux architectes.

Mais au moins, il savait.

Quand il en était sorti, la dépendance avait gardé cette forme un certain temps. Savoir qu’elle lui faisait mal était salutaire. Il avait pris la décision de ne même plus la regarder. Simple réflexe de survie.

Elle n’allait pas se laisser faire. Elle se fit insistante, se modifia, dans le but de le trouver plus disposé à y entrer. Mais rien n’y fit. Il résista.

On raconte que, depuis cette époque, l’homme a coulé du béton dans la dépendance. Ce n’est pas tellement plus propre, mais au moins, il n’y a plus accès.

La Saint-Valentin…

février 13, 2013

… c’est de la marde, que je disais à Clamski, pis je dis pas ça parce que je la passe tout seul, je dis ça, parce que c’est clair que c’est juste une autre façon de nous faire dépenser notre argent, de nous faire sentir coupable quand on la passe seul – arrête de me regarder de même, j’ai dit que ça avait pas rapport – de dire aux couples d’aller souper au resto, pis de pas oublier les roses pis le choco, parce qu’il/elle (souvent elle) va vous en vouloir pour toute l’année qui va venir, ah oui, pis le sexe, c’est supposé être génial, le sexe du 14 février, t’es supposé le faire, les yeux dans graisse de bines, en susurrant des mots doux, pis by the way si c’est une soirée ordinaire, ça veut dire que tu l’as manqué comme un con, ta soirée… c’est pour ça qu’avec mon ex, on la fêtait jamais, la Saint-Valentin, d’autant que son anniversaire à elle c’était la veille, alors c’était un peu chiant, et pour elle, et pour moi, alors on s’était dit que ça faisait rien qu’on n’avait pas besoin de ces putains de fêtes commerciales pour célébrer notre amour tous les jours.

As-tu fini ?

Oui.

Bon.

Tu me donnes pas raison ? Tu vas pas me dire que tu crois à la Saint-Valentin ?

Moi, commence Clamski, je crois à rien. Je sais que l’amour est volatile ; je sais que c’est de l’or en barre pour les vendeux de chocolat, pis de ptits coeurs à canelle, pis de cartes kétaines avec des messages humoristiques pas très drôle, à la limite du porno, avec des enveloppes rouges ; je sais que les symboles sont d’un kitsch incommensurable et je pognerais Cupidon, j’y ferais un wedgy, t’as pas idée.

Mais…

Je sais surtout que le mois de février, c’est le creux de l’hiver. Le moment le plus toffe de l’année, en tout cas dans nos contrées nordiques, et il se compare aisément à novembre. Moche, moche, moche. Encore froid. Le calcium partout. Les petites maudites crisse de roches partout dans les rues qui rentrent chez vous sur le tapis d’entrée. Tu vois le topo ? Pis si c’est difficile de passer cette période en général, dis-toi que c’est encore plus difficile pour un couple de la passer. Tu savais que c’était l’un des moments de l’année ou les couples cassent le plus souvent ?

Je sais, j’ai failli casser l’an passé… Mais comme c’était sa fête, la veille, je me suis retenu… Pis…

Ben oui, ta yeule avec ta rupture ti-casse, t’en as assez parlé. Où j’en étais… Oui, le moment le plus propice aux ruptures, donc. Mais tu sais quoi ? Je suis prêt à parier que la Saint-Valentin pourrait jouer un rôle, si on était un minimum intelligents. Une espèce de recharge pour les couples. Pour se donner un peu de jus pour les derniers miles de l’hiver. Tsé, les anciens, zétaient pas si cons. Si la Saint-Valentin existe, c’est qu’il y avait de quoi avant, une fête païenne. Alors avant de jeter le bébé avec l’eau du bain…

Mais l’amour devrait-il être fêté une seule journée par an ?

C’est à toi de voir, buddy. Mais je te ferais remarquer qu’en refusant de lui accorder sa propre journée, tu copies le principe des témoins de Jéhovah qui ne fêtent jamais rien, parce que « tous les jours méritent d’être fêtés ».

Ta yeule Clamski.

Mon plaisir, ti-cul.

Je viens probablement…

janvier 30, 2013

… de perdre 25 piasses, mais c’est fait, officiellement, mon texte est soumis à zone déc. J’aime bien le raccourcir comme ça, on dirait que c’est la zone déconne. Des nouvelles en temps et lieu. Ou plutôt, probablement la publication dudit texte dans ces pages, dès qu’il n’aura pas gagné.

Meuh non, je suis pas négatif. Je suis pragmatique.

INT. MA TÊTE – MATIN

janvier 14, 2013

Philippe et Clamski sont assis à leur bureau respectif, les deux fumant leur pipe du matin, ce qui crée une brume assez épaisse, dans la minuscule pièce. Philippe a les pieds bien à plat, au sol, concentré sur son écran où il passe Mort Clinique en revue, alors que Clamski est renversé sur sa chaise, les pieds sur son bureau. Il fait des ronds de fumée, sans trop se forcer ; ça lui vient naturellement.

P – Fait que tu me dis que si j’ai publié un texte ici, dans les internets, c’est interdit de le récupérer pour l’envoyer au concours de récit de Radio-Canada?

C – Oui, c’est ça je te dis.

P – C’est ben poche !

C – Yont leurs raisons, j’imagine…

P – Ouain, ben moi, c’est pas avec ma moyenne de trente lecteurs que ça doit faire un pli sur la différence…

Clamski, secoue la tête, et lève les yeux au ciel. Philippe le remarque, et le relance.

P – Qu’est-cé ?

C – Asti que t’es paresseux…

P – Ben non, j’ai surtout plein de textes qui sont des récits dans ce blogue…

C – Ouain. Pourquoi t’en n’écris pas un nouveau ? (ironique) Pas comme si s’était rien passé de neuf dans ta vie depuis ton dernier « récit »…

P – Si tu penses que j’entends pas ton ironie… Ce sont des récits, je t’assure. Pis j’en n’écris pas un nouveau… parce que… J’ai pas eu le temps d’absorber… De digérer… de…

Long moment de silence.

C – Six mille piastres, crisse !

Autre long moment de silence. Philippe se retourne vers son écran.

C – Ça j’me disais…

Philippe hausse les épaules, vociférant dans sa barbe, certes, mais ouvre néanmoins un nouveau document word. Clamski tire sur sa pipe.

C – Heille, tu pourrais raconter la fois que…

P – (coupe, sachant vraisemblablement où Clamski va en venir) Non. Pas ça.

(Correct, zone d’éc, m’a t’en faire un tout neuf. Mais si je gagne pas, je le publie icitte. Non mais.)

C’est Clamski…

décembre 13, 2012

…qui m’a traîné ici. Yé fou, crisse.

Il s’est levé hier matin, pis il m’a longuement entretenu à propos de la monarchie britannique, sa pipe à la gueule, la vidant, la bourrant à répétition, avec sa robe de chambre grand ouverte, et ses boxers défraîchis.

Il est maigre, Clamski, un vrai paquet d’os. Il dit plutôt, avec un sourire vaguement baveux, qu’il est bâti comme les derniers survivants d’Auschwitz, mais je ne lui laisse pas faire cette blague en public.

« … plus grande entreprise de relation publique au monde… fonds publics pour survivre… créateurs d’église sur mesure… plus grands propriétaires terriens, ah parce que ça, oui la Crown Estate… »

J’ai arrêté de l’écouter pendant qu’il me racontait la Crown Estate, parce que ça m’a blasé au bout d’un moment.

Va t’habiller Clamski, que je lui ai dit.

Pourquoi, pour aller travailler, et passer une journée de plus à faire vivre du monde de même à mes frais ?

Argument de drettiste, vieux frère.

Ta yeule, ti-crisse.

Après qu’il m’ait fait une prise de soumission, et se soit amusé à me massacrer les mamelons, j’ai cédé : correct, reste à la maison aujourd’hui, si tu préfères chialer…

Je préfère pas chialer, qu’il ma dit. Je préfère…

Il a pris quelques instants avant de continuer :

Faire un coup d’état.

Pfff… même pas game.

Faque c’est ça, on est à Trafalgar Square, pis on cherche notre chemin pour Buckingham Palace. On ose pas trop demander, parce qu’on a peur de se trahir. Enfin, Clamski, lui, il a pas peur. Le vol ne l’a pas calmé, manque de sommeil et low cost obligent – asti on est arrivé à Stansted… – et il avance en sifflant le thème de James Bond. J’imagine que c’est sarcastique, en tout cas, je ne lui fais pas remarquer l’ironie, j’ai encore mal à mes mamelons, 10 heures plus tard.

On trouve finalement notre chemin. On regarde une relève de gardes. C’est ben beau, le gars il bouge pas pantoute, t’as beau l’écoeurer, ils sont entraînés pour ça, dude, EN-TRAÎ-NÉS !

On prend des photos. Clamski aussi, oui, mais c’est pour repérer la configuration des lieux. J’y ai dit que c’était toute sur google maps, mais je pense qu’il aime ça jouer. Juste faire semblant qu’il va révolutionner. Échafauder des plans qu’il ne concrétisera pas de toute façon.

Au moins, il a la décence de faire semblant d’y croire. Ça me réconforte.

Il me divertit. Pour ça je l’aime.

Il se retourne vers moi, conspirateur :

Pis, qu’est-ce t’en penses ?

Moi, Clamski, j’en pense rien. Je te suis. J’aime ça.

Tu me suis, hein ?

Et c’est là qu’il s’est lancé dans le tas. Bon, finalement, je l’ai pas suivi. Je maîtrise pas toutes ses techniques, moi… Pourtant, il a beau faire des prises de mamelons, les gardes ne réagissent pas. Après quelques minutes, défait, dépité, il revient vers moi.

J’ai manqué ma fenêtre. Fallait j’y aille pendant la relève.

Ouain. Mais c’était beau à voir, non ?

Ouain.

Bon. On attend la prochaine ?

Ben non.

On rentre ?

Clamski hausse les épaules. Si même dans un texte, c’est impossible de s’attaquer à la couronne britannique…

Ya un certain temps que…

décembre 7, 2012

… j’étais pas revenu ici. Mon embardée contrôlée de ce printemps a fait en sorte que je rompe avec bien des choses que j’associais à ma vie d’avant… comme ce blog.

Mais là, j’en suis revenu. Après, quoi, huit mois ? Ouan. Il m’a fallu huit mois pour me revenir, pour me sortir du marasme qui m’envahissait parce que je me retrouvais face à moi-même soudainement. Pourtant, j’étais pas si loin. Un peu perdu, certes. Mais pas si loin. Mais je commence à me connaître : je suis pas mal bon pour m’éviter…

Je sais pas pourquoi hein. Clamski pourrait peut-être m’aider avec ça. C’est un peu pour lui que je reviens, aussi. Il me manque, l’animal. Pourquoi m’évité-je, Clamski, lui demandé-je en utilisant fièrement la forme interrogative des verbes du premier groupe ?

Voyons voir… commence-t-il… 

Non, laisse faire, que je lui dis, ça me tente pus.

Ah, fait-il. Je pense qu’on a mis le doigt sur kek chose.

Ouain.

Pourtant, après m’être fait attendrir, chérir, pendant quelques années, je recommence à sentir le lion sous le scorpion apprivoisé que j’étais devenu – ben oui, j’astrologise, des fois, sue me – et ça fait du bien.

Remarquez, je le sais, pis on me l’a dit souvent : t’es cave, buddy, d’avoir tout crissé ça là. T’étais bien. Tout allait bien. Pourtant, tu as tout foutu aux vidanges, tout oblitéré, tout grossièrement démoli. Cinq ans de ta vie, partis, finis, beubye, sans te poser plus de questions que ça.

Ce à quoi je réponds : je l’sais ben, asti…

Mais allez savoir pourquoi, je pense que je m’en sors mieux que si j’étais resté. Ou pas. Aucune idée. Pis je le saurai jamais. Oh, je pourrais en faire une fiction, qui serait probablement beaucoup plus intéressante que ce qui m’attendait ultimement. Ou pas.

J’en suis revenu, donc, et je suis revenu.

Fait que c’est ça. Je craque mes doigts, tous ensemble. Puis, un par un. Les pose sur mon clavier. J’inspire. Et je me lance… Ah non, tiens : notification facebook. Ah, interaction twitter.

Et je suis reparti.

C’est aussi un peu ça qui s’est passé. Beaucoup de travail, mais beaucoup de procrastination et de perte de temps sur les réseaux sociaux.

On sait pourquoi, ça, mon vieux…

Pourquoi donc, Clamski ?

Parce que tu te complais dans l’instant présent. T’es incapable de voir à long terme, encore à ton âge.

Ta yeule, j’ai des REERs depuis deux ans !

Les interactions des réseaux sociaux te donnent des satisfactions immédiates. Ce que tu ne retrouves pas dans ton écriture. Même ton blogue, dude. Même affaire. Pourquoi t’as pas encore publié à ton âge? Parce que tu trouves ça fucking trop long d’avoir à tout faire tout seul dans ton coin. Pis comme tu commençais à te le dire plus haut – ah, tiens, Clamski qui assume le fait d’être dans un texte ? – tu es pas mal bon pour t’éviter. Pour éviter d’être seul avec toi-même.

Bon, ben comme Clamski dit, d’abord… J’ai pas la patience pour passer tant de temps avec moi-même. Mais on fait quoi quand c’est de même ?

Regarde-moi pas de même, chus dans ta tête… Peux pas t’aider tellement plus…

Alors quoi, on s’oublie pour de bon ? Hum. c’est quoi cet énorme frisson qui me traverse, soudainement ?

Aaaah, ça, c’est de la peur. T’es crissement déconnecté de toi-même, mon vieux…C’est de la peur, que tu as ressentie, la peur de t’oublier toi-même. Et tu sais ce que tu devrais en faire ? Utilise-là. C’est avec elle que tu vas écrire. 

Ok. Deal.

On se revoit bientôt. Ici, ouais. Mais avec un peu de chance – et de peur – dans un éventuel salon du livre. Ou sur scène, pour ce que j’en sais. Ou à l’écran, tsé…

À bientôt, public en délire.

Retrouvé…

octobre 30, 2012

Un vieux travail d’université. Je l’aime encore pas mal.

J’étais passé maître dans l’art des préparatifs, incongrus remue-méninges sur lesquels on comprime les sentiments, décidé à prendre l’avion comme on prend le numéro de la belle blonde au bar, laissez-moi partir, le vol sera long, enfin je pourrai me reposer des problèmes imposés. Le jour est venu avec la marchandise prête à partir, je prends un cachet pour l’esprit et un livre pour la digestion, j’assis mon séant sur le banc, je vérifie les présences dans le périmètre, à part pour ce gros monsieur, je pourrai enlever tous ces insectes de mon chemin et me rendre à la sortie de secours, alizarine menaçante, y prendre le parachute de service puis sauter, sauter et sentir le zéphyr me mentir en plein visage, me défigurer en tentant de m’amadouer la poésie. Oui l’avion parfois s’écrase, je survivrais, je suis un immortel, mais que dire à la famille, si je suis de retour après l’écrasement, ils seront déçus, enfin que s’est-il passé, tu es encore là, nous ne t’attendions plus, tu es remplacé, puis je touche le fond, le steward m’amène à boire, il sait que je dois être tranquille, à mes côtés une parisienne affectueuse parle explicitement de choses et d’autres concernant sa vie actuelle, je ne l’écoute pas, enfin je ne crois pas, même si je lui réponds que, oui on devrait bien se trouver dans un endroit tranquille elle et moi un de ces jours. Pour lui couper la parole, j’ouvre le livre, le jour bascule et je suis en bohème, je m’entête à relater les services du coeur que j’offre, cardiologue du sexe, puis poche d’air, de retour dans l’avion à cinq heures ce matin, soupir, repos, bouquin. Me voici en Malaisie, je m’insipide de la vie et m’endors une septième fois.  Comme un autre livre m’espère, je me réveille et accroche mes yeux, au travail vous trois,  ils me boudent ne me montrant que la matérialité, même la pinéale, je lui en veux et me l’arrache, c’est beaucoup mieux comme ça.  L’avion s’écrase doucement…

Toujours cette hésitation…

juillet 6, 2012

…avant de me mettre à écrire. Depuis un bon bout de temps, je commence des trucs… ah pis de la marde…

(saurez-vous repérer la blague métatextuelle ?)

Je sens que…

mai 11, 2012

… je viens de renverser le paradigme de ma vie. C’est pas pour me déplaire. Je suis adaptable : je sais me remodeler moi-même à volonté. Mais ça fait quand même un peu froid dans le dos. Mais chaud dans le plexus, si tu vois ce que je veux dire.

Bring it on, la vie.

Le printemps Québécois…

mai 7, 2012

…je l’ai senti passer.

J’ai donné un gros coup de barre.

Perdu une partie de l’équipage, comme une offrande nécessaire.

J’espère que c’est la bonne direction, le bon cap.

Mes tripes me mentiraient-elles ?

Kony 2012, ou le viol par les bons sentiments

mars 23, 2012

Un peu par manque de temps, un peu par paresse, beaucoup parce que je voulais attendre que tout le monde ait fini d’écrire sur le sujet, j’ai bien pris mon temps avant de me mettre à rédiger ce texte. Remarquez, ya David Desjardins qui en parlait hier, mais justement parce que son billet a été publié pendant que j’écrivais celui-ci, je ne l’ai pas lu – je vais me pitcher par la suite, croyez-moi.

Bon. Tout d’abord, je vous avertis, je n’ai pas suivi le reste de la course, après que la vidéo ait été diffusée des centaines de fois dans mes réseaux : organisme vrai ou faux, destiné à faire produire des films ou à effectivement aider. Rien à foutre. À force de voir que plein de gens autour de toi trippent sur une vidéo, toi, gars de cinéma, de médias, tu finis par aller cliquer. Ça semble l’évidence, non ?

Ah non… c’est pas évident pour moi, qui suis en rebellion générale contre la norme. Si tout le monde aime une vidéo, c’est forcément que je n’aimerai pas – c’en est maladif, et je vous promets que c’est pas un processus conscient. Je pourrais vous parler longtemps de toutes les bonnes choses que j’ai manquées à cause de cette tendance. Mais on pourrait aussi parler du fait que j’aie choisi l’allemand plutôt que l’espagnol – pour pas faire comme tout le monde, tu sais ben – qui me vaut encore aujourd’hui quelques déplacements en Europe pour gratisse. 

Donc, c’est plus par conscience professionnelle que par intérêt que j’ai finalement cliqué sur le lien en question. En fait, si un gars dont je respecte énormément le talent et l’intellect ne l’avait pas publié, j’aurais regardé passer la parade.

Tout ça pour dire que j’ai fini par cliquer.

J’ai pas toffé longtemps. À ma décharge, il était tard, je venais de rentrer, ma blonde dormait déjà. Mais dès les premières secondes… Quelque chose a tilté dans ma tête.

Vous direz, c’est facile de dire ça, genre, un mois après. Vrai. 

Une espèce de musique à la sauce épique, faux post-rock tendance, un gros plan sur la terre vue de l’espace. Déjà, mon côté critique allait embarquer. La narration, ensuite. Nasillard. Pas professionnel. Rien d’invitant. Alerte au trip d’égo.

Et effectivement, c’est le réalisateur de la vidéo qui parle, comme on l’apprendra par la suite. 

Ensuite, les images d’un gnangnan consommé. Je suis encore capable d’être touché par une mère qui embrasse son enfant, attention. Mais un oeil averti repère vite un montage qui vise à faire passer une émotion de force. Et c’est là que ça m’éteint. Les images d’enfants qui saluent quelqu’un par internet passent encore, celles de grands-parents dépassés par la techno est sympathique. Mais quand on récupère des trucs sur internet qui ont déjà des millions de hits, et qu’on les met ensemble pour « montrer que le net est rassembleur », il me semble qu’il y a anguille sous roche.

Il y a différentes façon de manipuler. Que l’on parle seulement de montage, de musique : la télé le fait depuis toujours, et de plus en plus habilement – merci les téléréalités – une musique d’action sur une scène un peu lente règle beaucoup de problème. Une musique faux-post-rock tendance sur un plan de la terre, peut faire croire qu’on est tous connectés. Mais ça reste encore… légitime, disons.

Sauf qu’il y a des choses plus pernicieuses encore. On peut utiliser la vidéo de la naissance de son fils dans un film, par exemple.

Normal : on montre un enfant mignon, sur scène ou à la télé, et l’être humain fond. Demandez à des acteurs comment ils détestent jouer – façon de parler, évidemment – avec un enfant sur scène : toute l’attention est détournée sur le kid. Même chose avec un animal. L’innocence de l’être nous touche.

On peut ensuite faire un lien sur des enfants qu’on a sauvés, super-héros de réalisateur qu’on est… On peut évidemment mettre des images de ce même enfant à qui on force à dire, devant la caméra, qu’ils ont vu de leur yeux vus leur père être décapité. On peut montrer des gens être déportés en pleine nuit. Des enfants qui dorment tous entassés sur une couverture, avec des violons lancinants pour nous montrer – non : nous dire ! – qu’on DOIT trouver ça triste.

Je ne nie pas que ça l’est, remarquez.

On peut mélanger les choses : faire dire à un enfant qu’il a besoin d’argent, pour devenir avocat, par exemple. On peut faire dire à un enfant qu’il préfère être tué que de continuer à vivre comme ça.

Tout être humain normalement constitué est touché par ce qu’il dit. Mais tout être humain normalement constitué devrait être dégoûté quand le réalisateur le lui fait répéter… Jusqu’à le faire pleurer. Et au passage, on renforce notre image de salvateur en disant « It’s okay… Jacob, it’s okay »

Je pense que je vais arrêter ici. En fait, j’ai arrêté de la regarder, cette vidéo, vers les 10 minutes. Je répète, je ne sais pas du tout si Invisible Children est une organisation caritative digne de ce nom. De ce que je comprends, cependant, la cause est dépassé. Kony est dans la nature, sa rebellion est pour ainsi dire terminée.

Mais au nom de l’honnêteté intellectuelle, je voulais faire une petite mise au point.

Bien entendu, qu’il faut aider les enfants qu’on voit dans la vidéo.  Et je suis très conscient qu’il FAUT tomber dans le mélo. C’est comme ça qu’on pousse les gens à aider.

– C’est le trip d’égo qui te dérange, hein ? me dit Clamski.

Je hausse les épaules. Probablement.

– Le gars a 84 millions de vus sur youtube. Il a attiré l’attention sur une cause qui vaut la peine – même si elle est caduque. Ok, il produit des films par la bande. Mais aider des enfants, c’est comme la base de l’humanisme.

Je le sais Clamski. Mais j’en ai contre la manipulation. Si j’ai une fierté dans la vie, c’est, foncièrement, de ne pas être influençable. Et de toujours tenter de laisser mon interlocuteur se faire sa propre idée sur ce dont on parle.

– Ouais. Mais t’es pas full influent, non plus.

Ta gueule, Clamski.

De l’éthique de la perversion

mars 15, 2012

On était avec un de mes bons potes sur le balcon d’en arrière, en train de nous mettre mutuellement à jour sur la vie de l’autre. Comme elle le fait toujours, la discussion a divergé, fouillez-moi comment, à un certain point, on parlait du fétichisme des pieds.

Non, tiens, je m’en souviens comment on en est venus là. On est tous les deux des gars assez portés sur la chose et comme c’est rare de pouvoir parler de cul en société, ça en fait souvent un de nos sujets de prédilection, par défaut, quand on est seuls.

Je pense qu’on parlait de ce nombre plutôt élevé de filles qui nous plaisent, celles qu’on croise tous les jours dans la rue, dans le métro, au boulot, partout et qu’on se ferait genre là-là, tu-suite.

Disclaimer : je ne voudrais surtout pas heurter les personnalités des personnes susceptibles (gnak gnak), mais c’est de même que ça marche, arrive en ville la grande.

Je calculais ça, en grand statisticien : ya au moins trente filles par jour que je me ferais. Mon pote acquiesçait, en ajoutant d’ailleurs que le lendemain, on croiserait les mêmes, on les regarderait peut-être même pas. Question de timing.

On rationalisait ça en se disant que ces réactions étaient conditionnées par notre condition animale, profondément ancrées dans notre cerveau – on disait « cerveau reptilien » pour faire genre qu’on s’y connaissait en biologie de la cervelle – et que c’était moins notre faute que nos gènes qui s’exprimaient, ces petits pervers nous réduisant à l’état de caniche haletant. Bref.

Pis là, j’ai dû dire quelque chose du genre : la perversion, c’est le pied.

Ouais, on est de même, nous autres, on se fait des petits jeux sur les mots. On est intellos pis on s’assume.

Donc, fétichisme des pieds. Mon pote m’a regardé, demandé si moi euh… tsé…

-Quoi, « moi euh… tsé » ?

-Es-tu fétichiste ?

La question se pose. On parle de cul depuis une demi-heure.

-Tout dépendant. Je suis pas trop versé en psychanalyse. Si les seins peuvent être fétichisés, probablement. Ou les fesses. Les lèvres. Ou le cou.

-Le cou ?

-Fan de vampire, ça vient avec. Mais je pense pas que je banderais pour un cou. Alors ça doit pas être du fétichisme.

Comprenez-moi, on est loin de l’ordi, sinon ya longtemps que j’aurais vérifié c’était quoi sur Wiki.

Entre nous, pour les besoins de la cause, on a décidé que le fétichisme, c’était quand l’objet de convoitise n’avait par définition rien de sexuel.

Ce qui n’exclue pas les cous, je sais…

Et là, on a parlé des fétichistes des pieds. D’à quel point, ils sont nombreux, ceux-là.

Comment on sait ça ? Bah, on a supposé. Pis vérification faite, ce serait le fétichisme le plus fréquent – on dénote même une augmentation depuis l’arrivée du sida…

Et que là, ça nous échappait totalement. Un pied, ça peut être beau, entendons-nous, comme un cou, mettons. Mais de là à s’exciter pour ça..?

C’est comme une perversion qu’on a le droit d’avoir, cela dit. Pourquoi ? Ça dérange personne, c’est plutôt rigolo, limite mignon… Pis y’a pire…

Imagine, pour eux, une sandale, c’est comme un babydoll pour les pas (ok, les moins) pervers…

– Trente par jour, hein… que me dit mon vieux Pollock.

Clamski, il sait ben que, quand on parle de cul avec mon pote, c’est surtout pour éviter de parler gauche-droite. Il sait aussi que j’ai dû arrêter d’être ami avec lui sur Facebook, parce que j’en pouvais plus de sa perversion drettiste… En personne on a du fun. Mais à l’écrit, c’était devenu une plaie.

Clamski cherche à me faire rire, à me faire oublier que ça me désole d’en être arrivé là ; je le sais et je l’adore pour ça.

Pis dans le fond, on est tous le pervers de quelqu’un…

Prenez un consensus…

janvier 12, 2012

…et retournez-le, en jouant l’avocat du diable. C’est pas si compliqué, d’être chroniqueur, au fond. Surtout dans un monde où les commentaires et les lectures commencent à rapporter de plus en plus, on va se rendre compte que ben du monde n’ont pas vraiment les convictions que véhiculent leurs textes. Est-ce que c’est grave ? Non. Mais vous conviendrez que c’est un peu dommage.

Je pense à deux personnes en particulier dans la littérasphère québécoise. Foglia, d’abord. Voilà l’exemple parfait de l’homme qui sait faire réagir les foules. Pas un trou de cul, le monsieur, il a même sa page wikipédia, pis chuis certain que c’est pas lui qui l’a écrite.

Quoique, connaissant le personnage… En tout cas, mettons que non.

Foglia, c’est l’artiste, on s’entend. Je ne parlerai jamais contre son style littéraire, même si je trouve que parfois, le rédac chef aurait intérêt à repasser par-dessus ses textes qui en deviennent un peu lourds, par la force des choses – vous comprenez ce que je veux dire par « jouer sur le consensus » ? Mais vu son statut, ça me surprendrait pas qu’il ait dans son contrat une clause de « non-repassage-par-dessus-ses-textes ». Foglia, c’est le boomer par excellence . Pour un Y comme moi, c’est le vieux con. Le vieux con qui te fait réfléchir, et dont tu admires le bagage culturel qu’il sait démontrer, certes, mais qui te déconcerte par la fermeture d’esprit qu’il peut avoir par moments.

Je sais qu’il « joue » souvent au vieux con. Mais ce n’est pas de quoi je parle.

Potiche, c’est de la merde, par exemple. Bel exemple d’incompréhension intergénérationnelle. Est-ce que c’est parce que les  boomers ne possèdent pas cette capacité au sarcasme, et à l’ironie que leurs enfants ont pourtant développé ? En fait, si, il la possède, mais ne comprennent pas qu’on puisse se distraire avec eux. Pour eux, ça sert la critique ; pour les Y, ça fait partie de la vie.

Au passage, Potiche, c’est pas mal bon. Faut connaître Ozon. Et aimer son style. Ya environ une demi-heure de trop, sans parler des chansons. Mais de là à dire que c’est mauvais, ya une marge.

J’en reviens à mon revirement du consensus. Foglia le fait de façon magistrale, toujours dans la même chronique. « N’allez pas en Gaspésie, nous dit-il. Les pubs sont mauvaises. Je préfère profiter du Luxembourg. » Je comprends, les amis, qu’il pense probablement l’inverse. Enfin, j’espère. Mais vous avouerez avec moi (une autre technique de chroniqueur, donner une opinion à ses lecteurs) que ça vous démange de lui écrire une longue lettre baveuse.

Remarquez que ses portraits sont toujours justes, magnifiques. Ce gars-là, à part sa misanthropie – c’est le personnage, je sais ben… – possède une empathie à faire pleurer un conservateur sur le sort d’un nouveau chômeur.

Bref. Vieux con, avec un coeur.

Mon deuxième exemple, c’est Judith Lussier. Blogueuse régulière sur le site d’Urbania…

…mettons tout en perspective, elle écrit aussi pour le Reader’s Digest…

… et de la même génération que moi, ses textes trouvent facilement le chemin de mes nerfs. Elle sait me faire fâcher, de façon viscérale. Prenez ce vieux texte sur les automobilistes urbains où elle avoue platement « Moi j’ai un char, pis pas de vignette de parking. Alors les gens qui ont des vignettes, vous me faites chier quand vous prenez les places pour les gens qui n’en ont pas. »

Dans ce texte, elle nous lance que c’est pour les riches, les vignettes. Ça me fâche autant parce que je suis pas riche et j’en ai une, que parce que mis en parallèle avec un autre de ses textes où elle avoue candidement être « quelque chose comme un peu riche », ça n’a pas vraiment de sens. Vous voyez le topo.

Savais-tu, Judith, que depuis ce temps, je fais exprès de me stationner toujours dans les endroits où je n’ai pas besoin de vignette, au cas où on serait voisins ?

Autre exemple savoureux, le texte qu’elle a livré contre les gens qui mettaient en parallèle la mort de Steve Jobs et celle d’Africains affamés. Elle n’a pas complètement tort, remarquez bien. Mais si le consensus avait été de l’autre côté, permettez-moi de penser qu’elle aurait écrit le texte inverse.

C’est ça faire des chroniques. C’est écrire pour obtenir des réactions. Ces deux-là sont très bons, en l’occurrence. Loin de moi l’idée de les comparer, remarquez bien.

Non, je n’élaborerai pas là-dessus.

Comme exercice, je me propose donc d’écrire une chronique dans ce genre. À quel consensus est-on confronté ces temps-ci ? Je vais défendre l’idée inverse. Je sais, je suis pas très bon. Je sais que je suis pas mal dans le consensus, normalement.

Traiter affectueusement Foglia de vieux con, tout le monde fait ça. Critiquer Judith Lussier, tout le monde fait ça.

Mais c’est un exercice. Vos idées ?

C’était un pragmatique…

janvier 11, 2012

Dès que je lui eus montré mon insigne, il avait avoué. Juste avant, son front s’était mis à suer abondamment, et c’est probablement là qu’il avait réalisé qu’il ne pourrait pas s’en sortir. Un type qui n’a rien à se reprocher ne sue pas du front. Platement, donc, il avait toussoté puis admis : tous les servants de messe y étaient passés, les petits de la chorale aussi. Ils n’inventaient rien, ceux qui m’avaient mis sur sa piste. Tout était vrai.

C’était un pragmatique. Même son sacerdoce l’était.

« Vous voyez, m’expliquait-il alors que je lui passais les menottes, je ne crois pas vraiment en Dieu. Je nous vois plutôt comme les héritiers d’une multitude d’auteurs et, surtout, du génie qui les a regroupés dans la Bible, en un seul livre. Une vie entière à vivre des rentes de ce bouquin, en échange d’en faire la promotion… j’ai toujours été assez doué avec les mots, et la rhétorique. Enfin, la rhétorique des gens simples. Pas pour rien que je me suis installé dans ce trou perdu. J’ai été à Rome, moi, je me destinais à une carrière épiscopale. Puis ça a commencé… »

Je voyais bien qu’il voulait m’en dire plus. Il était du genre à ne pas camoufler ses crimes outre mesure, pour le plaisir simple de se faire prendre, et d’ainsi pouvoir raconter son histoire avec moults détails. À défaut d’être lui-même un auteur, il avait développé les besoins de cette étrange caste.

Ouais. Il avait beau porter la soutane, il cadrait parfaitement dans les stéréotypes habituels.

« … l’avais emmené dans la sacristie… »

Je l’entendais d’une oreille distraite, mais je n’avais absolument rien à battre de ses explications. Je sentais que ça lui ferait du bien de se sentir écouté, et je n’avais pas envie qu’il se sente bien, ou mieux, ou qu’importe.

Soudain, je me mis à entendre une chorale d’enfants, dont les voix me parvenaient, amplifiées par l’écho de l’église, à travers la porte du bureau du prêtre. Celui-ci ne les entendait visiblement pas, continuant de discourir sur « le bien et le mal, et Jésus et sa condition de mortel ».

Au fond, c’était normal : les voix venaient de ma tête. Ça ne me surprenait plus. Ça n’était pas la première fois, ça ne serait pas la dernière. Au moins, avec le temps, j’avais appris à ne pas nécessairement faire confiance aux voix dans ma tête. D’ailleurs, je ne distinguais pas vraiment les mots qu’ils psalmodiaient. Je me demandais pourquoi ma tête tenait à me faire entendre ces voix. Je tentai de me concentrer pour mieux les entendre. Impossible, avec l’autre qui parlait toujours.

D’un geste, je voulus le faire taire. C’était un geste assez brutal, et fort bien placé : il s’effondra sur le sol, que sa tête heurta brutalement. Mais ça n’avait pas marché. Je continuais de l’entendre, bien que ses lèvres ne remuent plus. Maintenant, il parlait latin. Encore ma tête, me figurai-je. Sa voix et celles du choeur d’enfants prenaient de l’ampleur, comme dans une compétition malsaine qui m’assourdirait si je ne faisais rien.

Sacré cerveau, va.

Dès lors, tout se mit en branle. Je me vis – d’une certaine façon, j’étais moins le perpétrateur que le témoin – enfoncer mes index et majeurs dans les commissures de lèvres du prêtre, et lui déchirer la bouche d’un geste brusque ; je me vis le retourner et lui remonter la soutane pour lui enfoncer la première croix que je trouvai dans le cul – vous savez, une de ces grandes croix qu’on trouve dans les bureaux des prêtres – je la lui enfonçai, donc, non sans m’en être d’abord servi comme d’un immense marteau, pour frapper l’arrière de son crâne à quelques dizaines de reprises.

Sa voix s’était enfin éteinte. Et le choeur d’enfants chantait maintenant mes louanges.

Je regardai le tableau : le sang s’écoulait désormais tout le long de la croix et dégouttait par terre. Je fus pris d’un haut-le-cœur. Je remis la fausse insigne de police dans ma poche et sortit rapidement.

Je fus arrêté, quelques semaines plus tard. Des preuves incriminantes. Mais un bon avocat. Et la voix populaire de mon côté.

J’attends mon procès.

Notre Père qui es aux cieux…

Un peu marre…

décembre 8, 2011

… de ce réflexe, si commun chez nous. Depuis quelques jours, dans les médias électroniques, et autres réseaux sociaux, on dénonce une « chasse aux Anglais » que feraient actuellement les Québécois. Et on écrit des articles sur le nationalisme québécois qui serait, je paraphrase, du fascisme nouveau genre.

Dites, j’ai même été d’accord avec un article de Martineau, cette semaine. Faut le faire. Non, je ne mettrai pas le lien. Mais je vous partagerai volontiers celui de JFLisée, avec qui je suis tout autant d’accord.

D’abord, je comprends pourquoi ces gens voient une chasse à l’Anglais. Remettons-nous en contexte, cependant.

On sait d’où ça part : on parle d’ailleurs de SCANDALES, asti. C’est pas rien, que la Caisse de dépôts et placements du Québec (organisme gouvernemental d’une province dont la langue officielle est le français) fonctionne en anglais à l’interne !! C’est ÉNORME.

C’est illégal, d’abord. Et c’est vraiment une claque sur la gueule de la révolution tranquille.

On entend souvent les arguments selon lesquels « on s’en fout, tant que ça rapporte… la langue n’est qu’un moyen de communication ».

Ça, c’est faux. La langue d’une société, c’est aussi l’organisation de la pensée de ses membres, comment ils conçoivent, et perçoivent le monde. Mais c’est un autre billet.

On sait, donc, d’où part l’impression qu’on veut bouffer de l’anglo. Banque Nationale, ce matin c’est Bombardier, plus tôt en novembre, cette interview avec des anglophones qui refusaient d’apprendre le français, malgré qu’ils vivent à Montréal depuis quelques années…

D’ailleurs, si on a bien écouté cette interview, les enfants de la dame (américaine à la base) ont appris le français et le parlent. C’est le Torontois d’origine qui n’en voyait pas « la nécessité », qui ne trouvait pas « le temps » pour apprendre cette langue « difficile ».

Et évidemment, depuis qu’on en parle, les journalistes font leurs choux gras des nouvelles où le « Québécois moyen » est aux prises avec « l’Anglocolonisant », ces anglais qui, par choix, vivent ici sans parler français. Sur foi de quoi le Montréal anglais (représenté par Don MacPherson), probablement de bonne foi, a conclu qu’on fait la chasse à l’anglais.

Si quelqu’un fait ça, ce sont les médias, pas la population – qui outre les montréalais, n’est que rarement confrontée au problème. Ils sont contents, nos médias, d’avoir retrouvé un filon, une corde qui est (dieu merci) encore sensible chez les Québécois. Mais ça a été déjà dit à quelques reprise, sur des blogues (billets et commentaires confondus), ce dont les gens ont marre – et je m’inclus là-dedans – c’est du bilinguisme institutionnel qu’on nous force au-travers de la gorge.

I speak English. Ich spreche Deutsch. Hablo un poquito espanol.

Je serai fier quand mes enfants sauront parler plus d’une langue. Pis je m’en calisse, la langue que les gens parlent entre eux, entre adultes consentants. Là n’est pas la question. Si la serveuse au restaurant ne comprend pas le français, je vire de bord. Rien de moins, rien de plus. C’est le commerçant qui perd de l’argent. Tant pis pour lui.

Tiens, une idée qui passe : et si on décidait simplement de faire la correspondance gouvernementale en français seulement, par exemple ? On envoie un message clair à ceux qui arrivent : ici, ça se passe en français.

Non. Le genre de trucs qui me met en maudit, c’est les scandales dont je parle plus haut. C’est le ministre Fournier qui faisait ses déclarations en anglais et en français – surtout que les journalistes anglos lui avaient dit que ce n’était pas nécessaire – il ne le fait plus, depuis cette semaine. C’est qu’on doive subventionner des gens qui sont dans l’ILLÉGALITÉ (ciboire!) pour faire changer l’affiche de leur commerce.

C’est des gens que je respecte, au demeurant, qui mettent tous les maux du Québec actuel, sur le dos du nationaliste québécois, qu’on caricature, le décrivant comme un adorateur (pédophile ?) du petit Saint-Jean blondinet de la parade catholique des années 60. Ce réflexe, qui pousse le Québécois à s’excuser d’exister, un air complice sur le visage « Sorry, we are like that, you know… »

Je suis pas un facho. Mais je crois sincèrement qu’une société bilingue ne peut pas fonctionner.

J’ai-tu vraiment besoin de vous citer des exemples ?

Fait qu’on fait quoi ?

-T’es fourré, là, hein ? me dit Clamski, grelottant dans l’appartement, entre deux bouffées de pipe. Tu vas vraiment dire aux gens quoi faire ?

– Non. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent. Moi, je refuse d’abdiquer, et quand je déprime, j’écoute Mommy Daddy, j’en braille ène shot (clin d’oeil Georges Dor), pis je me reprends. Pis j’écris un billet.

– Tout un programme.

Je fais ce que je peux, Clamski. Je fais ce que je peux.

*** AJOUT ***

Quand j’ai publié ce billet sur mon mur de Facebook, un ami (Dave Id) a commenté. Je vous copie les grandes lignes :

La CDPQ c’est mon client, est des plus chiants parce que Sabia c’est le tres bon ami de mon employeur. Il sont chiants parce que très exigeants et je peux te garantir que transiger avec eux se fait en francais seulement, nos ressources techniques doivent tous être francophones et chaque communication est passée à travers Antidote et ensuite revisée 6 fois pour assurer un bon français. 2 uni-anglo ne font pas de la CDPQ une cie qui travaille a l’interne en anglais. Moi j’aime l’heure juste en journalisme (officiel ou blogueur).

Toujours utile d’avoir quelqu’un de l’intérieur, ou en tout cas, qui se tient pas très loin. Voilà qui remet mes pendules à l’heure. Mais qui ne me déchoque pas pour autant.

***AJOUT 2 ***

D’ailleurs, recherches faites, ce n’est pas à la CDP comme telle que ça se passe, mais bien à Ivanhoé Cambridge, une filiale, qui n’est, donc, pas soumise aux règles générales de l’administration publique québécoise. My bad.

Cela dit, je vous renvoie quand même au bon texte de Sophie Cousineau, d’où je puise ces infos.

Honnêteté intellectuelle, pis toute.

On a tendance…

décembre 4, 2011

… à se penser plus fins. Dans le sens de plus intelligents. Nous, on est ben plus meilleurs. Plus évolués. Notre civilisation dans toute sa splendeur, genre.

Le premier réflexe, quand on apprend que les Frères musulmans accèdent au gouvernement égyptien, c’est de secouer la tête, pis se demander qui peut bien aider à gaver ainsi le bon peuple – parce qu’on pense aussi que le peuple humain de base est bon – par ces idées démagogiques arriérées (je parle de la religion en général, pas de l’Islam, compris ?) qui n’ont pas leur place en démocratie, ni dans tout système souhaitant gérer efficacement l’humanité.

Bah quoi ? Ça en revient à ça, non ?

Pis après on rationalise. On suppose – on souhaite – qu’il y ait des gens derrière tout ça. Des organisateurs. On accepte la manipulation, plus facilement que la connerie. On est prêt à accepter qu’il y ait un peu des deux, mais c’est limite. Surtout si la manipulation fait élire des cons. Cercle vicieux, parti libéral pis tout ça.

On accepte, on comprend la manipulation chez les autres. « Dans leurs conditions… » Mais soi-même, être manipulé ? Voyons…

Vous voyez où je m’en vais. Duhaime, Radio X, le gros Legault, les grands médias, leurs sondages…

En Égypte, au Moyen Orient, Dieu porte le nom d’Allah. En Occident, il en porte plusieurs : économie, marché, rendement, libaaarté…

« Efficacité ? » me lance un Clamski railleur. – Ta gueule Clamski.

Manipuler l’opinion publique, ya rien là dude. Surtout quand le bon peuple est convaincu que ses pensées sont les siennes.

Quoi qu’il en soit, je reste positif, et je fais confiance au bon peuple. Si ya quelqu’un qui est tanné des cons, c’est bien lui.

C’est pas un peu démago, de dire ça ? – Ta gueule Clamski.

Le torrent…

novembre 28, 2011

… de fiel qui peut être déversé en si peu de temps. Hier soir, c’était sur twitter.

Je ne suis pas le plus ardent défenseur de Pauline Marois. Je ne suis pas membre du parti québécois, et je ne vais probablement pas voter pour lui aux prochaines élections, à moins d’un extraordinaire changement de cap. Et je suis aussi assez critique de sa « prestation » d’hier soir à TLMEP. Je comprends très bien que la personne Pauline Marois ne passe pas bien. Un côté bourgeoise pincée, doublée d’une insécurité qui pourrait bien émaner de sa situation de parvenue (pas de connotation négative, ici)… les gens ne voient pas une grande leader en elle, et comment leur en vouloir ? Elle ne passe pas. Et sur twitter, c’était assez impressionnant.

Il s’en trouve pour dire que c’est parce que c’est une femme. Comme beaucoup, je pense que ça se situe à un autre niveau. C’est sa personnalité que est remise en question ; son « naturel », son côté bon-enfant qui sonnent faux.

Certains l’accusent même de se servir de cette excuse – « être une femme » vs les hommes en politique – pour expliquer ses problèmes au PQ. Là-dessus, je ne suis pas d’accord.

Être une femme n’explique pas tous ses déboires, c’est certain. Mais disons qu’une gang de gars, des politiciens, dans le parti québécois – parti aux assises très « mâles » – avec une moyenne d’âge qui doit tourner au moins autour de 50 ans qui a une femme comme chef… Je pense que vous comprendrez ce que j’avance ici : vieille mentalité, hommes dirigés par femme… pas faire bon ménage.

C’est pourquoi on voit souvent des femmes chefs d’entreprise qui s’entourent de jeunes hommes : ils ont intégré, eux, que la femme est en mesure de diriger autant qu’un homme. Pour la génération montante, homme ou femme ne compte plus : c’est les compétences qui importent. Mais la politique est lente à bouger. Évidemment : elle bouge avec les électeurs. Et comme les jeunes ne votent pas… Mais c’est un autre débat.

D’ailleurs, elle a surtout été élue parce que c’était son tour, pour ses bons services, parce qu’il y a longtemps qu’elle tentait d’être chef. C’est là son problème : ce n’est pas elle qu’on a élue, mais une « récompense » qu’on lui accordé. C’est peu vendeur pour la population. Et il ne faut pas être dupe : avoir une femme comme chef de parti a aussi été un bon coup de pub, pour le PQ, au même titre qu’un chef homosexuel la fois d’avant.

Alors est-ce que le fait qu’elle soit une femme explique sa déconfiture ? Non. Mais est-ce que ça y est complètement étranger ? J’en doute profondément. Quant au fait qu’elle se « serve » de cette excuse… Je pense que c’est politique, en l’occurrence. On la conseille peut-être mal..?

Clamski me parle du PQ depuis ses débuts, toujours sur le point d’imploser. Il me raconte 76.

-Femme ou pas femme… Le PQ est un bateau, dont les membres menacent régulièrement de donner un coup de hache dans la coque si on ne fait pas ce qu’ils veulent. Pis ces temps-ci, ils le font.

Je me laisse bercer par sa voix. Et je m’endors, comme toujours quand je pense trop à la politique québécoise.

Il m’a lancé ça…

octobre 28, 2011

… comme ça, mon vieux Clamski, l’air tellement sérieux que je me suis presque laissé convaincre sans avoir entendu ce qu’il avait à dire, il m’a lancé : « Tsé, si tout le monde décidait que toutes les dettes de tous les pays étaient effacées, de même, là, rien que d’un coup… Qui serait perdant ?

-Euh… les banques..?

-Oui. Et donc, à tout casser… une centaine de personnes, sur terre… genre… Qui auront tôt fait de se renflouer. C’est pas une couple de billions qui leur fera un pli sur la différence.  »

J’ai pensé à ça. Je suis resté longtemps songeur. J’ai regardé Clamski, qui affichait son air « ben, c’est logique, non ? » Il devait bien y avoir un argument qui contredirait cette idée. C’était beaucoup trop simple. Simpliste.

« Les historiens du futur en parleraient comme de La Grande Faillite, rêvait encore Clamski. Le moment où l’humanité a compris que…

-Les politiciens… que je l’ai interrompu, c’est eux qui n’envisageront jamais ça.

-Pourquoi ? m’a demandé Clamski, en souriant, content.

-Trop à perdre ?

-Voilà. »

Pourtant… si on cherche bien, il doit bien en avoir quelques-uns qui ont des couilles ? Qui ne font pas ça pour préparer leur retraite ? Qui…

Clamski a levé la main, d’un air las. Je me suis tu.

Pis on s’est rebranché sur nos laptops respectifs.

Je pense qu’il est sur un site de cul.

Procrastination productive

octobre 12, 2011

(Je n’écris pas mon scénario pendant ce temps-là…) Un peu verbeux, je vous l’accorde et j’y étale mon amour du subjonctif. Mais au moins, ça fait vivre le blog.

Et voilà où j’en étais venu, résigné à me doucher à l’eau glaciale pour continuer ma piètre vie, je n’en pouvais plus de toutes ces frustrations, ces cris du cœur (ce pauvre deuxième organe, qu’à chaque instant j’entendais sans pouvoir y réagir)…  Je savais que tout le problème venait de lui, la base de mon problème se résumait au fait que je fusse un homme, à cette chose, cette andouille molle qui me pendait entre les cuisses et que je ne connaissais que trop.  Comment vivre normalement, me demandais-je, comment font tous les autres pour accepter cette prison physique et quasi psychique, comment?

Prends ça, lui disais-je en dirigeant sur Lui le jet d’eau froide, je devais me séparer, me dissocier, je ne voulais plus qu’Il fasse partie de moi, je ne voulais plus faire partie de Lui, je lui en voulais et ne lui pardonnerais jamais ; Il se recroquevilla ; la douleur du froid sur Son scrotum monta à mon cerveau — preuve que nous étions encore et malheureusement liés —, puis, sans que je ne sache trop comment, mon rasoir se retrouva dans mes mains ; j’avoue y avoir pensé, sérieusement, pendant un instant, où je fantasmai sur la liberté que j’aurais retrouvée, l’ultime autodétermination, tout le mal que j’avais osé faire, qu’il avait osé me faire faire, la culpabilité qui s’en irait, enfin!  Mais — était-ce par lâcheté— je n’arrivais pas à m’y résigner, de toute façon, la beauté de mon geste aurait sans doute été trahie par l’état de mes mains, transies autant que le reste de mon corps.  Je sortis de la douche.

Retour à la chaleur, retour à ma sanguinité, la colère me vint et j’aurais voulu fracasser la vitrine de la douche, mais encore une fois, le courage me fit défaut, la peur de ce sang que je répandrais, peut-être, la peur d’avoir mal, plus probablement.  Et Lui qui de nouveau, se considérant sans doute désormais en sécurité, osait paraître comme si c’était la première fois et me rappela à ce plaisir malsain ; je n’en voulais certes pas, mais la chair est ma faiblesse, on l’aura deviné, je me sauvai de la salle de bains afin de couvrir de vêtements cette excroissance, il le fallait, sinon j’allais encore retomber dans cette routine qui m’emprisonnait, qui m’empêchait de faire les choses que j’aurais dû faire et qui, si je m’essayais à les faire malgré tout, c ‘était sans force et restreint dans mes capacités parce que brûlées auparavant dans le vide d’un mouchoir.

Je ne pouvais risquer de me perdre de nouveau, comme je l’avais perdue, ma chère Catherine, ma douce Catherine, à cause de Lui, je Le détestais et je savais que tout était Sa faute, à Lui que je ne savais pas contrôler, contrairement, selon toute apparence, à la majorité des autres hommes.  Je m’habillai prestement et me dépêchai de sortir de chez moi, en public, au moins, je Le tiendrais tranquille.

Je me rendis chez Pol, le café du coin où je commandai un expresso, le plus fort possible, Pol, dis-je au serveur,  en sachant bien qu’il ne s’appelait pas ainsi.  C’était une vieille blague entre lui et moi.  Amusé, il ne m’avait jamais repris et je ne connaissais donc pas son vrai prénom ; et alors? un nom n’est qu’un nom, un appellatif, une manière d’apostrophe, et si Pol lui convenait, pourquoi en changer?

Les humains nomment tout et sans logique particulière ; je me rappelai comment Catherine avait nommé le Monstre et je ris de dépit, je ris à ce nom trop poétique, qui, je ne savais trop comment, semblait redorer le blason de cette espèce me répugnant désormais.

Ah, Catherine, toute pratiquante que tu fusses, tu n’avais pas la moindre chance contre Lui.

Je reçus mon café, le laissai refroidir jusqu’à ce que je pus me l’envoyer d’un seul coup, grimaçai d’amertume — mais était-ce bien à cause du café? — et, satisfait, je jetai la monnaie sur la table, remerciai Pol et quittai l’endroit.

Je marchais sans savoir où j’allais, il importait que je visse des gens, que je ne sois pas seul chez moi, j’étais maintenant convaincu que la mutilation n’était pas une solution — enfin, pas la solution —, mais je n’étais pas certain que mes mains, elles, l’étaient ; je devais les calmer, les occuper un certain temps.  Je poursuivis ainsi mon chemin vers un salon de billard, histoire de me dégourdir, d’occuper mes mains sur une queue qui ne serait pas la mienne, pour une fois.  Je n’étais pas très bon à ce jeu, mais quand on joue seul, ce n’est pas nécessaire; je me fis faire de la monnaie par la serveuse au bar — une brunette, exquise — pour être en mesure de jouer quelques parties et m’installai en vitesse, en évitant de me retourner vers le bar.  Comme disait l’autre, la bandaison, ça ne se commande pas, je ne le savais que trop ; ça ne se commande pas, mais on sait quand ça s’en vient, vite, faire face à une table.

Évidemment qu’après peu de temps, je m’emmerdais royalement.  J’étais sorti pour ne pas être seul chez moi ; apparemment la solitude ailleurs que chez moi n’aidait pas ma cause.   J’avais besoin  d’une bonne conversation avec quelqu’un, pour remettre mes pendules à l’heure, un inconnu ferait l’affaire ; le seul problème était qu’il était plus compliqué de trouver un inconnu disposé à avoir une conversation avec un autre inconnu à 23h qu’à 15h.

Je pensai à la serveuse du bar.

(À SUIVRE ? Ché pas…)

J’ai pris la sortie…

juin 18, 2011

… la plus éloignée de chez mes parents. Ils ne m’attendaient pas, il était tard. J’allais les voir et leur donner un coup de main pour vider la maison du grand-père maternel, le lendemain. Jeudi soir. Je roulais donc sur le boulevard industriel. Eh ouais, s’appelle de même.

Granby est une ville qui s’est développée grâce aux usines qui y sont installées depuis toujours (tabac, caoutchouc, industrie laitière et textile). Cela dit, les élus ont toujours semblé penser à la garder « esthétique ». Ce n’est pas la ville ouvrière anglaise, disons. Peut-être, justement grâce à la présence d’anglo dans la ville, ironiquement. Beaucoup de parcs. Fin de la parenthèse « En apprendre sur Granby ».

Puisque j’avais tout mon temps, je l’ai pris. Je roulais lentement, regardant ce qui avait changé ou non, dans ce secteur près du garage municipal et que je connaissais bien, ex-col-bleu-estival que je suis. Peu de changement. Mais assez pour que je me décide de passer par des coins que je ne connaissais plus. Suis né là, dans l’ouest. Suivi Cowie, le long de la Yamaska. J’ai à nouveau été saisi par le grand âge de la ville – que je mets souvent en parallèle avec la courteur de la vie humaine ces temps-ci.

C’est la trentaine, hein. « Quoi, le monde meurt ?! » Grande nouvelle.

Et saisi par sa modernité nouvelle, étonnamment. Devriez voir la nouvelle caisse pop centralisée, digne d’un pavillon universitaire.

Long préambule pour dire que la marche que j’avais décidé de prendre le lendemain soir, vers 22h, était motivée par cette quête que j’entretiens depuis quelques mois, mieux connaître mes racines.

« Quoi, j’ai des racines ?! »

J’avais passé la journée à déménager, mais j’avais mangé comme un trou, comme souvent chez mes parents. La marche était de mise, au moins une heure à bon rythme. C’est le centre-ville que j’ai décidé d’investir. On en fait vite le tour, si on suit Principale – eh ouais, s’appelle de même.

Mais quand on s’aventure dans les petites rue, ça peut durer.

Vu une buanderie. Un film en soi.

Car oui, au départ, la première demi-heure, podcast dans les oreilles, j’ai vu beaucoup, et pensé peu : c’était de l’exercice. Éventuellement, j’ai eu envie d’éntendre. De retirer mes écouteurs.

Puis la magie.

Je ne m’en surprends plus outre-mesure. Savez cette énergie qui se manifeste quand « on sait » que quelque chose va arriver – non, je ne tombe pas dans l’ésotérisme ; je prends même pour acquis que vous comprenez ce que j’entends par là. Quoi qu’il en soit, marcher les oreilles à l’air m’avait fait réaliser quelque chose. J’approchais un « point chaud ». Pleine lune ?

Pas d’ésotérisme, j’ai dit.

Des éclats de verres. De voix. Des bruits secs. Là, passé le coin, sur Notre-Dame, devant une petite clôture, inopinée dans le paysage, trois gars dans la rue. Un grand black, avec des dreads.

Oui. À Granby.

Un homme qui crie « Vous êtes deux contre moi, c’est ça ? » Avant de crisser une bonne droite à un autre, vraiment dépassé par les évènements. Le black tente de calmer le violent, mais rien à faire. Moi, je suis arrêté, près de badauds qui matent, cellulaire à la main et police au bout du signal.

Vous comprendrez mon embarras. C’est celui qui frappe qui se dit attaqué par les deux autres. J’observe. Non, définitivement, le black tente de les séparer. Et l’autre mange un estie de volée. Les badauds s’éloignent. Je vois le black qui n’arrive à rien. Je m’avance et tente aussi de parlementer avec le violent. André ne s’intéresse à rien d’autre qu’à Gaëtan (nommés par le black, pendant le combat). André lui lance une autre claque. Et semble même se calmer. Avant de donner un zidanesque coup de boule à Gaëtan qui tombe.

Inoffe izinoffe.

Derrière lui, j’interviens et lui passe mes bras sous les épaules pour le maîtriser. Il est assez petit, moi plutôt grand. Il ne peut rien faire.

Je lui demande s’il va se calmer. Il dit que oui. Je répète, pour être certain. Il réitère sa future coopération. Je lui dis que pour le relâcher, je vais devoir le pousser, en avouant d’emblée que c’est parce que je ne lui fais pas entièrement confiance. Il comprend. Je le lâche, et le pousse. Ses mains se prennent dans mes fils d’écouteurs. Sans plus de conséquence ; il ne tente rien.

Quand il se retourne, c’est sa face sanglante qui m’apparaît. Il s’est ouvert le front, une demi-lune d’un pouce de long. Il se détourne, pourtant, et va pour partir, non sans insulter Gaëtan qui rentre chez lui. M’Bai, (nommé par Gaëtan) est tout retourné. Il me remercie, mais il est vraiment nerveux, et passe continuellement sa main dans ses dreads en faisant des longueurs de trottoir pour se calmer.

Avec des ados, trois gars, qui viennent d’arriver, on va vers André, qui est calme. Cool, même. L’air d’un bon gars. Les jeunes sont moins sur leurs gardes que moi et lui font remarquer qu’il devrait aller à l’hôpital. Je réalise qu’ils n’ont pas tort. On passe un moment à essayer de le convaincre, mais un peu soûl – moins que Gaëtan – il fait son toffe, ben non, ben non, même pas mal.

La police arrive. Nous demande de nous éloigner, d’un ton de policier, humanité en moins – c’est dire. Les jeunes me demandent ce qui est arrivé, me disent que j’ai bien fait, et finissent par partir, parce qu’il se fait tard. Des bons petits gars. M’Bai vient me revoir et discuter. Curieux je demande comment ça a commencé.

– Ils parlaient d’Offenbach. Gaëtan a vu le film Gerry. Ils parlaient d’Offenbach, lâche-t-il, désolé par la futilité de la chose. Gaëtan lui a lancé son vin au visage. André n’a pas apprécié.

Une des polices parle à André, l’autre va chercher Gaëtan et prend sa déposition aussi, l’ambulance arrive. La police laisse Gaëtan qui parle avec M’Bai. Je m’approche d’eux. Curieux, encore. Gaëtan, c’est le baveux dans l’histoire. D’ailleurs il en remet, plus d’une couche. André ne le prend pas, la police demande à Gaëtan de s’asseoir, qui en ajoute encore.

Un instant, l’agent a VRAIMENT considéré lui casser la gueule lui-même. Quand je dis baveux…

Histoire de l’éloigner, je propose à Gaëtan d’aller s’asseoir sur sa « terrasse », qui se trouve à être une portion d’asphalte près du trottoir, derrière la clôture. Les ambulanciers soignent André, quand on s’assoit. Gaëtan m’explique l’histoire, Offenbach, tout. Encore soûl, il est chamboulé. André est un bon ami. Un gars intéressant, comme « il y en peu par icitte ». Il a déjà été violent, mais pas à ce point. Il ne le verra plus, dit-il platement.

La police revient vers Gaëtan, lui remet son amende (75 $, sachez-le) pour trouble sur la voie publique ou une autre bébelle du type…

Soixante-quinze piasses pour la raclée de sa vie, il l’a un peu mal pris…

… et lui dit qu’André n’a pas l’air trop calmé et qu’il lui en veut toujours. Gaëtan affirme qu’il ne veut pas porter plainte, ce qui ne compioute pas dans la tête du flicard, qui finit quand même par se lasser, non sans avertir Gaëtan que s’il avance encore avec la bière qu’il vient de s’ouvrir, il l’arrêtera pour avoir consommée de l’alcool sur la voie publique. Une tête de con, genre.

Tout le monde part, je reste seul avec Gaëtan quelques minutes, il m’offre une bière. Une dame ouvre la porte voisine et demande ce qui se passe. Gaëtan raconte sommairement et dit de ne pas s’en faire. Elle rentre.

La propriétaire ? Eh non. C’est Gaëtan le proprio.

On boit notre bière sans trop parler. Ça devient akward, après un bout. La magie s’est envolée. Je me lève, on se salue.

Je me couche dans le sous-sol encombré des meubles des grands-parents. Je commence à comprendre d’où je viens. Je me recale dans l’oreiller.

Et je contemple le cycle.

La fatigue…

juin 13, 2011

des derniers jours. Je commence à reprendre du mieux. Je n’étais pas malade. C’est une question de gestion, qui m’a épuisé. Une gestion du quotidien, mêlée à celle d’une amitié.

Un pote à moi se dope. Ben comme faut, là. Il s’en cache, à moi, à tous, à lui-même. En fait, à moi, il s’en cache pas tant que ça. Mais quand je lui ai dit que ça me dérangeait, il a commencé à le faire en cachette.

C’est mon coloc. Pas évident les cachettes.

J’ai rien contre les drogues.

J’en ai contre l’abus.

Et la dépendance.

Moi aussi, de temps en temps, j’appelais le livreur. « Un green, steplait ». De l’herbe. Rien de ben grave. Sauf que moi, la dépendance, je connais pas ça. J’ai fait quelques essais, depuis l’adolescence. Mais je suis resté loin des grosses drogues dures. Je ne suis pas dépendant, et je suis pas con non plus. Je fume mon petit joint, le soir pour relaxer avant de dormir. Jamais en journée. Je me veux fonctionnel. Parce qu’à la longue, ça me rendait parano. Pis plate.

Mon chum, lui, c’est tout le temps. Il se lève, il fume. Il prend sa douche, il traîne sa pipe dans la salle de bain. Il va travailler, il fume pour se motiver. Mais bon. Je connais des gens fonctionnels, comme ça quand même. Tant qu’ils mettent personne en danger en conduisant ou whatever. Mais là où la ligne s’est faite dans ma tête, c’est quand j’ai fait le calcul de sa consommation de poudre.

Moi aussi j’en ai fait de la poudre. Plus qu’une ou deux fois. Mais jamais trois à quatre fois dans la même semaine. Jamais, que ça m’a coûté 600 $ par semaine de dope.

Pis jamais je me suis enfermé dans ma chambre pour sniffer.Pour contempler le vide de mon mur, mon absence, le blank dans mon existence.

Mon coloc pense que je le sais pas. Que je catche pas, quand il dit qu’il est fatigué, après s’être fait livré et avoir trainé le dealer dans sa chambre pour m’empêcher de voir ce qu’il achetait.

Un problème, tsé.

OK, aussi, j’ai peur qu’il se serve de moi, qu’il me vole. On sait ce que ça fait les dépendants. Prêts à tout pour leur dose.

Mais c’est un chum. Je l’ai confronté, à quelques reprises. M’a fait oui oui. S’est encore plus caché. Souvent j’ai peur de partir de chez nous, parce que ça lui laisse l’occasion d’appeler sans culpabilité. Sept fois, l’autre week-end, j’ai vérifié sur l’afficheur. Sept fois, en trois jours.

Il se contrôle, pas, vous comprenez…

Donc, question de gestion, autant de ma vie personnelle et quotidienne, que de mon amitié pour lui, j’ai organisé une intervention. Deux, trois autres de ses meilleurs amis. Ses parents.

Me suis haï de lui faire ça, mais soit c’était ça… ou alors (mettons ça au pire) je le retrouvais dans la rue, ou victime d’une overdose, et seul à avoir connu son problème, seul qui « aurait pu agir », seul qui n’aurait donc rien fait pour son chum.

Il m’en veut. Il nous en veut tous, à ceux qui étaient là, mais surtout à moi.

Clamski me dit de ne pas m’en faire, que j’ai fait la bonne affaire. En tirant sur sa pipe, il me raconte une ou deux anecdotes qui ont rapport à ça, pour me faire comprendre je ne sais trop quoi… Je ne l’écoute pas.

J’appelle plutôt le livreur.

Un green steplait.

Un beaume sur ma vie.

Laisser parler les mots

mai 17, 2011

Mes fervents amis Facebook ou abonnés Twitter l’auront remarqué, dans les derniers jours, je me suis mis à la lecture d’un classique de la littérature linguistique, Le Degré zéro de l’Écriture, de Roland Barthes. Un peu comme le menuisier connaît son matériel, il est, à mon avis, nécessaire de connaître la linguistique pour s’exprimer comme du monde. En tout cas, de s’y intéresser. En tout cas, de savoir que ça existe. En tout cas.

Les gens qui me côtoient un minimum savent que la seule vraie spécialité que je vise, la seule que je voudrais ultimement maîtriser, c’est le langage.

Parce que généralement, je suis un généraliste. Ma rengaine c’est que je suis assez bon dans tout, mais génial dans rien. Que je suis capable de tout faire, à un niveau acceptable, quoique moyen. J’ai souvent vu ça comme mon drame personnel.

Mais avec le recul, je pense que le généraliste est nécessaire (je l’espère sincèrement), parce que c’est souvent lui qui fait le lien entre toutes les spécialités. Non ?

Quoi qu’il en soit, la linguistique est probablement la seule matière qui m’intéresserait assez pour que je me lance dans des études poussées, genre maîtrise, doctorat. Si ça vous blase, la linguistique, arrêtez de lire ici.

J’en reviens au degré zéro. Moi, je trippe. Je vous fais un petit résumé ici.

Barthes semble postuler que la sémiologie est partie intégrante de la linguistique, plutôt que l’inverse, comme l’avait supposé le grand linguiste (aux grands pieds haha) Ferdinand de Saussure. On lit entre les lignes qu’il y a dû y avoir une guéguerre sur le sujet et que Barthes s’est investi de la mission de prouver à tous que c’est lui qui a raison. C’est un universitaire, après tout.

En vrac :

Certes, objets, images, comportement peuvent signifier (…) mais ce n’est jamais de façon autonome ; tout système sémiologique se mêle de langage.

Là où il veut en venir, c’est que les objets, images et comportements dépendent d’un code qu’on doit connaître au départ pour comprendre et être compris : le langage.

Exemple simplissime : on sait ce que le signe « céder le passage » veut dire, mais pour quelqu’un qui ne le sait pas, le triangle à l’envers bordé de rouge ne signifie sans doute pas grand-chose.

Le Langage, lui, serait la Langue + la Parole – oui, Barthes est très algébrique dans ses explications linguistiques.

La langue est un contrat social,  qui fait qu’on arrive à communiquer en tant que groupe.

La parole, c’est l’usage qu’on fait (individuellement, cette fois) de la langue.

La multitude des paroles crée donc la langue – et ce sont elles qui la font évoluer. Mais les paroles dépendent aussi de la langue, parce que c’est la base du système qu’on utilise pour s’exprimer (et surtout, se faire comprendre).

Vous me suivez ? En clair, et dans les mots de Barthes : La Langue est le trésor déposé par la pratique de la Parole, dans les sujets appartenant à une même communauté. C’est beau, quand même.

Barthes postule, à priori, que la sémiologie est une partie de la linguistique. Il précise qu’il se contente de proposer, d’éclairer une terminologie, en souhaitant qu’elle permette d’introduire un ordre initial (même s’il est provisoire) dans la masse hétéroclite de faits signifiants. Mais comme tout est lié, relié (la langue est nécessaire à la parole et inversement, la sémiologie est nécessaire au langage et inversement), je ne parviens pas encore à voir comment il arrive à faire cette distinction.

Je n’en suis encore qu’à l’introduction ; c’est dense et difficile à digérer. De prime abord, je trouve qu’il tourne les coins ronds.

Mais, miam ! J’adore.

Je crains souvent…

mars 29, 2011

… que de ma masturbation intellectuelle, ne reste plus que le kleenex souillé du contentement. (Ah, c’est beau… ahem…)

Le contentement, c’est mal. En fait, le contentement, c’est le début de la paresse intellectuelle.

J’aime réfléchir. Mais j’ai peur d’arriver à une réponse. Et, par extension, de finir par avoir un avis définitif sur tout.

Faut me comprendre : depuis un an, j’occupe un poste de « contrôle-qualité » pour une chaîne de télévision. Le titre exact, c’est chargé de production, mais au final, c’est vraiment du QA : je m’assure que la production qu’on me propose soit à la hauteur de passer à la télé, sur notre chaîne et qu’elle respecte notre ligne éditoriale. En gros, je regarde les épisodes, et je les évalue à titre de premier spectateur, mais spectateur qui a, dans une certaine mesure, droit de regard sur le montage final. C’est certes être pris entre l’arbre qu’est ma chaîne et l’écorce que sont les boîtes de prod (et les égos qui viennent avec) dont les séries sont diffusées, ce qui n’est pas aisé – j’en ai vécu des choses en un an…

Mais reste que ma job, c’est de regarder la télé. Y a pire.

En plus de ça, je suis analyste de scénario, pour la Sodec, ce qui implique la lecture de bien des pages de scénario de long-métrage, ce qui implique de trouver des choses complètement aberrantes, et d’autres simplement géniales, mais toujours en me gardant dans la perspective que moi, j’en n’ai pas encore écrit, de long-métrage. Ça s’en vient, c’est pas comme si, mais là, physiquement, rien de concret.

Mais ce sont deux rôles qui m’obligent à analyser, à prendre des décisions qui influeront sur d’autres gens.

Oui, des décisions qui ont des conséquences sur quelqu’un d’autre que ce cher moi.

Qui suis-je donc pour juger, pourtant ? que je me demande à l’occasion. Bah, je n’en fais pas une maladie. J’ai été engagé et on m’a gardé toute l’année comme chargé de prod, et on semble très satisfait de mon boulot. On me rappelle après les dépôts pour demander ma contribution comme lecteur de scénario. Je suis apprécié, donc, puisque qu’on veut ma collaboration.

Non, ce qui me gêne, c’est justement la tournure que ça peut prendre dans ma vie, de dire « ça c’est bon » ou « ça c’est mal », suivant parfois une réflexion aboutie (parfois, oui), et d’autres fois un sentiment, instinctif, qui s’impose à moi, faute d’arguments meilleurs.

Ce qui me gêne, c’est d’en venir à un point où je juge sans remettre en contexte. Et qui fait que parfois, je peux certainement avoir tort.Ne serait-ce que parce que je feele pas.

C’est con, hein.

Évidemment, je me remets constamment souvent en question. Mais pour combien de temps encore ?

Clamski rigole. Pas la première fois que je lui en parle… Il me dit que je ne suis pas encore sur le point d’arrêter de me remettre en question, que je sais encore faire le cheminement qui mène à une décision éclairée.

– Crisse, regarde-toi aller, le temps que tu mets à décider quel sorte de café tu veux, quand on sort !

Ouais.

C’est rassurant… je suppose…

Je plains le columniste…

mars 22, 2011

… de métier – attention, j’ai pas dit communiste, c’est une nuance importante, même si le correcteur de wordpress ne semble pas vouloir la faire. Le columniste, c’est le professionnel de l’opinion. Laquelle ? La sienne. Qui devrait représenter les opinions de son lectorat, dans la belle théorie.

En pratique, on se le dit-tu qu’y a du monde qu’on lit pour les haïr ? Bref.

Le columnist professionnel, en plus de donner son opinion sur tout et n’importe quoi doit constamment renouveler ses sujets. Parce que bon, ça va peut-être mal au Japon, quand ça fait 5 jours, une semaine qu’on en parle, le public se tanne : c’est loin, sont bridés, pis ça fait assez longtemps qu’ils règnent sur les technologies de pointe et nous volent nos jobs, ça nous laissera le temps de les rattraper.

Non ? Non. Mais c’est un autre billet. J’ai des oreilles qui pigent malgré moi de ce type de conversations parfois… Ou un oeil horrifié qui lit sur les internets que c’est GodSentPaybackTimeforPearlHarbor. Whatever.

Le public se tanne, donc, et le columniste consciencieux doit pourtant écrire. Il tente de trouver un angle, un sujet. Il cherche : qu’est-ce qui me tient à coeur ? Une cause, un organisme ? Nan, trop plate. Qu’est-ce que Jean Charest a fait ? Nan, trop habituel. Qu’est-ce que je pourrais encenser ? Nan, j’ai fait le tour de ce que j’aime dans la vie, j’ai mes habitudes, pis chus ben content.

Je pense secrètement que Marie-Claude Lortie n’écrit pas sur la bouffe et les tendances par choix, mais bien par dépit…

D’autres diraient que c’est de la paresse de la part du chroniqueur, ou alors le fait d’être un arriviste arrivé. Moi je pense que c’est plus platement la routine qui finit par ronger tout le monde, quoi.

Tsé, si Groumph n’avait jamais inventé la roue, nos journées seraient pas mal moins routinières.

Alors là, le columniste a une idée : je vais écrire sur un grand fait de société qui me purge, me hérisse, contre quoi je pourrai m’insurger un bon coup, pis on en entendra plus parler – ça a fait ça avec le Japon, tsé… Mais ce qu’il oublie, c’est que dans ce monde où les sujets importants passent, bien d’autres columnistes cherchent des idées.

C’est comme ça qu’on crée un débat de société par icitte.

MATANTIFICATION. MADAMISATION. BONHOMISATION.

Non, je veux pas en parler, c’est pour mon personal branding. Ou mon Klout, c’est selon. Je veux juste l’écrire dans mon billet.

Non, en fait je voulais parler de hockey.

C’t’une joke.

J’ai joué au columniste et sous ses dehors d’analyse profonde, ce billet, avouez-le, ne vous apprend strictement rien…

Bah… au moins, vous l’avez lu. Toujours ça de gagné.

Du moins… pour moi, là.

Il s’agissait bien…

mars 8, 2011

de lui. Il avait eu l’occasion de voir son visage à plusieurs reprises.

Soit, c’était dans ses rêves, mais il était impossible qu’il se trompât: c’était bien l’homme. Pax retenait sa respiration depuis déjà quelques secondes. Quand il disparut de sa vue, il échappa un soupir : il n’avait pas été repéré. Il entreprit de se dépêtrer des vêtements du garde-robe où il se cachait et s’essuya le front du bras, fort conscient du cliché de son geste, mais son front coulait, comme s’il avait couru le marathon.

L’homme des rêves marchait désormais de l’autre côté de la rue. Pax eut du mal à dissimuler sa sortie du placard à ses collègues du ministère, mais se réconforta en pensant qu’il avait dû paraître encore plus ridicule quand il y était entré, pris de court par la présence de l’homme.

Il se demanda un instant pourquoi il s’était spontanément caché, le rêve de la nuit dernière étant déjà loin dans son esprit.

Ah ouais : dans ses rêves, cet homme le tuait à chaque fois de manière de plus en plus abominable… Quand ce n’était pas à coups de hache, c’était par dissolution dans un baril d’acide, ou encore par dissection sans anesthésie.

Un réflexe acceptable, en l’occurrence, la cachette.

Pax ne savait pas pourquoi il s’était mis à sa suite, cependant. Si jamais c’était effectivement un homme dangereux – une hypothèse que Pax n’envisageait pas réellement, mais qu’il prenait plaisir à cogiter – c’était d’une connerie à la limite de la folie. En traversant la rue, Pax se convainquit que sa curiosité était bien preuve d’intelligence, pourtant – mais évita bien de penser que la connerie, la folie et l’intelligence n’étaient pas mutuellement exclusives.

La ville respirait sous le manteau de la dernière tempête de neige de la saison ; elle respirait difficilement, s’entend, enrouée : les voiture avaient peine à avancer puisque ces sales cols bleus s’affairaient à regarder leur chèque de paye d’heures supplémentaires enfler plutôt qu’à avancer le déneigement.

Façon de parler.

Pax suivait l’homme de loin. Quand il le vit entrer chez un boucher, il fut pris de court. Il décida de ne pas l’y suivre et de patienter à l’extérieur, ne serait-ce qu’à cause de la présence des outils du boucher qui lui foutaient la trouille. Pas les outils en tant que tels, plus que l’utilisation que le tortionnaire de ses rêves aurait pu en faire.

Au bout d’un certain temps, Pax commença à s’avancer vers la boutique, curieux de ce qui s’y passait.

À la vue de la petite rigole de sang, qui coulait par la porte entrouverte, il s’arrêta. Il n’avait pas encore atteint la vitrine et n’avait aucun moyen de savoir ce qui s’y passait. Il n’entendait personne crier, cependant, et à moins que le boucher fut seul, il était un peu hâtif de supposer que l’homme avait dépecé de l’humain depuis son arrivée.

Pax jeta un oeil par la vitrine, pour se rassurer.

Il vit l’homme, le regard luisant, le chapeau de boucher sur la tête, en train de couper une grosse tranche de viande, dont le sang ruisselait sur le plancher.

Peut-être la tempête jouait-elle encore sur ses nerfs, mais Pax ne fit ni une ni deux : il entra dans le magasin, saisit la petite chaise près de la porte et de toute sa force de fonctionnaire à la santé publique, il la fracassa violemment sur la tête du boucher, qui tomba sur son couteau. Un filet de sang et un regard d’incompréhension glissèrent sur son visage.

Pax, satisfait sortit de la boutique, content de n’avoir pratiquement aucune trace de sang, sauf sur le doigt, mais elle pourrait aisément passer pour de l’encre rouge.

Dans ce m0nde où l’homme est un loup pour l’homme, se raisonnait-il, valait encore mieux prévenir que guérir.

On le retrouva rapidement, grâce aux empreintes de ses semelles. On l’emmena à l’asile. Il continua de rêver de l’homme. On lui trouva, ici aussi, un travail routinier et abrutissant.

Mais au moins, il n’avait plus à vivre dans le monde extérieur.

Je subis l’hiver…

février 4, 2011

… cette année. j’ai pris trop de choses, je pense.

non pas « pris », tant que j’ai décidé d’essayer-d’accomplir-trop-de-choses-pendant-une-période-de-l’année-où-je-suis-par-définition-moins-productif.

constat : si j’avais mis les traits d’union dès mon premier jet, je serais rendu plus loin dans ce billet.

comme je suis un tit peu linguiste sur les bords, j’ai eu l’idée, dans ce work-in-progress qu’est-ce billet (ah, ça va mieux en les mettant tout de suite, je le savais), de séparer tous les unités sémantiques de cette phrase unie et de les analyser pour vous. ben oui, on trouve son fun où on peut :

essayer : bon déjà, on voit que ça part un peu mal. je n’ai pas décidé d’accomplir quelque chose, mais bien décidé d’essayer. la confiance règne, hein.

d’accomplir : cette fois, le mot est un peu fort. ya rien d’accomplissant dans ce que je veux faire, hein. je travaille sur une chanson ou deux, sur un roman ou deux, et sur des synopsis de film. tous des projets personnels pour lesquels je n’ai pas vraiment de date limite.

trop de choses : jugement de valeur. qu’est-ce qui est trop, qu’est-ce qui est assez… à vrai dire, je pense que c’est pas si énorme que ça. mais je pense que mon timing est mal choisi. justement :

pendant une période de l’année : eh ouais. si j’avais fait ça à long terme, mettons. ben non ! ya fallu qu’on me parle de telle maison d’édition qui cherche tel type de roman jeunesse, qu’on s’intéresse à moi comme scénariste, et surtout que je me promette de faire une nouvelle chanson PENDANT que je travaille encore à temps plein, comme chargé de prod. bravo la vie et bravo moi pour tant de réalisme.

où je suis moins productif : oui. je bosse à la lumière, moi, scorpion ou pas.

par définition : ouain… c’est de trop, ça.

je ne me plains pas. je ne suis pas encore là où je voudrais, mais je pense que ça s’en vient. je pense. et où je suis actuellement, c’est pas mal.

De toute manière, Clamksi s’est habitué à me voir tergiverser tous les soirs devant mon document texte ou devant garageband.

à me voir étudier la façon d’écrire un scénario, sur tous les sites web possibles. je sais comment, faut pas confondre, mais ça me rassure de relire la technique quand même. c’est l’histoire qui sort pas. la quête du personnage, genre, que j’ai de la misère à identifier. plein d’idées de départ, d’univers. mais l’esti de quête.

à me voir soupirer devant le même paragraphe pendant 40 minutes sans savoir où se situe exactement le hic, ce qui marche juste pas. souvent, c’est la lâcheté d’effacer : ça beau être de la marde, c’est ton bébé.

pis ben, il m’écoute patiemment essayer de trouver la lick de guit qui fitte. ou de basse. ou les paroles.

il se marre. mais il a arrêté de se moquer. il trouve que je m’étale. je lui réponds qu’au moins, je suis assidu. et que si je finis par finir un de mes trois projet avant longtemps, j’vas être fier.

des fois ça compte.

On vous lit…

février 1, 2011

… avec Clamski, on passe en revue les internets, vos blogs. On les lit, rarement au complet, mais jamais en diagonale. Je m’installe sur mon ordi, et je l’entends respirer par-dessus mon épaule. Disons que je suis assez bien placé pour entendre ses exclamations. Des fois, il vous adule : « Quel prose, quelle audace, c’est pas toi qui écrirais de même ! »  D’autres fois, il se demande pourquoi vous avez ce point de vue, plutôt qu’un autre, pourquoi vous avez choisi tel angle pour aborder un sujet…

À vrai dire, tant que vous avez du style, de la répartie et que vous faites pas trop de fautes – eh ouais, il est comme ça, mon Clamski – j’entends surtout des petits rires amusés et du coin de l’oeil, je le vois hocher la tête en signe d’assentiment.

Mais hier, en cherchant une recette, je suis tombé sur un blogue de foodies…

Bon, déjà, les tendances, lui et moi sommes contre.

Bah au fond, j’ai rien contre Canada Goose comme tel. Suis certain que c’est chaud et, vrai, la coupe est belle. J’en ai contre les gens qui en portent parce que l’hiver dernier, tout le monde en avait, et qu’ils en ont acheté un aussi. Et que ça devient exponentiel. Et que 50 % des gens qu’on croise en hiver en portent. Un peu de diversité, que diable.

Ainsi, nous sommes contre les tendances. D’abord parce que elles sont l’impulsion de départ – élan de sociologie extrême – du conformisme, d’où découle l’exclusion des non-conformes. Vite dit, là.

Mais nous sommes aussi contre parce qu’elles sont souvent complètement, absolument, vides de sens.

Les foodies, donc… Oui, manger, c’est quand même une part importante de la vie. Oui, bien manger et se payer la traite font partie d’un régime (haha) de vie auquel j’adhère complètement. Je cherche des recettes sur internet, c’est dire que je dépasse les pâtes au ketchup que je me faisais y a dix ans.

Mais parler de bouffe, par écrit, quand on ne décrit pas une recette, c’est quoi sinon le comble de l’absurdité ?

Que quelqu’un ressente le besoin de me dire que le souper qu’il a fait hier était tellement bon, « Ah, j’ai telllllllement aimé cette recette que je ressens le besoin de la laisser refroidir pour parfaire la disposition dans l’assiette avant de la prendre en photo », ça, ça me dépasse.

Ben ouais, juste à pas les lire, ces blogs…

Mais c’est pas mon point : « Veux-tu un beau sujet de conversation qui risque pas de faire de chicane ? m’a lancé Clamski. Parle de bouffe »

Et ça y était, tout était dit.

Vacuité des propos, c’est ça qui pèse.

Ben ouais, juste à pas les lire…

Vieux stock…

janvier 26, 2011

…encore une fois. Ça me donne l’impression d’écrire, peut-être. Écrite… ya dix ans. Publiée ce soir sans retouche, sauf corrections des fautes. La première phrase, en italique, était imposée et tirée d’un bouquin dont j’ignore désormais le titre.

C’était soudain silence il n ‘y avait plus rien, rien que les craquements de la maison que j’habitais une fois l’an, l’été, près d’une forêt, sur les rives d’un lac calme qui chaque soir s’ensanglantait harmonieusement, c’était ma cousine, Emma (maigre, vêtue de ténèbres, le visage si blême), c’était elle que j’allais voir toute la saison, elle racontait que sa vie s’était dénaturée quand elle avait lu, pour la première fois un livre noir qui préconisait l’absorption régulière de fèces de bouc noir, je la trouvais folle, oui ils me croyaient tous folle au départ, mais ils ne disaient rien, ils me regardaient, craintifs, sauf Jean, qui chaque été devenait mon disciple, je sentais la puissance que j’accumulais sans cesse, j’entrevoyais les démons qui chuchotaient, qui me dictaient les actes à effectuer afin d’être accueillie dans la douce chaleur de l’enfer à ma mort que je souhaitais imminente, la vie ne me semblant être qu’une importunité y retardant mon accès, et je fuyais, tous les matin j’accueillais Jean au sortir de sa chambre savourant encore ma dernière rencontre avec l’incube de service, nous partions à bicyclette à travers le bois, invoquant les diables de la forêt, les rites incantatoires étaient dans mon bouquin et nous les suivions à la lettre, lui, mon disciple, fort impressionné par la langue inconnue que je parlais et moi, belle comme la nuit, qui ne me rappelait même plus ma langue maternelle, elle était trop forte, je renonçais à mon corps, à mes pensées personnelles et je devenais sien, la journée passait comme une seconde, une journée, une autre…  Sur le chemin du retour, nous provoquions un accident, nous pédalions dans le chemin des voitures qui, fort dérangées par notre apparition, finissaient toujours leur course au fond du ravin, le visage des conducteurs atrophiés de rage, ils griffaient l’air de leurs doigts, nous les collectionnions, les grosses, les petites, les bleues, les japonaises, c’était notre secret, nous pouvions utiliser les restes des conducteurs pour initier nos rites personnels, dès qu’il faisait noir, ma cousine me conduisait au village pour y tourmenter sa victime, une fillette, Emma mettait son visage blafard à la fenêtre, inventait un rictus apeurant, «inspiré du démon» me disait-elle et faisait hurler la petite, puis nous nous sauvions avant que le père ne vienne voir à l’extérieur ; un instant plus tard, il convaincait la môme que ce n’était que son imagination.

Peu de temps après, la môme sacrifia, à contrecoeur, ma cousine sur ses propres ordres…

Ya pas si longtemps…

janvier 25, 2011

…c’est-à-dire ya presque deux ans, j’ai participé au concours Le Dernier Mot, de l’émission Vous m’en lirez tant, à la première chaîne de Radio-Canada.  En gros, il fallait écrire chaque semaine des texte de 200 mots environ sur un thème imposé (j’avais fini deuxième, si ça vous intéresse). Je vous en copie un sur lequel je viens de retomber et que j’aime pas mal. Eh ouais, en gros, je vous refile du vieux stock – c’est pas la première fois, et ça ne sera pas la dernière…

Le thème, ici : composer une pub pour un produit quelconque. Ça allait comme suit…

Produit de luxe

Maintenant que vous possédez la montre qui va avec votre compte en Suisse ;

Que votre femme fleure bon le numéro cinq de Coco,

Que vos enfants roulent en BM décapotable, du cégep à l’aéroport, où les attendent leurs sièges première classe, direction Ibiza ;

Et que votre chien a ses rendez-vous manucure pour les trois prochaines années…

…vous vous demandez ce que vous pourriez bien faire avec ce petit boni à la performance qui vient de tomber du ciel ? Nous avons la solution !

Vous avez besoin de Rien ! Le summum du luxe, la panacée du dépensier bref, le cadeau idéal pour ceux qui ont déjà tout… et qui souhaitent encore dépenser. Les grands de ce monde savent qu’ils doivent miser sur Rien pour leur apporter la tranquillité d’esprit en ces temps moroses. Ne soyez donc pas à la traîne : procurez-vous tout de suite un petit Rien tout neuf ! – aussi offerts, le moyen et le gros Rien.

Tout ce que vous avez à faire, c’est vous rendre sur notre site internet, nous donner votre numéro de carte de crédit, et vous obtiendrez Rien, pour quelques paiements faciles de… trois fois Rien… faites le calcul, vous pouvez vous le permettre…

Soyez tendance, achetez… Rien !

Disponible jusqu’à épuisement des stocks…

« Assurément…

janvier 24, 2011

…pensa Richard Malouin, pendant qu’on le traînait contre son gré dans la fine neige qui venait de tomber, assurément, quelqu’un m’en veut. »

Il souffrait en silence. Mais il n’allait pas pleurer, crier ou supplier, au risque de faire plaisir à cet être moche, puant, et fort probablement arabe.

« Monsieur ? » le hêla-t-il. Il s’en voulut aussitôt d’être si poli avec une telle brute, mais se jurait de se reprendre dès qu’il aurait retrouvé l’avantage. Ce qui n’allait pas tarder à se produire.

Richard Malouin retrouvait toujours l’avantage.

Il en avait fait le slogan de la firme : « Parce que nous avons l’avantage ».

Pour toute réponse, un violent coup de tennis, abimées et mouillées, lui écrasa le nez.

– Ta gueule, vermine !

Outré, Richard Malouin se raidit, ce qui lui valut de souffrir un peu plus. Le trottoir n’était pas si loin sous la neige et la surface rugueuse accentuait l’eczéma qui commençait déjà à apparaître sur son dos. Malgré cela, il ne put s’empêcher de rire en disant :

– C’est moi que vous appelez « vermine » ?

L’homme s’arrêta un moment. Richard Malouin pensa pouvoir en profiter pour discuter, entre hommes civilisés.

Quelle ne fut pas sa déception d’ouvrir la bouche à l’instant précis où l’inconnu lui cracha au visage. L’homme recommença à le traîner si brusquement qu’il s’assomma et perdit connaissance.

À son réveil, l’homme le trainait dans une ruelle. Le trottoir sous la neige avait fait place à l’asphalte à gros grain et faisait souffrir Richard Malouin d’autant plus.

Peu après, attaché à cette chaise droite et raide, en bois, dans un garage humide et mal chauffé, tout ce qu’il voulait, c’était une explication. Cette pensée « qu’il y avait un sens à tout ça » le gardait alerte. Il avait fait bien des choses répréhensibles et le temps était venu pour lui de se faire réprimander. Mais il tenait à savoir pourquoi.

L’homme lui coupa les orteils, un par un. Richard Malouin ne put s’empêcher de crier, mais était en même temps en train se demander qui était cet homme. Que lui voulait-il ? Pourquoi s’en prenait-il à lui ? Certes, Richard Malouin avait des ennemis. Partout. Dans son pays comme à l’étranger, ça allait de soi…

L’homme fit de même, méthodiquement, avec ses doigts. Richard Malouin pensa curieusement qu’il ne pourrait plus lire le journal, le matin… Il cria encore, mais avec moins de force.

Quand l’homme lui enfonça les yeux dans ses orbites, de ses pouces, Richard Malouin décida que le journal était une moindre perte. Il se mordit la langue et la trancha de ses dents. Il toussa et ses sens ne répondirent plus dès lors.

Sauf peut-être le toucher.

De toute façon, quand il sentit une lame passer tout le long de ses jambes, puis de son bras, puis de son torse et comprit finalement que l’homme était en train de le peler vif, Richard Malouin ne pouvait plus crier. Du sang lui coulait le long de l’oesophage et il pensa qu’il mourrait probablement étouffé.

Cet homme était-il le fils d’un ancien employé qu’il avait congédié sans préavis, du temps que c’était permis ? Ou alors le frère de ce suicidé qu’il avait lui-même encouragé, quand il était venu le trouver en pleurs dans son bureau ? Ou bien le père de la petite, celle de la semaine passée ?

Quand il sentit la vie l’abandonner, Richard Malouin ne savait toujours pas pourquoi cet homme lui en voulait tant.

Dans le fond…

janvier 12, 2011

ce dont on a peur, c’est de finir tout seul. On a tous l’exemple du vieux ou de la vieille qui finit sa vie, seul dans sa maison, portant le calvaire de simplement continuer à vivre… pour rien, hein. Quand c’est maladie, par-dessus ennui, multiplié par l’isolement…

On envie tous les p’tits vieux qui vieillissent à deux aussi.

Mon grand-père est mort, dimanche.

Je me prends à le dire aux gens. À m’en attrister ouvertement. Curieux. Pour moi, les grands-parents étaient depuis longtemps casés comme « Parents de mes parents ». Ceux que mes parents aiment ou détestent, mais qui n’avaient qu’un lien filial ténu, finalement, avec moi. Je prenais de leurs nouvelles par mes parents, qui leur donnaient des miennes. Et on était bien content de se voir (je devrais insister sur le mot « voir ») aux fêtes.

Certains compatissent beaucoup. (Trop ?) C’est gentil, mais je ne sais pas trop comment le prendre. C’est quand même pas mon père; c’est le père de mon père.

D’autres s’en foutent. Je pense que ça vient du fait qu’eux les ont probablement perdus bien avant, plus jeunes. Et qu’ils n’ont pas réellement eu le temps de s’attacher. Bah.

Je prendrais parfois un peu plus de compassion de certains chums. Pis d’autres fois, je me dis que je dois bien leur rendre, leur insensibilité, parfois.

Tout ça pour dire…

L’enterrement se fait dans deux semaines. Pourquoi ? Parce que ma grand-mère, sa femme, a été hospitalisée. Pneumonie. Elle a dit que c’était « trop tôt », de l’enterrer ce week-end.

Elle est en forme, un peu alzheimer, rien de grave encore.

J’ai la drôle d’impression qu’elle a envie de ne pas finir seule.

Et qu’elle planifie aller rejoindre son homme.

Clamski s’étonne : elle ne peut pas faire ça. Je lui réponds que c’est très facile de s’abandonner à la maladie. Compte tenu des circonstances.

Il me conseille d’au moins en parler à mon père. Pour le faire taire, ce trop compatissant, je lui promets que je vais.

Mais je me demande encore.

Rennes 2010 – sur un banc du Thabor

janvier 1, 2011

À chaque retour, c’est la même chose. Je laisse mes pieds me guider. Je crois avoir, quelque part en moi, un tracé bien précis qui demande à mon inconscient de le parcourir.

À chaque coin de rue, je sais – tout en ne le sachant pas, ou plus – sur quoi je vais tomber : tel commerce, tel café, tel parc, telle place de marché, tel appartement où on m’a fait la grâce d’une pipe imprévue…

Parfois ça a changé. Mais rarement pour le pire. Rennes bouge. Rennes est la deuxième « ville dynamique » de France, dixit wikipedia.

J’y ai habité en deux, voire trois temps.

Une première fois, un an. Voir l’Auberge espagnole, de Klapisch. Et multiplier par 3.

Un deuxième séjour, juste avant de me pousser en Allemagne. Un petit, si petit mais si long mois. Voir l’Auberge espagnole de Klapisch. Et condenser en quatre semaines.

Puis une troisième fois, à la fin de mon mandat en Allemagne. Plus ou moins une semaine.

C’est con, des larmes me viennent aux yeux en entrant au Champion.

C’est con : des larmes me viennent aux yeux en me rendant compte que le Champion n’est plus le Champion, que c’est la marque Carrefour qui l’a racheté, et qu’on l’a réaménagé.

Mais ce ne sont pas les mêmes larmes qu’à Gotha, ma ville allemande, où je suis retourné l’an passé. Gotha, c’est là où j’ai fini par quitter l’adolescence tardive, l’adulescence assumée. Il y a eu un schisme entre le moi d’avant Gotha, et le moi d’après. J’y pleurais ma vie d’adulte trop bien entamée.

Rennes, c’est autre chose. À Rennes, je me suis formé. Certains font ça à l’adolescence, ou au cégep. Moi, il m’a fallu une année Erasmus en Bretagne. Mais ce ne sont pas les mêmes larmes qui me montent aux yeux, ne serait-ce que parce que je porte en moi cette espèce de foi stupide que la ville s’en sort très bien sans moi. Ce sont des larmes de nostalgie, mêlée d’affection et de manque. Comme on pleure sur une ex.

Je n’y étais pas revenu depuis 3 ans.

3 ANS.

Et à chaque fois, cette impression double que c’est la dernière fois que j’y mets les pieds (je dois donc tout revoir, pèlerinage obligé, viscéral)  mais aussi que je devrais tout lâcher au Québec et venir m’y installer.

Mes pieds avancent et je redécouvre la ville que je connaissais si bien, qu’eux semblent encore connaître. Je ne fais que me laisser porter.

Allez. Clamski m’a fait promettre de l’appeler dès mon arrivée, mais je n’ai pas pu m’empêcher de marcher ma ville d’adoption. Il est de nature inquiète. Ce con. Comme s’il pouvait m’arriver quoi que ce soit de mal, à Rennes…

Je dois aussi voir tous ceux à qui j’impose ma présence à chaque fois. On sais jamais, si c’était la dernière…

Je me pousse.

Squatter sa vie…

décembre 12, 2010

Éric a quarante ans. Il est beau, et ça lui sert. Il est brillant, et ça lui sert. Il est intéressant, autant pour les femmes, que pour les entreprises qui recherchent son type de profil. Pourtant, Éric va de contrats en contrats, de remplacements de congé de maternité, en contrats de travail autonome. Il butine, d’une entreprise à l’autre, emmagasinant les expériences, comme d’autres les conquêtes – mais il ne faut pas se méprendre, il compte nombre de conquêtes à son actif, quelques demandes en mariages, un peu moins de fiançailles, mais aucun mariage, faut pas virer fou, quand même – il accumule les expériences, donc, mais dans tellement de domaines différents, qu’au bout du compte, sa crédibilité en prend un coup.

Mais ça, il ne le réalise pas.

Éric est nouveau propriétaire. Mais il n’a pas encore mis son condo à sa main. Il ne « l’habite » pas encore. Il n’a pas repeint les murs blancs en une couleur qui irait sans doute mieux avec ses meubles, meubles tous différents, tous récupérés pour pas cher et qui ne s’agencent pas ensemble, pas une minute, dirait sa mère. Non, il a bien organisé la place, l’espace, mais c’est surtout afin de faciliter la circulation dans son appart. Ce n’est pas encore « chez lui ». Il n’a pas le temps. Trop occupé à devenir un héros du web 2.0 (pas plus que d’autres), un gamer (beaucoup moins que d’autres), à avoir un band (sa gueule et sa voix vont bien avec les mélodies déjà entendues qu’il pense créer), une blonde qui attend patiemment qu’il la demande en mariage (pour avoir des enfants, il faut être marié) et à fumer du pot, aussi souvent que faire se peut, en autant que ça ne nuise pas à sa vie professionnelle.

Amoureuse, à la rigueur, mais professionnelle… c’est pas professionnel, justement.

Bref, Éric cherche à se réaliser. Enfin, c’est ce qu’il pense. Mais au fond, il n’habite pas vraiment sa vie. Il vogue d’expériences en expériences, comme si l’accumulation était le but. Pourtant, il est athée et ne veut des enfants que quand il en parle – jamais il ne se laisserait aller à en faire à sa blonde, qu’il pense quitter incessamment, parce que bon, 4 ans, c’est assez, à notre époque…

Mais alors, à qui serviront ses expériences, si ce n’est pas à ses enfants ou à lui-même, à son arrivée au paradis (je caricature). Mais ne lui demandons pas d’être conséquent. Il a ses problèmes.

Moi, j’y ai jamais dit, à Éric, mais c’est une grande crainte que j’ai, de finir comme lui. De pas avoir été en mesure de t’approprier ta vie. Déjà, je trouve qu’elle ne m’appartient pas encore assez actuellement, alors à son âge…

Mais je ne lui dirai pas, et je continuerai à acheter son pot. C’est pas un ami, Éric. C’est une relation d’affaires. Comme beaucoup trop de gens autour de moi.

Clamski ? Clamski, il squatte la mienne, de vie. La sienne est finie depuis longtemps, dixit lui-même.

J’avais…

novembre 19, 2010

16 ans, c’était l’été. Le soleil me dévorait la peau qui, à mes yeux, n’était jamais assez foncée. Je m’efforçais, tout en me protégeant un minimum, d’acquérir le teint tendance d’une quelconque star hollywoodienne tendance elle aussi.

Allongé sur la pelouse, je fermais les yeux et laissait le soleil dessiner d’étranges formes teintées de bleu, de rouge, de mauve, sur mes paupières. Rien ne me tentait ; à vrai dire, tout m’indifférait. Je n’avais pas encore acquis cette faculté – cette misère, devrais-je dire – qu’est la notion du temps qui passe. Qui court.

Le léger vent caressait mon corps, qui se rappelait alors l’instant d’avant l’orgasme – orgasme que je n’avais encore connu qu’en solitaire et dont je n’entrevoyais ainsi encore qu’à moitié la puissance et l’emprise qu’il pouvait (et pourrait) avoir sur moi.

J’étais seul et, de cela aussi, je m’en foutais.  De vrais amis, des compagnons de vie, au sens large du terme, je n’en avais pas. Et si quelques-uns de ces gars (hou… pas de fille, jamais de fille…) auraient pu devenir de vrais amis, la vie elle-même se chargea de nous éloigner, de nous faire étrangers de nouveau. Et c’est pas Facebook qui a amélioré la situation.

(Je ne trouvai de véritables amis qu’à partir de mes 20 ans. Ce qui m’attriste, avec le recul, c’est que mon goût du voyage, de l’éloignement me les fit perdre, ces gens d’avant ma découverte de la joie d’entretenir des amitiés.)

Au soleil, donc, et seul, je me répétais les paroles de ma chanson préférée, à une époque où n’étaient bonnes que les chansons anglophones, sauf Charlebois, parce que mon père l’avait dit. Au fond, j’avais raison : la nature rythmée des chansons qui excitaient ma rébellion naïve de l’époque ne se prêtait pas aux textes qui allaient me déchirer par la suite (merci Brel et Ferré…). Mais à l’époque, tout était bon OU mauvais, blanc OU noir ; pas d’entre-deux.

Le gris de l’existence ne nous apparait que plus tard dans toute sa platitude.

Je devais en être au troisième couplet quand, enfin, l’heure qui avançait se fit sentir. C’était mercredi, et les mercredis, j’avais la collecte à faire. Granby, La Voix de l’Est. J’avais cet emploi de camelot depuis quelques années, mais c’était le premier été où quitter mon inoccupation pour aller chercher l’argent qui m’était dû me dérangeait. Me faisait chier. Car si le fait de me lever tôt tous les matins de l’année ne m’avait jamais dérangé, j’anticipais désormais les mercredis soirs.

Les deux heures que je devais consacrer à aller chez les gens me paraissaient une éternité. Peut-être ma gêne d’ado au coeur de sa puberté boutonneuse y était-elle pour quelque chose – c’était pourtant dérisoire de penser que ces gens qui, pour la plupart me connaissaient déjà depuis longtemps, et m’appréciaient, se moqueraient – sans doute étais-je devenu paresseux.

Je ne voyais pas l’argent que j’aurais quand je rentrerais à la maison, les poches pleines ; non, je voyais le chien d’un tel qui aboierait après mon coup de sonnette, après moi, et qui tenterait de défendre son maître contre l’intrus hebdomadaire qu’il ne reconnaissait jamais, ce con ; je voyais le vieil homme qui m’ouvrait grand la porte, tout en laissant sciemment le film porno qu’il regardait jouer à la télé, si bien que je devais le regarder le temps qu’il aille chercher mon argent – ce n’est que bien plus tard que j’ai compris qu’il appuyait peut-être carrément sur play quand je sonnais, histoire de satisfaire son étrange perversion ; je voyais cet homme qui ne me payait pas plusieurs semaines consécutives et qui arguait qu’il m’avait payé la semaine précédente… Nous devions alors régler le cas « à l’amiable » et j’y perdais toujours, c’est le cas de le dire, au change.

Je voyais cette jeune mère, belle, mais belle, qui s’amusait probablement de l’érection qu’elle provoquait chez le jeune camelot.

C’est toujours le même problème qui me ronge, aujourd’hui. La finalité m’est étrangère. Je ne la vois pas : je ne vois que les problèmes que j’allais avoir, avant d’y arriver.

Les problèmes que j’aurai certainement, ceux que j’aurai sans doute, les problèmes possibles, et même que je m’en invente d’autres.

Cet après-midi là, j’en inventai suffisamment pour me convaincre que je ne survivrais pas. Je fis, pour ainsi dire, la collecte buissonnière.  Je sautai sur mon vélo, et j’allai me promener n’importe où. Près du lac. Sur le pont Mountain. Dans le parc Victoria. N’importe où sauf dans les rues où j’étais attendu. J’irais le lendemain, la semaine suivante, jamais, n’importe quand, sauf maintenant.

Mes parents m’interrogeraient à mon retour. Ils me demanderaient – parce qu’ils auraient eu des appels inquiets de mes clients –  pourquoi je n’avais pas respecté l’entente tacite qui me liait à eux, de les collecter, ce jour-là de la semaine. Je leur répondrais… rien. Pas de vos affaires, que j’allais répondre.

J’ai toujours eu une vision biaisée de l’argent. J’en avais, je ne m’en souciais donc pas ; en même temps, je me contentais toujours de ce que j’avais.

Il faut dire qu’avec ces 60 $ par semaine, j’étais riche, à 16 ans. J’étais libre.

Clamski verse une larme ironique. Ça m’apprendra à me confier à lui.

– Fait que le vieux pervers, qu’est-ce qu’y est devenu ?

Clamski, bâtard…

Blah…

novembre 7, 2010

C’est tout ce qui me vient, ces temps-ci.

Une espèce d’expression de dégoût, mêlée à la peur du quotidien qui avance inexorablement vers l’avant, vers le temps de ta mort, mon vieux, car oui, tu mourras et peut-être que tout ça n’aura servi à rien, que tu n’auras servi à rien. Et c’est ça qui te peine. Non ?

C’est l’automne, peut-être, qui s’acharne sur toi avec sa moiteur froide, son odeur de terre remuée, d’épandage à grande échelle quand tu traverses les champ montérégiens pour te rendre dans la famille.

C’est ta famille, peut-être, avec les dérives de la maladie du grand-père, qui ont fait que lui et ta grand-mère nouvellement alzheimer – mais bien consciente de l’être, c’est sans doute le pire – doivent aller vivre dans un foyer de vieux, et que leur maison, anciennement la leur, est déjà en vente et ta grand-mère dépérit, ne réalisant pas trop pourquoi elle doit partir, elle qui n’a toujours vécu que sur cette rue, toute sa vie et qui n’a jamais connu que ce tranquille voisinage granbyen, avant de faire construire avec son nouveau mari, cette maison juste à côté de celle de sa mère…

C’est peut-être le job où tu perds, pour ainsi dire, du temps parce que tu ne travailles pas sur tes projets personnels.

C’est peut-être le fait que tu sais très bien que sans ce job, tu procrastinerais à outrance, sans pour autant avancer tes projets personnels.

C’est peut-être l’angoisse qui t’habite, dès que tu ouvres un document word.

C’est peut-être l’anniversaire de tes 31 ans qui arrive trop vite.

C’est peut-être les pubs et décos de Noël déjà sorties.

C’est peut-être le manque de luminosité.

C’est peut-être des super émissions comme J’ai la mémoire qui tourne, qui te rendent nostalgique d’une époque que t’as pas connue.

Ya tellement de choses qui sont possibles, conclut Clamski, mais une seule est certaine : plus tu t’enfermes, plus tu deviens pathétique, mon pauvre ami, de par tes incessantes complaintes.

Et Clamski de couper la corde où j’avais glissé mon cou, avant de me sacrer une claque sur la gueule.

-Prends sur toi, pis vis, asti. Vis.

Ok, ok…

Elle dormait…

septembre 22, 2010

profondément. Sa respiration s’appesantissait de plus en plus chaque nuit, pourtant sans qu’elle semble s’en porter mal. Je mis ma main sur son front cireux. Je sentais à peine le contraste de température avec l’intérieur de ma main.

Je la couvais depuis maintenant 3 semaines. Quand j’avais vu l’ambulance devant la maison, je m’étais approché, anxieux. Autour du véhicule, la foule se rassemblait, tout en gardant la distance de circonstance dans ces cas-là, celle qui sert à « laisser travailler les paramédics » et aussi à éviter de trop se sentir concerné. Les spectateurs (car c’en étaient) discutaient, tentaient de savoir ce qui s’était passé.

– Une chute dans l’escalier, lança l’un.

– Avec toutes ces contusions, c’est la seule explication, avait répondu une dame.

Je remontai son bras une dernière fois, puis le déposai sur le lit. Je n’avais aucune notion d’infirmerie, mais je pus aisément m’acquitter de ma tâche, après qu’on me l’eut montré. Et, je faisais tout pour que mon horaire n’entre pas en contradiction avec l’administration de ses médicaments et les étirements nécessaires chaque jour à un maintient raisonnable de sa forme physique de comateuse. Tout.

J’étais entré avec elle dans l’habitacle, sans même attendre l’accord des ambulanciers, manquant de me frapper la tête dans l’énervement ; j’avais posé ma main sur sa nuque tiède puis les ambulanciers m’avaient demandé de me retirer un instant, en m’assurant qu’il me permettrait de m’approcher une fois les premiers soins donnés.

J’allai me faire un café. La nuit serait longue, le temps frais et la solitude implacable. Je ne dormais plus. Mais cela ne m’importait plus. J’attendais son réveil. De toute façon, ma tournée de nettoyage nocturne comptait aussi son immeuble sur ma liste. Je m’arrangeais donc pour terminer ici et me retrouvais dans son appartement au matin.

À l’urgence, j’avais demandé des nouvelles. Toute la nuit – j’avais manqué mon quart de travail – j’étais resté devant le bloc opératoire où on s’affairait à ce qu’au moins une partie d’elle résiste assez pour que la vie continue de vivre en ses cellules. Verdict, elle vivrait. On avait demandé si j’étais de la famille ; je n’avais pu le prouver, mais faute de mieux, on m’autorisa à la veiller, puis à la ramener chez elle et on me chargea des soins à domicile. Comateuse, son état ne se dégraderait pas, si on prenait soin d’elle. Mieux, elle risquait de réémerger. Un jour.

Je la guettais, donc. Toute la journée. Toute la nuit, je ne pensais qu’à elle, qu’à la retrouver au petit matin.

Je l’avais déçu et je voulais me reprendre.

– Tu es une mauviette, Henri, m’avait-elle dit la dernière fois que je l’avais vue éveillée. Tu n’as pas le cran de dire aux gens ce que tu penses. Moi, si. Jamais je ne sortirais avec un technicien de surface, aussi pompeux soit le titre. Tiens, c’est dit.

Cette fois, je n’y manquerais pas. Cette seconde chance m’avait sauvé d’une autre humiliation. En restant en vie, elle m’avait donné la chance de m’occuper d’elle.

J’avais délibérément ciré son parquet, juste devant l’escalier. C’était un acte lâche.

Cette fois, j’attendais son réveil.

J’allais la regarder dans les yeux

J’allais la regarder dans les yeux en lui enfonçant un couteau dans le ventre.

Blasé…

septembre 9, 2010

… de toutes ces inepties, des filles qui se vendent comme des célibataires endurcies et vantent leur vie de couchette et leurs envies de sauter sur tout ce qui bouge, sur leur blogue, sur twitter, à la télé ou peu importe.

En fait, non, ce bout-là, j’en ai rien à foutre. Elles vivent leur vie comme elles veulent.

Mais j’ai eu une conversation récemment avec Sandy, une amie qui ne l’est plus à cause de ladite conversation, et, ce qui venait après :

« Je vis ma vie comme je veux, je suis épanouie et je me fais sauter autant que je veux »

c’était:

« Je m’ennuie et je veux un gars dans ma vie ».

Après quelques années de ce régime – je suis patient, quand même – c’est pendant ce qui allait devenir notre ultime conversation que je n’ai plus su me contenir.

« Sandy, que je lui ai dit, en la regardant dans les yeux, je te méprise. »

Elle a ouvert de grands yeux. Me sondait pour voir si j’étais sérieux.

« M’en vais te le dire, le secret pour te trouver un chum, fille : arrête d’agir comme une pétasse. »

Un éclair dans ses yeux. Sandy a voulu me gifler, l’espace d’un instant, mais j’ai poursuivi sur ma lancée et elle a comme figé.

« Primo, c’est pas dans un bar, soûle comme trois que tu vas trouver le grand amour ; deuzio, la vie c’est pas Sex and the City, et passé 30 ans, tu n’as plus le quart du charisme sexuel ni du contrôle sur ta vie sexuelle qu’on veut bien te le faire croire et ter…

-Ben voyons, je chasse, moi, c’est moi qui le trouve le gars, c’est moi qui le choisit et qui le traîne dans mon lit, se défend Sandy, qui voyait là une façon de me remettre à ma place.

Car évidemment, la femme « chasse », désormais.

-Right…que je réponds.

« Encore quelque chose qu’on te fait croire, fille. Voyons donc. Voir si un gars normalement constitué va refuser de coucher avec une fille qui lui fait savoir ses intentions. À part si elle est vraiment repoussante ou si une plus belle lui a fait une meilleure offre plus tôt, mets-toi ça dans tête ma Sandy, ya pas de chasse ici.

Ya un gars qui gagne à la loterie. Point barre.

Et tertio, ton rêve de trouver un homme distingué, classy, qui te tiendrait la porte avant de te faire jouir sur le plancher du salon, tu peux l’oublier tout de suite. Ce monde-là est casé depuis un hostie de boutte – t’as trente ans, ta chance est passée depuis au moins 5 ans – avec des filles qui ont eu la présence d’esprit de faire leurs conneries de jeunesse quand elles étaient jeunes.

Ça fait que refais-toi, sinon une virginité, au moins une réputation, si tu es sérieuse dans ta démarche de rentrer dans le rang des gens qui vivent en couple. Ou arrête de me faire chier avec tes histoires.

-…

-Une clope ? que je lui ai offert, en signe de paix.

-Fuck you !

Elle s’est levé, a rassemblé ses affaires en vitesse, s’est rhabillée, m’a montré son cul et ses seins, et m’a dit, littéralement « Fais-toi une image mentale, tu les verras plus jamais ceux-là ! »

J’ai haussé les épaules. « Ceux-là ou d’autres… Des filles comme toi, Sandy, qui se croient libérées sexuellement, mais qui ne font que servir la société de consommation où on vit, il va encore y en avoir. Tant que je vais bander, je vais en trouver. Fait que… »

Elle est partie en claquant la porte.

Clamski est arrivé, m’a reproché mon manque de tact après que je lui ai expliqué de quoi il retournait, mais m’a quand même demandé son numéro de téléphone.

Le monde est fait pour les profiteurs. Aussi ben profiter, tsais.

 

À force de…

juillet 30, 2010

mesurer mon acharnement à ne rien faire de concret, nonobstant ce blogue et l’utilisation de mots trop intelligents pour moi, j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes et de lire.

Je regarde ma phrase ci-dessus, et ça pourrait avoir l’air un peu passif. Mais non : la lecture, c’est l’insuline de l’écrivain. Si, évidemment, on compare l’écriture à une maladie et que cette maladie est le diabète. Mais vous me suivez…

Beigbeder, je t’aime. Voilà, c’est dit.

Je suis de gauche…

juillet 25, 2010

… vous le savez peut-être. Pour moi, l’ordre de la vie est simple : tu vis ta vie, en harmonie avec les autres, dans un univers de vivre, certes, mais surtout de laisser vivre.

Dit comme ça, ce n’est pas spécialement « de gauche » comme point de vue. Mais si on y ajoute que je suis prêt, et volontiers, à laisser une grosse partie de ma paye à l’état pour m’assurer d’avoir des services sociaux – et m’assurer que les autres en aient, c’est un point important – je crois que c’est là où la divergence de point de vue commence entre les gens de droite et ceux de gauche. Prêts à payer pour les autres ou pas.

J’ai eu cette semaine quelques discussions animées avec des gens de la droite dite « Jeff Fillion », qu’on peut aussi appeler la droite radio x ou la droite libertarienne (liberté, je crie ton nom). Parce que j’ai parlé avec le gourou lui-même en personne sur twitter. Enfin, parlé, c’est vite dit. Au bout de quelques tweets (on parle ici de 140 caractères…) il a cessé le débat, sentant sans doute que je l’avais un peu sorti de sa zone de confort et que ses réponses ne pourraient pas me boucher aussi facilement qu’il l’espérait.

De là, de ses disciples sont venus débattre rageusement pour soutenir leur maître, leur gourou.

J’ai donc pu faire un portrait robot du mec de droite (c’est drôle, je ne me figure pas une fille de droite, de quoi ça peut avoir l’air… Manifestez-vous, mesdames… ou pas, non laissez-moi plutôt rêver que ça n’existe pas) :

*Habite en région (ville de Québec incluse, bien entendu, désolé gang)

*Croit en la liberté (mais n’est pas prêt à payer pour la cause) et à la loi de la jungle et utilise souvent l’expression « au plus fort la poche ».

*Aime bien se comparer à un loup. Doit donc porter des gilets de loup (le portrait se précise, non ?)

*N’est pas prêt à payer pour rien, au fond. Ben, en tout cas si ça ne lui apporte pas quelque chose personnellement.

*Rêve des States et veut que sa descendance parle anglais – un peu cave, à leur place, je leur apprendrais le chinois, mais c’est un autre débat…

*Utilise « gauchiste », « intello », « communiste », « séparatisse », « artisse » comme des insultes.

*Soutient l’armée (ou, comme ils disent, « supporte les troupes ») : ben la seule chose pourquoi ils sont prêts à payer. Une autre contradiction, parce que qui dit armée, dit pays et donc état. Et à quoi sert l’état, dans la théorie de droite déjà ? Ah ouais…

*Défend Maxime Bernier envers et contre tout. Fouille-moi pourquoi.

*Sont faciles à battre dans un débat intellectuel. Franchement, ça pue, comment ils pensent…

C’est à cet instant que Clamski me sacre une grand’ claque derrière la tête. De qu’est-cé, Clamski, qu’est-ce que j’ai encore dit ?

– Tu ne peux pas te permettre de les prendre pour des cons, me lâche-t-il, en secouant la tête, faiblement. Il inspire, difficilement. Il vient se placer devant moi, en chancelant.

Mais il est soûl, mon Clamski. Si tôt en journée ?

– Déjà que tu dises qu’ils portent des gilets de loups, c’est limite, mais de dire que ça pue comment ils pensent… T’es vraiment cave !

Il me pointe de sa pipe.

– C’est vrai, que je dis, en rigolant, j’ai connu des Nazis très aimables… Voyons, la survie de l’espèce, c’est ça le but de l’humain. Pas la loi du plus fort.

Il me contourne à nouveau, avant qu’une autre retentissante claque retontisse derrière ma tête. Je vous ai déjà dit à quel point Clamski est costaud ? Ben dites-vous que quand il a bu, et qu’il se met en colère, il a l’air deux fois plus gros…

– Et c’est justement là que tu fonces tête baissée dans le piège des Jeff Fillion et Maxime Bernier de ce monde, dit-il enfin. Les intello de gauche, ceux qui utilisent des arguments abstraits (car c’est bien ce qui dérangent les gens qui ne sont pas habitués à débattre, c’est l’abstraction) et qui sont, c’est vraiment le mot, condescendants avec le monde de droite, c’est là qu’ils se tirent dans le pieds. Le monde de la gauche caviar, ou, au Québec, de la clique du plateau, c’est ces gens-là qui font que le discours de gauche perd du terrain. Personne aime se faire mettre le nez dans son caca, particulièrement au Québec, je dirais. Alors quand quelqu’un de gauche parle des conneries de la droite, au lieu de tenter des les analyser honnêtement, c’est ce que ça donne.

– Mais la droite… c’est chacun pour soi, point final. On vit en société, merde.

– Mais peux-tu comprendre que le gars qui se met en veston cravate le matin pour aller travailler à sa job chez Avis location de voitures, peux-tu comprendre que quand il voit « des esti de BS », il soit en maudit ?

– Je suppose.

– Faut arrêter la condescendance. La gauche ne fonctionne pas actuellement au Québec, bicoze la corruption, bicoze les deux gros partis sont soit de centre droite (libéral), soit de gauche-droite qui s’entredéchire (PQ). Et bicoze les vrais partis de droite ou de gauche sont encore marginaux. En attendant, il faut se parler. Parce que sinon…

Il s’effondre. Son coup d’éclat finit, il ronfle paisiblement sur le plancher de la salle à manger.

Clamski, je pense que tu as raison, pour une fois. Mais c’est peut-être aussi parce que quand tu as bu, j’ai encore plus peur de toi.

J’ai rencontré Jean-Guy…

juillet 10, 2010

à 18 ans. Je travaillais dans un théâtre et on avait eu, cet été-là, besoin d’un technicien de scène. Je crois qu’une technicalité du type « on a besoin de ce technicien pour la moitié du show seulement » avait fait en sorte que l’adolescent placier que j’étais coûtait moins cher que l’embauche d’un tech supplémentaire.

Rien à dire de mon côté : on augmentait mon salaire, et moi, j’allais aider à faire les changements de décors entre les scènes. J’avais toutes les raisons d’accepter. Dude, le théâtre !

Grâce à ma job, j’en avais vu des pièces, mais pour la première fois, j’entrais en coulisses. Pour la première fois, je cotoyais des comédiens, des vrais et non pas des wannabes prétentieux qui faisaient français théâtre à la poly. Et parmi ces vrais comédiens, il y avait Jean-Guy.

Il habitait à Ottawa. Il faisait souvent des blagues, en disant qu’il n’était là que parce que le producteur du spectacle avait été en mesure d’obtenir des exemptions d’impôts pour avoir engagé un artiste d’une autre région ou quelque chose du genre. Et rapidement, on s’était lié d’amitié. J’étais jeune et intéressé. Il était comédien et intéressant et ses présences limitées sur scène aidant, nous avions eu tout le loisir de parler ensemble. Il m’écoutait, me trouvait donc brillant et flattait donc mon égo de teenager qui parle avec un vieux. Et qui finit par trouver le vieux ben cool, au fond !

Au milieu de la saison, Louisette (oui oui, celle à qui tu penses) me prend à part et après une discussion, lâche enfin : « C’est pas facile pour les gays de l’âge de Jean-Guy de se caser. » En insistant, sobrement, sur le mot gay.

1 + 1 : il avait un kick sur moi.

L’intervention de Louisette  remettait un peu les pendules à l’heure. Je suis certain que Jean-Guy ne m’aurait jamais même dit la chose lui-même.

Après que je me fus posé la question un minimum – c’est la première fois que j’avais à dealer avec l’homosexualité, petit gars de Granby, jamais sorti de la ville sans mes parents – j’ai décidé que ça ne changeait rien.

On a donc gardé contact, on s’est vus souvent et on est devenus de solides amis.

Il m’a encouragé à faire du théâtre, il m’a donné des cours de diction, m’a raconté lors de soirées bien arrosées les conneries qu’il avait pu faire, pendant qu’il travaillait à Winnipeg, tout ce qu’il avait fait comme théâtre avec le Cercle Molière de la même ville, puis son retour vers l’est et son travail à la SRC à Ottawa. Moi, je l’écoutais, surtout, comme je sais le faire, comme un neveu pour son oncle vieillissant au départ, comme un égal vers la fin, en fumant ses clopes indiennes, en mangeant sa tarte au caramel (excellent chef, Jean-Guy) ou racontant ce qu’il voulait savoir, le temps d’une question qu’il me posait, avant de se relancer sur une autre histoire…

Côté santé, cependant, ça allait pas fort. Infarctus, puis pace-maker. Maladie des poumons, mais fumait pareil. Problèmes dans les jambes, puis chaise roulante. Vente de maison pour appartement, vente de voiture parce que s’en servait plus, et ça devait faire trois ans qu’il n’était pas sorti de l’appart, à part pour ses visites médicales. Côté moral, j’avais vu mieux. Il parlait souvent de la pilule de cyanure qu’il gardait, « en cas ».

Mais les fois où je lui parlais, ça allait toujours : il se chicanait désormais avec son alter-ego, Jean, qui était devenu son homme à tout faire, par la force des choses (besoin d’argent pour Jean, besoin d’aide pour Jean-Guy), mais surtout son ami.

Je l’ai même vu en mars dernier. Jean était là. Bon gars, avenant et les deux se disputaient mon attention, Jean-Guy se fâchait, puis s’en voulait et ça recommençait. Mais au moins je le savais entouré et aidé.

C’est pour ça, peut-être, que je ne m’en faisais pas plus que ça, que je ne prenais plus de nouvelles aussi souvent qu’avant. Mon téléphone mensuel s’est mué en téléphone aux trois mois. Occupé par ma job, par ma vie urbaine, ma vie de couple, mes amis d’ici… Je savais que, de toute façon, il avait quelqu’un sur qui compter.

C’est donc Jean qui l’a trouvé, le 1er juillet, mort, près de la table de sa cuisine.

Je peux pas m’empêcher de me demander si je l’avais appelé ce jour-là….

Si c’est la maladie ou le cyanure, quoi. Une dépression est si vite arrivée.

Clamski met la main sur mon épaule. Avant qu’il parle. je dis :

– Je sais, c’est la faute de personne.

– C’est vrai. Les gens vieillissent puis meurent. Pis après tu les vois plus.

Il hésite, avant de ne rien ajouter.

Je suis pas du type « j’aurais donc dû ».

Mais je suis du type à apprendre de mes erreurs.

Des amis, ça part vite.

Ils disent que pour écrire…

juin 7, 2010

faut aller chercher le méchant, racler le fond de nos méandres et garder le pire qu’on puisse y trouver. nos angoisses, nos peurs, nos fantasmes – on parle pas de Gin tonic et concombre, là mais d’un bouquin sérieux…

Bon, ils disent, je sais pas qui, non plus, mais j’ai lu ou entendu ça. Le problème, en tout cas de mon côté, c’est que j’arrive pas à y rester dans le profond de mon fond ; pas compliqué, mes peurs me font peur. Le pire, c’est que ça m’intéresse.

Par exemple, je suis allé chez un pote, récemment ; il avait besoin d’une voix off pour son film et c’est quand même dans mes cordes. Il me fait écouter celle qu’il a faite au départ (en italien). C’est bon. Ya un rythme, un flot, mon oreille s’y attarde un moment. Ok, ça rentre….

-Pis pour le jeu, que je lui demande, comment tu veux ça ?

-Pense à quelque chose qui te déçoit. Par rapport à ton père.

-Quelque chose de mon père qui me déçoit ?

-Soit ça, soit l’inverse. Quelque chose pourquoi ton père serait déçu de toi. Tu me suis ?

-Ouaip !

Et de sauter à pieds joints là-dedans, sans filet. Ça m’intéresse, que je disais.

Pas facile, d’aller là (voyez comment je me censure ici…). La première prise, pas évidente, j’avais pas encore mis le doigt dessus. Mais la deuxième prise, aoutch. Disciple de Stanislawski, j’ai fini par trouver ce qu’il fallait que je ‘rappelle’ pour m’emmener où il fallait. Mais vraiment, aoutch.

C’est se retrouver seul devant soi-même. Et en sortir ce qui nous dégoûte le plus. Ce qui nous révulse. Ce qui nous donne envie de nous tirer une balle, mais qui, une maudite chance, reste caché. C’est l’endroit que la morale nous supplie d’éviter, pour la raison bien égoïste qu’elle ne saurait pas nous faire oublier ce qu’on y a vu. Même si, à toutes fins pratiques, rien de ce qu’on y trouve ne sera probablement jamais actualisé, pour parler en termes d’université (Laval, pour ceux que ça intéresse). En clair, les conneries que j’y vois, je ne vais pas les faire.

En tout vas, je crois pas. J’espère. Tsais…

Et, bien pire : même quand on émerge, on y reste pris un bon moment. M’a pris deux heures, ressortir de mon minding de voix off.

Je sais que je suis un écrivain du mal, du sale, de la déprime. Et que si je ne me laisse pas visiter ces zones, je vais finir auteur de livres plates pour enfants, juste parce que je vais me forcer à finir un livre plate que je vais avoir trouvé plate pendant que je vais l’écrire. Et j’en n’écrirai qu’un seul, probablement. Genre un bouquin pour dire, bon, c’est fait.

-Un écrivain du mal, du sale et de la déprime… fait la voix de Clamski juste à côté. Je me répète sûrement, mais tu te prends pas pour de la marde. Pis ya des bons livres pour enfants, tu sauras.

-J’ai pas dit le contraire. Mais, Clamski, mon vieux, si ya une chose que je sais, c’est le genre d’écrits que je suis capable de commettre.

Je suis aussi surpris que lui de l’aplomb de ma phrase. Pas méchant : j’étais convaincu.

C’est un peu pour ça que j’écris pas ces temps-ci. Un peu pour ça et un peu par paresse. Mettons que j’écrive deux heures par jours, quand est-ce que je peux prendre le temps de me sortir de l’état d’esprit que j’aurais atteint pour la chose ? Je bosse, je rentre à 18h… Si j’écrivais jusqu’à 20h, je serais plus du monde. Tous les soirs de la semaine. Duh…

-Ta blonde va avoir du fun avec toi…

Ah, ça…

Mémoire vive…

juin 2, 2010

d’un week-end arrosé…

Ça s’est passé en-dessous d’un pont. Je rampais dans la bouette. J’avais bu mon quota de bières canadians, mais j’avais rendu quelques pintes, j’allais donc un peu mieux que quinze minutes plus tôt, quand Clamski avait dû me tirer de force hors de la route sur la frontière ontarienne où on marchait, comme deux colons, et où j’agitais mes parties à tout rompre, encore plus ardemment quand c’était pour les chars de police.

– 200 points de plus pour les chars de la awrseaempea, m’amusais-je à crier.

Téka, ça c’est Clamski qui le dit.

Il était plutôt avancé lui-même, mais avait su conserver toute sa superbe (je me fie encore sur lui pour cette partie de l’histoire) et après deux ou trois bonnes taloches, constatant ma collaboration plus que limitée, il m’avait sacré la tête à l’eau, me retenant par les pieds, ce qui m’a éventuellement obligé à me redresser dans un hoquet bref et douloureux.

– Flurgh ! avais-je lâché, en me redressant subitement, les poumons pleins d’eau de la voie d’eau en question.

Pour encore me retrouver la gueule à l’eau, les dorsaux trop peu habitués à travailler. Clamski m’avait enfin tiré hors de l’eau, une main sur une jambe, l’autre dans le dos de ma chemise, prenant soin que je m’érafle le ventre bien comme il faut dans la garnotte de rivage.

– Réveille ! s’est-il exclamé.

Je suis venu pour lui répondre, mais je me la suis fermée, bicoze je venais de réaliser que j’avais dessoulé ; je commençais un peu trop à reprendre mes esprits à mon goût, alors, au lieu de parler, j’ai allongé la main vers la caisse de bière.

Clac ! a fait celle de Clamski sur mon bras.

– Attends ! m’a-t-il fortement chuchoté – ça peut sembler contradictoire, mais vous essaierez, ça marche – on n’est pas tout seul.

« Cool, de la compagnie » ont été les premiers mots qui me sont venus en tête.

Hébété, j’ai tourné la tête vers son doigt, puis vers la direction qu’il me pointait. Trois gros grands gras gars s’avançaient vers nous. Des gars du type dont les Hell’s Angels ne s’approchent pas trop près.

Parce qu’ils en ont peur, genre. Ils auraient été de la FTQ-Construction sur la Côte-Nord que ça m’aurait pas étonné.

« Tabarnak… » a été le mot qui a succédé aux autres.

Les goons arrivaient, l’air porcin et pas trop malin, trop heureux de voir une couple de gars avec une caisse de bière. On les a invités à se servir, sans trop qu’ils aient à nous prier. Au bout d’un moment, j’ai réalisé à qui on avait affaire.

« Pas malins », c’est vraiment le mot clé. Gros gars, trop nounours pour l’état avancé de votre serviteur. Je me suis mis à les niaiser, mais tsé quand on niaise quelqu’un qui sait pas qu’on le niaise, tsé quand on veut juste faire rire son complice dans sa barbe, genre dîner de cons ?

C’était ça.

Mais Clamski est pas de même, lui, fait que je me suis retrouvé à rire tout seul. Comme un con, quoi.

Pire, Clamski a retourné la situation à l’avantage des armoires à glace de bûcherons et ils se sont tous mis à me niaiser.

J’en n’ai pas pleuré, là, mais j’ai crissement fermé ma yeule égale.

Clamski a vraiment le respect de l’être humain inscrit dans les gènes.

J’essaye de m’inspirer de lui.

La majorité silencieuse…

mai 30, 2010

se contrecrisse de ben des affaires. Tant que sa famille, sa job et son terrain vont bien, la majorité silencieuse s’entête à se taire. Elle ne se plaint pas, parce que sans raison de se plaindre. Et elle parle de météo, plutôt que de risquer ce fragile équilibre.

Ce qui en arrange une bonne gang.

Ça les arrange, parce que le monde de cette gang-là connaissent aussi l’expression « qui ne dit mot consent ».

On pourrait croire que dans cette ère participative, comme qui disent, c’est de plus en plus faux.

Or, osez un blog, ayez des commentaires négatifs et résistez à l’envie de les censurer, yienk pour ouère.

En contrepartie, en télé, il y a une règle non-écrite qui affirme qu’une seule plainte d’auditeur correspond à 1000 auditeurs qui ont aussi vu un problème avec l’émission en question. On ne le dit pas souvent, ça. Mais vos plaintes, vos récriminations, vos demandes sont prises en compte.

Remarquez, ça doit dépendre du réseau.

N’empêche, c’est à savoir.

Où j’allais avec tout ça, moi…? Ah oui : j’allais vous parler de l’Autre Saint-Jean…

J’allais dire que bon la St-Jean, le fait français tout ça, que fêtez avec tout le monde ne veut pas dire se renier soi-même, que la bien-pensance qui court me pèse, vraiment,  alouette…

Mais finalement, rien à foutre. Je m’aligne avec la majorité pour cette fois. Allez l’écouter, votre groupe préféré, même s’il chante en nainegliche, gens qui trippent musique… même si c’est la St-Jean.

Duh.

Diviser pour régner, disait l’autre. Ça non plus, je sais pas trop où je m’en vais avec ça.

Décidément, quand Clamski est pas là, mes idées dansent un peu trop, là…

Même Clamski s’y est laissé prendre…

mai 23, 2010

C’est vrai : lui, qui vient de l’autre bord, le hockey, c’était pas son sport. Disons qu’il n’avait pas vraiment le loisir d’avoir des loisirs à l’époque.

Enfin, c’est ce qu’il dit.

Moi, des échos que j’en ai eu, l’autre bord du rideau, c’était pas la mort. Même qu’on s’y plaisait bien.

Enfin, c’est c’qui disent.

La liberté est un mot bien trop grand pour qui n’a pas eu à se battre pour l’obtenir.

Ça, c’est moi qui ‘l dis.

Clamski, donc, s’est laissé prendre à la fièvre du hockey. Il a trippé quand le CH a battu les Caps, jubilé quand il a battu les méchants pingouins (il dit que Crosby a du talent, mais qu’il a trop la face d’un stéréotype canadian et ça l’énerve)

Parenthèse : d’ailleurs, n’y a-t-il pas plus stéréotype canadian que Crosby et la fille qui joue Kate dans Lost ? si j’étais quelqu’un avec ben du pognon, me semble que je ferais kek chose avec eux autres…

Contre les Flyers, c’était dans la poche. Il a survécu aux deux premiers matchs et a pleuré de joie au troisième. Le quatrième, c’était la faute à l’après-midi. Mais je voyais bien dans ses yeux, la lueur qui s’était éteinte. Pour Clamski, jamais il va l’admettre parce qu’il déteste le côté bipolaire des québécois, mais chez lui aussi, ça a fini par faire son chemin. Peut-être qu’on la gagnera pas cette année. Pas grave, au fond. On s’est rendu assez loin. Une finale d’association, faisait 17 ans qu’on s’était pas rendu là.

Même moi, dans mon coeur de ti-cul qui jouait au hockey dans rue, 15h30 à 18h, tous les soirs d’hiver après l’école, de tout petit à 17 ans… Même moi, qui croyait aveuglément à Roy et à Naslund, pis à Carbonneau… Même moi, j’aurais hâte que ça finisse, là. Qu’ils gagnent ou qu’ils perdent, mais que l’asti de pression du partisan s’efface enfin.

Et aussi parce qu’on finit par manquer de temps.

Clamski ne l’avouera jamais, parce que pour lui, la saison de hockey est une métaphore de la vie (ben ouais, c’est ça…), mais il est tanné aussi de ne plus avoir le temps de s’occuper du jardin, qui à ce moment de l’année (au moins depuis 17 ans) est habituellement déjà lancé.

« Je vais planter quand on va les avoir plantés » lance-t-il quand je lui pose la question. Il parle des Flyers.

C’est cool, Clamski. Je respecte ça, même si perso, j’en peux plus…

C’est pas parce que je n’écris pas…

avril 23, 2010

…qu’il ne se passe rien d’intéressant.

Je parle pas de moi. J’aime pas trop parler de moi, parce que depuis quelque temps, tout ce que j’aurais à partager, c’est un certain positivisme, mêlé de fierté, ce qui me fait évidemment un peu honte. Alors je me tais, même si Clamski m’encourage à me la faire aller… Peut-être m’englue-je dans cet état de zombie que je me suis  si souvent plu à décrier.

J’aime mieux penser que non – la faute à ce positivisme, nouveau ou retrouvé, c’est égal : rien ne peut m’atteindre dernièrement.

Bon, rien est un bien grand mot. Ya encore des choses qui me blasent. Constructions, enquête publique (mais pas pour la construction), volcan et cies aériennes qui perdent de l’argent (les pooooovres), Labeaume et son Rapaille (si c’est bien son vrai nom), la guéguerre Mtl-Qc en général…

Mettons tout de suite de quoi au clair : j’habite Montréal, mais je n’en viens pas. Je viens d’une banlieue éloignée, disons. J’ai connu Sherbrooke avant Montréal, bien avant. J’ai aussi habité Québec, trois ans. Bien avant d’habiter Montréal. Je n’ai pas d’opinion sur les gens de Québec, mis à part que je soupçonne la présence dans l’air ou dans l’eau de quelque chose qui diffère d’ailleurs.  Tout ce que j’ai à dire là-dessus : vivement une nouvelle équipe de hockey, qu’on se tape sur la gueule virilement et non à coup de plumes de journalistes trendy vs langue d’animateurs de radio-poubelle.

…les séries et le CH (qui, dans la défaite, ne fait pas trop dûr, au moins), échangeur et guéguerre Ville de Mtl et Gvt du Qc (on n’en sort pas) ; ça me tire bien quelques sacres par-ci, quelques soupirs par-là… J’aurais, du moins en théorie, bien des choses sur lesquelles fesser. Mais on dirait que je m’absorbe plutôt dans la contemplation ces temps-ci.

Le printemps, me dit Clamski. C’est ça qui te rend dissipé, car c’est ce que tu es, au fond, et pas contemplatif comme tu te complais à le dire, tout de suite les beaux mots… En tout cas, ajoute-t-il avec un sourire narquois, moi, le printemps m’atteint et je ne suis pas assez vaniteux pour penser que je suis le seul à être touché.

Aoutch, Clamski.

Ça se peut que le bourgeonnement de décolletés soit une explication à mon état, autant que les jambes toujours plus longues, les strings toujours plus haut, et les jeans, aux tailles toujours plus basses.

Peux pas dire que j’haïsse ça, non plus.

-Moi non plus, rétorque Clamski. Moi non plus… Check la chick !

Je t’aime ben, mais t’es cave, Clamski.

C’est même pas un affront…

mars 1, 2010

c’est de l’indifférence, me dit Clamski.

D’une certaine façon, c’est pire…

Nous étions occupés à tenter de foutre le bordel à Vancouver, après cette victoire finale, qui consacrait enfin les Canadians comme les plus meilleurs médaillés d’or, meilleurs qu’eux-mêmes en tout cas, au cours de toutes les olympiades précédentes. Je dis bien, on tentait, parce qu’ils sont civilisés, ces BCiens. Dire que chez nous, n’importe quel festival de la crevette est digne de provoquer des émeutes, ici, une médaille d’or olympique et même pas une vitrine de brisée.

C’est pas vrai, il y a eu des émeutes d’anarchistes ya deux semaines. Mais, eux, ils zémeutaient pour d’obscures raisons, contre les olympiques, contre le capitalisme, maudite gang de fouteurs de bordel.

Nous autres, on  a patiemment attendu que Crosby marque le dernier but. Puis on s’est levés, on a enfilé nos cagoules. Le monde dans le McDo a un peu figé, mais on est parti avant qu’ils commencent à penser. Dans un McDo, ce moment-là peut durer, donc on était tranquilles.

Mon chum, qui avait refusé d’aller au McDo – « c’est dégueu, sti de resto de clown » – finissait son Subway © dans le pick-up. Il a démarré en nous voyant, puis on est monté, à la recherche du gros trouble sale. Histoire de venger Kevin Parent, un peu, de casser de l’Anglâ, un peu, mais surtout d’essayer notre nouveau joujou qu’on a appris à monter sur internet. C’est ben souelle, faut voir l’amanchure : une espèce de tube en métal, fait pour tirer des patates.

Les jeunes s’ennuient en campagne…

On a pensé à mettre autre chose que des patates, un temps, mais les roches entraient pas dans le tuyau. Après on a cherché de quoi d’assez dérangeant, voire salissant, mais même la mèche de la bouteille molotov de Clamski s’est éteinte quand on a fait nos tests.

On a demandé notre chemin à une femme enceinte qui passait par là ; sont fins, le monde ici. Elle a pas trop tiqué en voyant nos cagoules, mais quand mon chum lui a demandé si elle avait le goût de monter, on l’a trouvée ben snob dans son refus.

Pis nous voilà, ici à la sortie de la cérémonie. Mon chum s’est endormi, Clamski fume sa pipe, puis moi, je fixe les portes, le lance-patate entre les jambes. Je me sens comme quand ils m’ont reporté, sur chatroulette. Même sentiment de puissance teinté d’anonymat et d’aléatoire dans le choix de la victime.

C’est là que Clamski m’a dit ça. C’est même pas un affront, c’est de l’indifférence.

– Ouain, pis ?

– Sont à 3000 km de chez-nous, ils font des jeux ici, où les francos sont surtout Français ou Belges, minoritaires, et où ils savent même pas qu’à l’est de l’est, c’est encore le même pays, parce qu’ils sont tous nés en Asie, et qu’on leur a même pas dit, avant ni après leur arrivée, que le pays serait supposément bilingue.

Toujours le mot convaincant, mon Clamski. On fait quoi, là ?

– On fout le camp.

Bordel. Je réveille mon chum d’un coup de pied. Je monte dans le pick-up, m’enfile une redbull, encore.

Je sais plus de quel côté révolutionner.

Road trip pour nowhere…

février 27, 2010

Je me bats souvent pour le français. Parfois, juste en paroles en l’air, plus rarement en actes…

Z’auriez dû me voir, y a 3 mois, aux douanes canadiennes à Toronto, en train d’exiger de me faire parler en français, de faire semblant que l’anglophile que je suis ne pouvait improviser deux mots de suite en Nainegliche. Quand la douanière m’a (j’exagère à peine) menacé de devoir me faire attendre, le temps qu’elle ait été chercher une collègue qui spoke French, j’ai vite calculé que mon transfert ne m’attendrait sans doute pas aussi longtemps, et j’ai abandonné. I gave in. En me disant qu’à PETwoudeuo, on n’aurait jamais pensé, pas un seul instant envisagé engager un unilingue français.

À Paris non plus, s’empresse de me susurrer le petit André Pratte sur mon épaule gauche. Choure, André, choure. Marre des arguments fédés qui tiennent la route. On est le ghetto français d’Amérique, comme la Floride est le ghetto hispano de l’Amérique au nord du Mexique. Et, à Miami, le service est en bilingue, comme à Montréal.

Je me bats, donc, souvent, pour la langue française. Mais souvent, les mots ne viennent qu’en anglais.

– Road trip, tu dis ça comment, en français, Clamski ?

– Sais pas… C’est toi le francophone.

– Fuck…  Pourquoi je le sais pas ? que je demande, plus à moi qu’à lui.

– Tu l’as jamais appris.

J’ai ouvert la fenêtre, prendre l’air au lieu de m’emporter contre Clamski. C’est son tour de conduire. Il va lentement, les Prairies sont longues, et les Jeux finissent bientôt. Je respire longuement. Non, rien ne vient, aucune idée. Bon, peut-être qu’on n’a pas besoin de savoir comment ça s’appelle pour en faire un.

Normalement, je demanderais à ma Française de blonde. Elle sait toujours.

« Comment tu dirais ça, road trip en français de France, Française de blonde ?

Euh, qu’elle hésiterait, une… escapade sauvage ? Ou encore, on dirait road trip… »

Ouais, probablement que ça serait road trip en France aussi.

– Pourquoi on me l’a jamais appris ? que je demande, innocemment.

– Vous avez peur de cette vieille langue qui vous a jamais apporté que des soucis, je suppose.

– Moi, peur du français ? je m’étouffe, presque.

– J’ai connu un immigrant, tu sais.  Pas moi, précise Clamski, candidement. Il lisait des bouquins en français et se faisait son propre lexique de mots, qu’il révisait chaque soir. Un gars des pays de l’est qui parle encore avec son accent, mais qui sait tous les noms de tous les objets qui l’entourent.

– Moi aussi, tsais…

– Non. Tu me parles, tu dis « des affaires, des choses », mais rarement tu emploies le vrai mot.

Je viens pour répondre quand il ajoute :

– C’est pas complètement de votre faute : vous vivez dans une société traduite. Une société qui n’est pas pensée dans votre langue maternelle, mais traduite par des gens probablement compétents, qui ne font sans doute pas de fautes, mais qui ne font que traduire cette Amérique. Que vous aviez pourtant fondé… Mais peur, oui. Honte, même, vous en avez honte.

Je m’enfile un redbull-jägermeister, histoire de rester réveillé. Bientôt à moi de conduire.

– On arrive quand ?

C’est une pause…

février 24, 2010

boulot que je m’étais accordée. Pause « trouver du boulot ». C’est maintenant chose faite. J’ai longuement hésité, mais quand le choix a été fait (nan, il s’est carrément imposé, dude, ne confonds pas), quand je me suis laissé aller à croire que j’avais fait un choix, la job m’est tombée dessus. Je l’ai prise. Un vrai salaire, une vraie équipe de travail (avec des collègues, oui oui !), temporaire, certes, mais c’est bien ce que je voulais, sinon j’aurais postulé pour le même poste, mais permanent, qui était aussi offert. Donc le contentement est au rendez-vous.

En plus, je vais écrire , me promis-je comme toujours vers 9h du matin ; enfin, j’aurai l’occasion d’écrire pendant tout ce temps que j’aurai à ma disposition avant de commencer mon contrat.

Mais il semble qu’on apprécie mes capacité d’analyse et je me suis fait donner de la lecture. Juste huit scénarios. L’histoire d’une dizaine de jours tout au plus, si je m’y mets sérieusement.

Le sérieux et la discipline ne faisant plus partie de mon vocabulaire personnel (lire : de travailleur autonome) depuis l’université, va savoir pourquoi, je piétine depuis deux jours. Je retarde. Je lis. J’apprécie (ou pas, souvent pas). J’ouvre le traitement de texte et l’analyse du film que j’ai déjà faite qui se rapproche le plus de celle que je m’apprête à faire. Puis le vide. Puis le blanc. Parce que c’est un cercle vicieux. Le temps que je perds là, que ça me dit, dans ma tête (je serais freudien, j’aurais un terme pour définir qui parle, mais c’est polka), je ne l’ai plus pour autre chose.

En clair, le temps que j’aurai à consacrer à mon « art » – tu sais, cette espèce d’avilissement qu’on a en soi et qu’on tient à partager, ce machin qu’il faut du temps pour nommer, déjà, et réaliser, surtout – s’amincit à vue d’oeil. Justement parce que je pense à lui.

Oui, mais tu fais de l’argent, me lance Clamski, me demandant du même souffle le loyer de mars.

C’est pas le problème. Je commence à me poser sérieusement la question de ma capacité à faire avancer mes propres projets, si l’urgence n’est pas là. Non. Pas l’urgence. En fait, si, l’urgence, mais cette urgence créatrice ne vient pas n’importe quand. Et c’est la peur de ne pas être disponible quand elle viendra qui me castre. Je le sais que c’est con. Je le sais, mais c’est viscéral.

Pourtant le temps que je ne passe pas avec mon « art » (les guillemets sont de moi), rapporte bien plus. En terme d’argent, là.

Dans ma vie solitaire de travailleur autonome qui bosse surtout sur les projets des autres, parce que c’est comme ça qu’on apprend, je sais comment envisager la chose. Mais quand c’est pour moi… Je suis comme gêné, critique, censeur, et je perds l’amusement que j’avais senti début vingtaine quand j’avais compris que je pouvais faire ça.

Je me sens comme le Québec. Je suis son reflet, en gros. J’accepte de m’endormir, avec l’espoir absurde que plus tard, j’aurai le temps.

– Tu te prends pas pour de la merde…

Va chier, Clamski.

J’ai lu cette semaine…

janvier 26, 2010

… et ça m’a choqué, j’ai lu quelque part, sur un blogue quelconque, non, ça ne me revient pas, j’ai lu que le Québec, au fond, c’est un ghetto. Si vous êtes moitié aussi réactif que je puis l’être parfois, vous auriez eu raison d’avaler votre café de travers vouzitou. Mais, quand on y pense, est-ce si fou ?

Ghetto, sur wiki : […] Par extension, le terme s’est appliqué à partir du début du XXe siècle à tout quartier dans lequel se concentre une minorité ethnique, culturelle, ou religieuse, en général défavorisée.

Si l’on remplace le mot « quartier » par « province »…

Ah ben ouais… Un ghetto…

Les ceusses qui risent…

décembre 23, 2009

… de nous autres. Il y en a une bonne gang. On pourrait parler des banques. On pourrait parler de la mairie mafieuse de la 2e ville francophone (ahem) du monde, 2e ville en importance du plusse meilleur (re-ahem) pays du monde. On pourrait aussi parler du gouvernement. Mais ça, ça reviendrait à parler des banques, il faut bien se l’avouer.

Mais à plus petite échelle, parce que dans les petits pots, les meilleures magouilles, je préfère parler de la société des transports. Qui on le notera, est un organe de la ville, qui est un organe du gouvernement, qui est un organe des banques…Passons.

Par définition, un service de transport collectif est censé aider ceux qui n’ont pas de voiture à se déplacer en ville. On prend souvent pour acquis que les gens qui les utilisent, c’est les pauvres.

Un pauvre, c’est quoi ? m’interrompt Clamski.

Un pauvre, c’est celui qui n’a pas assez d’argent, que je tente comme réponse. Il me regarde en levant un sourcil ; il n’est pas satisfait. Pas assez d’argent pour consommer, que j’ajoute. Son visage s’éclaire. J’ai le droit d’enchaîner.

Censé, donc, assurer le transport du pauvre d’un lieu A de la ville au lieu B. Mais quel pauvre a les moyens de payer 70 $ par mois ? Qui peut continuer à payer une carte mensuelle qui a passé de 50 à 70 $ en 5 ans ? Alors que…

Clamski ne peut s’empêcher d’éclater de rire. Je me tourne vers lui, bien décidé à défendre mon point de vue : de qu’est-cé ? Il calme son fou-rire, a un dernier hoquet, et secoue la tête, en tirant sur sa pipe : c’est ça, ta diatribe quotidienne ? Le prix que les pauvres auront désormais à payer pour prendre le métro ?

Ben oui…  Apparemment, il pensait que je déconnais. Il arbore désormais un air découragé.

Le prix, c’est la pointe de l’iceberg, mon tit-pit ! Quand Clamski m’appelle son tit-pit, c’est qu’il se prépare à me faire la morale.

Déjà, continue-t-il, ya longtemps qu’un pauvre ne peut plus prendre le métro dans cette ville. C’est pas le 20 piastres d’augmentation en 5 ans qui va y changer quoi que ce soit. Ensuite, ils te font payer quoi ? Un métro bondé, un autobus qui passe si ça adonne pendant qu’y en a 4 qui passe dans l’autre sens ? Ou encore, les nouveaux policiers wannabe mais dégradés qui t’inspectent – la société des transports n’ayant avertit qu’un mois avant – qui donnent des tickets de 250 $ si t’as pas payé ton titre de transport ou si tu l’as plus sur toi…

En passant, si on compte comme il faut, les 20 000 contraventions données, ça doit à peine suffire à payer le salaire de ces nouveaux employés…

Ah ! je l’ai : la nouvelle carte à puce, dont on avait tant besoin ! Pourquoi, donc ? Pour améliorer le service ? Juste pour le kick de passer à l’ère numérico-électronique ? Ça marchait si mal que ça, la carte magnétique ?

Là-dessus, je réplique : tu exagères, mon Clamski. Ya pourri et pourri. Tu voudrais dire que la société augmente ses tarifs… pour rien ?

As-tu vu une amélioration des services, toi, depuis le temps que tu l’utilises, son métro ?

Vieux con.

Toute cette violence…

décembre 22, 2009

qu’on porte en nous…

J’écoute toujours, le matin au saut du lit, non plus la radio-canadienne allusion au sexe « C’est bien meilleur le matin » (sans tomber dans les détails, chus ben tanné), mais plutôt l’émission « whatever son nom, ya Pérusse qui y joue » à Énergie… (euh NRJ, pardon) Comme j’ai la tête dans la cambouille au moins jusqu’à 6h13 quand je me lève, ça me donne un bon six minutes à écouter les inepties et le rire insignifiant de l’autre taré, avant d’avoir le plaisir simple du Pérusse du jour – et de refermer la radio, bien entendu. Ce matin, nos sympathiques animateurs, qui ont probablement lu, avec une bonne semaine de retard, le blogue de la Clique du plateau, nous présentaient un extrait d’une émission française, où un chanteur québécois à voix, qui a fait un album merdique de reprises – que lui-même, soit dit en passant, semble avoir de la misère à défendre – se faisait simplement dire par un des chroniqueurs qu’il n’avait pas aimé son disque. À la française, certes…

Et là les animateurs de s’offusquer, ça n’a pas de bon sens, c’est pas très gentil… Clamski a levé un sourcil et s’est tourné vers le poste de radio.

Un de leurs auditeurs a ensuite envoyé un texto comme quoi : « Moi en tk, j’aurais sauté par dessus la table et je les aurais tous sloggué… »

Là-dessus, Clamski a fermé la radio. Il s’est levé, théâtralement, a enfilé son manteau et est sorti dehors. Je l’ai entendu varger dans les poubelles en métal du restaurant derrière chez nous. Il est rentré. A enlevé son manteau. J’ai tenté de lui parler ; il a levé sa main pour me faire taire. Et il est retourné se coucher.

N’empêche, c’est ça, un pays mort. Un pays où on n’a pas le droit de dire à l’autre : ce que tu fais, c’est de la merde. Toi, j’ai rien contre toi, mais ton disque, c’est de la merde.

Pas le droit, et même plus : si on le fait, des gens se vantent qu’ils vont te casser la gueule.

Et on leur donne même une tribune à la radio.

Toute cette violence qu’on a en nous. Et qu’on n’ose pas utiliser à bon escient.

Un pays où…

décembre 21, 2009

on n’a pas le droit de s’exprimer comme on le veut à l’assemblée nationale… c’est un pays mort.

Un pays où on ne peut pas dire, à titre de député, à un autre qu’il « tronque la vérité » ou qu’il « berne la population »… surtout quand c’est justifié… c’est un pays mort.

Quand la langue de bois devient la seule façon de s’exprimer, comment peut-on faire avancer, ou même seulement bouger les choses ?

Bordel : vous êtes élus pour représenter la population, vous êtes supposés être de gens de tête, qui ont de la force de caractère ; pas des kids de maternelle qui n’ont qu’à se plaindre à leur instit’ pour qu’elle gronde les méchants qui les ont traités de tous les noms.

C’est l’armée, qui manque à votre population, tranche Clamski en regardant par la fenêtre. Ou, au moins, le service militaire. Voire le service civil. Juste quelque chose qui vous habituerait, obligerait, à vivre ensemble, malgré les chicanes, malgré les engueulades. Non, ici, pas le droit de se parler dans le blanc des yeux. Ici, pas le droit de dire qu’on aime pas ce que tu as fait, sans que l’autre ne se sente attaqué personnellement.

Vous êtes un peuple jeune. Et vous vivez renfermés sur vous-mêmes quelques mois par année, à cause de l’hiver. C’est normal que vous soyez un peu sauvage. Mais va falloir que ça cesse. Parce que là, de bûcherons canadiens-français, vous êtes passés aux moumounes québécoises. Et des moumounes, ça se défend ben mal…

Il est vieux Clamski. C’est pour ça que je ne le reprends pas sur son utilisation du mot moumoune. Il est trop tard. Et aussi, je pense qu’il pourrait me faire mal…

De toute façon, il sera jamais politically correct.

Tant mieux.

*inspiré par http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/politique/200912/20/01-932828-les-faineants-interdits-a-lassemblee-nationale.php

Je ne me lève…

décembre 11, 2009

jamais au meilleur de ma forme. C’est-à-dire, je dors bien toute la nuit, mais le matin, je ne ressens pas cette immense satisfaction du sommeil accompli, de cette victoire de la récupération sur la fatigue, cette heureuse dégringolade des cauchemars à la réalité tellement plus douce.

Jamais. Un peu comme tout le monde, j’imagine.

Dans un pays où la neige, la météo en général disons, et le hockey sont les seuls sujets qui passionnent vraiment une grande frange de la population, qui a vraiment envie de se lever ? Dans un pays où l’habitude de se faire museler fait qu’on ne réagit même plus aux gens qui nous accusent tacitement de racisme, de fermeture d’esprit ; dans un pays où le moindre Françâ égaré pense qu’il peut donner son opinion sur tout, au bout d’une semaine de voyage où il a vu Percé et Niagara et qu’on lui prête attention ; dans un pays qui vote encore pour le parti qui garantit aux employeurs de « former des travailleurs » plutôt que « d’éduquer des humains » ; dans un pays où le politicien le  plus important prend sa population pour des caves : peut-on vraiment avoir envie de s’y lever, dans ce pays ?

« Voilà donc d’où ça vient, votre incapacité à vous tenir debout ! me nargue Clamski. Vous ne voulez même pas vous lever le matin. » Comme souvent, je hausse les épaules et je tourne la tête.

On dort encore, certes.

On préfère les rêves d’un temps où, sauvages, on vivait ensemble, mais loin des autres, où la neige nous épargnait que ces tafioles de méchants Anglais ne restent trop longtemps au pays et où, surtout, on nous sacrait patience.

Parce que c’est ça qu’on veut, en général, hein. Qu’on nous sacre patience. On est prêts à dire oui à n’importe quoi, tant qu’on nous crisse patience.

Je cherche les mots…

décembre 10, 2009

… depuis quelques jours. J’ai comme de l’écume au cerveau, pour m’être trop concentré, pour lui avoir pressé le citron (mais le jus n’était pas acide à mon goût). Au bout du compte, j’ai laissé tombé. Quatre fois plutôt qu’une  – je me motive en me disant qu’au moins, j’ai essayé trois autres fois, ça n’a pas marché, et je reviens quand même.

C’est peut-être la musique jazzy de Noyell qui me monte à la tête. Faut pas y voire une critique des centres commerciaux, je n’y ai mis les pieds qu’une seule fois, avec la liste des cadeaux que je devais acheter. C’est chose faite. Et c’était bien avant décembre. En clair, la musique de festive de Exmasse, je l’écoute par choix. Je sais pas, la tempête, le mois, les décorations qu’on a placées chez moi à mon insu…

J’ai accusé Clamski, pour le coup. Il n’a pas bronché. Ptête ben qu’oui, ptête ben qu’non… C’est un grand sentimental. Il ne l’avouera jamais, bien entendu, comme tous les hommes de son temps. Moi, les décos, j’aime ça, tant qu’on me demande pas de les mettre.

Non.

J’aime ça les mettre ; je voulais dire tant qu’on me demande pas de les enlever… Et décorer, pour un pessimiste de nature, ça revient tout de suite à la corvée de les enlever, et donc à ce temps des fêtes qui finira éventuellement de toute façon.

Bref, j’essaie d’écrire, et même si j’accuse la musique des fêtes, je ne peux que constater qu’on dirait que quelque chose en moi s’est éteint.

Ou tu.

Ça fait peur, mais c’est pas la première fois que ça m’arrive. Je pense que c’est, dans un contexte personnel s’entend, normal – contrairement à dans un contexte professionnel où tu as toujours quelqu’un pour te relancer, pour te feeder pour aimer ce que tu fais plus que toi-même. Quand tu es seul, c’est pas facile d’aimer ce que tu fais tout le temps, d’aimer tes personnages, et de leur accorder l’attention qu’ils méritent.

« Évidemment que naviguer sur le net, ou écouter la télé, ça aide pas, » m’accuse Clamski. On dit « surfer » d’abord, que je lui ai répondu.

Pis y a pas que la net ou la télé, comme problème. Il y a aussi le temps qu’il est moralement acceptable de consacrer à ça. Pis le temps de la journée où on y arrive le mieux. Moi, j’y arrive bien entre 17h et 21h. Malheureusement, c’est aussi le moment où la copine va revenir, revient ou est revenue de travailler et voudrait, on la comprend, qu’on passe du temps ensemble.

Je cherche à sortir de cette sphère vicieuse, c’est pire qu’un cercle, et à accoler les mots qui vont bien ensemble pour le plus grand plaisir de mes sens.

*Je sais qu’on s’éloigne de la vocation de ce blogue, dans ce billet. Pis je m’en fous.

Un de mes amis…

décembre 4, 2009

… qui ne lit pas ce blogue, puisque j’abhorre toute (auto)promotion, et qu’il ne sait donc pas que j’en tiens un, un de mes amis, disais-je, avant de m’interrompre, avant de reprendre :

un de mes amis m’a parlé hier de son nouvel engouement pour la cause souverainiste. Nouvel engouement, qui repart d’un ancien engouement qu’il a eu il y a quelques années de ça. Il est comme ça, mon chum, parfois il part sur une bulle et retrouve la conviction à propos de ce dont il n’était plus convaincu la semaine avant.

*Waouw, virtuose de la syntaxe, ce matin.*

Le Mouvement Montréal français fait, entre autres, partie de ses amours retrouvées. Il ira à leurs manifestations, écrira les communiqués et se fera probablement assommer par un policier payé par ses taxes, envoyé par un politicien pour qui il n’a pas voté.

Vivre ensemble, c’est pas facile, hein.

Comme les grands esprits se rencontrent – je parlais hier, justement, de l’importance de poser des bombes quand un système ne fonctionne plus (en tout cas, c’est ce que je voulais dire…) – on s’est parlé sur le chat de Facebook (moins glamour que les café parisiens des 60ies) et on a jasé de ce qu’on pourrait bien faire sauter en premier.

Lui parlait de la première vendeuse, du premier commerçant qui l’aborderait en anglais dans une boutique. Moi je voulais plutôt m’attaquer à des institutions. On s’est mis d’accord pour tirer à pile ou face, à moins que la vendeuse soit assez belle pour qu’on lui pardonne que sa famille habite ici depuis 300 ans et qu’elle ne sache toujours pas aligner trois mots de français.

On se décrivait comme des docteurs qui feraient des frappes… – comment qui disent, déjà « chirurgicales » ? – d’une précision absolue, puisque quand on trouve des recettes de bombes sur internet, on peut bien entendu se fier aux quantités données et aux descriptions des effets possibles, surtout quand c’est une traduction babelfish du russe au français.

Comme toujours, c’est Clamski qui nous coordonnait.

Comme toujours, parce que quand je vois cet ami, il insiste toujours pour que Clamski soit là. Je l’accuse de vouloir voler mon mentor ; il ne répond que d’un sourire. Ça me va. Clamski a beaucoup de temps et mon ami est très gêné, de toute façon.

Le dernier mois…

décembre 3, 2009

je l’ai passé à établir ma stratégie de bombardement. Ah, et aussi, j’ai pogné trente ans – oui oui, scorpion et tout ça. Tu parles d’un timing rigolo.

Bombardement, donc… Je sais pas si ça s’applique, quand on parle seulement de poser des bombes. J’imagine que oui, quand on en pose à différents endroits. J’aime me poser ce genre de question. Mais ça ne fait avancer ma cause que très peu.

Depuis que j’ai commencé à penser à bombarder (j’assume) la ville et toutes les représentations de ce qui fonctionne de travers, j’ai comme une espèce de sérénité qui m’a engourdie. C’est comme la fois où j’avais envoyé un début de roman chez l’éditeur et qu’on m’avait dit que ça avait « ben du potentiel ! » Évidemment, j’ai tout de suite arrêté de l’écrire, parce que bon, il serait évidemment publié facilement et où était le défi dans tout ça ?

Voilà pourquoi je me suis récemment remis à ce roman. Si je le finis, j’aurai enfin trouvé le courage de faire sauter mes bombes. Bon, peut-être de les placer et de « penser » à les faire sauter. Éventuellement.

Clamski m’encourage. D’ici à ce que j’aie fini mon oeuvre littéraire (il rigole, ce con), personne ne se souviendra plus de pourquoi je voulais bien poser des bombes.

Pas grave, je réponds. Si mes raisons ne sont plus valables, j’en trouverai d’autres.

Boum boum ! Haha…

Des fois, j’aimerais…

octobre 26, 2009

… croire que les scandales vont changer les choses. Mais il faut vraiment quelque chose d’énorme pour scandaliser les gens. Un problème qui s’explique par l’incapacité de rétention d’informations avec laquelle notre génération et les futures sont aux prises. Ou, plus simplement, la manque d’intérêt « à long terme ».

Clamski me raconte souvent qu’à son époque, les gens connaissaient des bouquins par coeur et se les citaient lors de joutes oratoires interminables, où avoir le dernier mot prenait tout son sens. Qui peut, aujourd’hui, citer un ouvrage ?

Pas besoin, que je lui réponds invariablement. Google est là, et se rappelle de toutes les citations qui en valent la peine à notre place. Il m’envoie toujours une claque à ce moment-là. Il méprise mon « arrogance crasse ». Il méprise mon « tout cuit dans le bec ».

J’en reviens aux scandales. Il en faut de gigantesques, disais-je, pour que le citoyen se sente enfin concerné. Mais combien de petits scandales laissons-nous passer ? Impuissance ? On lit l’entrefilet, on se dit « C’est donc dommage… » et on passe à autre chose. La phrase importante : on passe à autre chose. Bombardés d’informations, dans un pays où le sport et la météo sont les sujets les plus médiatisés…

Loi de l’inertie, ironise Clamski. Tant qu’on n’est pas touché… on s’en fout. On aurait besoin d’une bonne guerre.

Certes. Je ne lui en veux pas de dire de telles énormités. Autre époque, autres moeurs.

Pourtant, le seul constat qu’on puisse dresser, c’est qu’il faut une menace physique pour faire agir l’Homme. La famine, la guerre, quelque chose qui joue en faveur de l’union pour une cause. C’est là qu’on en est.

Mais on préfère savoir le temps qu’il fera pour le défilé de la potentielle coupe.

Nous sommes définitivement près de nous éteindre.

Des élections…

octobre 20, 2009

… à Montréal. Je suis pas le seul à en parler. Pas le seul à essayer d’y voir clair. Mais je ne peux pas dire que je milite d’un côté ou de l’autre. Je pense que je vais diviser mes votes entre les deux autres partis. Simplement, je ne voterai pour celui du maire sortant qui a…

En fait, plusieurs théories s’affrontent. Est-il complètement con et n’a-t-il rien vu aller pendant les huit ans qu’ont duré son mandat ? Ou alors, a-t-il su et laissé faire ? Ou (avouons-le, c’est la moins vraisemblable) a-t-il orchestré le tout, pour quelques argents maintenant bien en sécurité dans un compte suisse… ?

On a les élus qu’on mérite, disait l’autre.

Clamski éclate de rire quand je dis ça. Puis il se tait, non sans avoir un petit sursaut amusé, en secouant la tête à quelques reprises. C’est ça, marre-toi. En attendant, s’il est réélu, ce con, ce clown qui participait plus volontiers à Infoman qu’aux affaires municipales à ce qu’il laisse croire, on est bien dans la merde.

Sans que personne ne semble s’activer pour la réanimer.Mort clinique qui s’allonge. Combien de temps une société peut-elle survivre ainsi ? Clamski me relance : « Tu vas encore voter contre quelqu’un au lieu de pour lui. »

Je sais bien. Mais en l’occurrence, avons-nous vraiment le choix ?

je sais plus où j’ai lu ça…

octobre 14, 2009

…mais il semble que l’être humain ne puisse concrètement gérer que 150 contacts à la fois. Pas qu’il soit impossible de « connaître » plus de gens… Il y a une nuance.

Bon… un de mes contacts facebook a 1000 amis. Évidemment, pas tous des « amis ». Mais des contacts. Avec qui il /elle peut interagir à volonté, dans la mesure où ses amis ne s’en tannent pas (mais disons que c’est moins facile d’effacer un ami Facebook sans remords, qu’un follower de Twitter)…

Il s’en trouve pour dire que cette non-limitation, possible uniquement grâce au virtuel, devient synonyme de retrait derrière un écran pour toutes les interactions.

Non. Peut-être…

Le danger, dirait Clamski, c’est les nouveaux petits gadgets qui traînent l’internet partout avec eux, ces virtuels portatifs. Tant qu’on peut quitter le virtuel pour un certain laps de temps, on peut s’en sortir. Quoi de plus laid que de voir deux parents parler sur leur portable à deux personnes différentes, pendant qu’ils poussent le pousse-pousse de bébé, sans se préoccuper de lui, ni de l’autre, accessoirement.

Mais Clamski est plutôt old school…

Tout le temps que tu perds…

octobre 10, 2009

…à te forger une autre personnalité. Un alter-ego virtuel. À te/le faire valoir, à montrer et à dire (surtout à dire) ce que tu/il fais. À espérer que les gens prennent le temps de te lire. Et qu’ils vont réagir à ce que tu dis. Tu oublies qu’eux sont dans la même situation !

Clamski est furieux, cette fois.

Je lui dis que certains choisissent l’anonymat. Envers et contre tous. Parce que le nom, et son indice de popularité sont tout ce qui reste vraiment dans le virtuel, et que l’anonymat, de manière strictement théorique, ne vaut rien. Ils deviennent aussitôt des parias, surtout de la part de ceux qui ont déjà réussi à vendre leur nom. Le reste, leur suite, leurs admirateurs, boivent leurs écrits : si chose le dit, ça doit être vrai.

Ridicule : il a toujours fallu que les objecteurs de conscience se cachent, tu le sais. La liberté d’expression, c’est aussi la liberté de ne pas dire que l’on s’exprime. Ridicule…

Il cache mal son émotion, son aversion, Clamski.

Clamski tire longuement sur sa pipe…

octobre 9, 2009

…en mâchouillant le bout. Il caresse sa barbe d’une main, et, de l’autre, balaie les grains de tabac qui sont tombés sur lui. Il n’a pas dit un mot depuis tout à l’heure. Je l’ai emmerdé avec mes histoires. Il ne le dit pas. Il n’a plus à me le dire. Moi, je me tais.

Quand il fait cette gueule-là, je suis mieux de me taire. Voire de rentrer chez moi, dépendant des jours. Clamski, il a arrêté de réfléchir ; souvent, ça lui fait mal quand je le force à réactiver la machine.

– L’individualité, un trademark… finit-il par gronder entre ses dents et le tuyau de la pipe.

Il se renfrogne à nouveau. Je le connais, je continue de me taire.

À moins que…

octobre 9, 2009

…ça ne soit trop réfléchi de manière classique, mon affaire. Je veux dire…

Si on réfléchissait en grille ? En fourmis, genre. Chacun sa tâche. À go, on met en commun. Le web 3.0 pis tout le reste. Si on trouvait les solutions avant d’en disséquer les raisons ?

Non…

Au sommet de sa liste de priorité la génération Y privilégie son individualité. L’encourage, même.

Sauvons la planète. Mais quand j’ai le temps.

Mais elle est prête à la vendre, son individualité, pour peu que l’on s’intéresse à elle. Fuck, c’est à peine si nos noms sont pas devenus des trademarks.

Qu’est-ce que ça cache ?

Premier contact…

octobre 9, 2009

Ça m’a pris, un matin. Ce matin.

La peur de devenir matante. La peur d’abandonner, de me ramollir, d’oublier la haine que j’ai en-dedans, de la bienséance obligée, du « faut pas faire de peine à personne » du « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ».

Et là, je dis matante. Mais je l’utilise dans un sens asexué. Voilà, c’est écrit.

Je parle d’une mort clinique. C’est là qu’on est, les copains. Génération passe-partout de drème. Pis pas rien que ça : ça se croise. Ça donne une espèce mutante. Les nouvelles matantes, celles de la génération passe-partout. Ça va fesser fort.

Ou, au fond, pas du tout. De l’immobilisme, un peu, beaucoup, à la folie. Le grand coup sur la gueule que personne va recevoir. Surtout pas ceux qui le méritent.

Mort clinique, donc. Optimisme, me dirait Clamski. Pendant une mort clinique, par définition, on peut être réanimé. Clamski, lui, c’est le genre à vouloir vous envoyer une bombe H dans la gueule de la planète. Mériter de vivre ou pas, là est la question.

Ok, optimiste. Pourquoi pas. Loi de la survie de l’espèce, imbriquée dans notre adn.

C’est ici que je vais m’appliquer à chercher des raisons.

Bienvenue.


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