Road trip pour nowhere…

Je me bats souvent pour le français. Parfois, juste en paroles en l’air, plus rarement en actes…

Z’auriez dû me voir, y a 3 mois, aux douanes canadiennes à Toronto, en train d’exiger de me faire parler en français, de faire semblant que l’anglophile que je suis ne pouvait improviser deux mots de suite en Nainegliche. Quand la douanière m’a (j’exagère à peine) menacé de devoir me faire attendre, le temps qu’elle ait été chercher une collègue qui spoke French, j’ai vite calculé que mon transfert ne m’attendrait sans doute pas aussi longtemps, et j’ai abandonné. I gave in. En me disant qu’à PETwoudeuo, on n’aurait jamais pensé, pas un seul instant envisagé engager un unilingue français.

À Paris non plus, s’empresse de me susurrer le petit André Pratte sur mon épaule gauche. Choure, André, choure. Marre des arguments fédés qui tiennent la route. On est le ghetto français d’Amérique, comme la Floride est le ghetto hispano de l’Amérique au nord du Mexique. Et, à Miami, le service est en bilingue, comme à Montréal.

Je me bats, donc, souvent, pour la langue française. Mais souvent, les mots ne viennent qu’en anglais.

– Road trip, tu dis ça comment, en français, Clamski ?

– Sais pas… C’est toi le francophone.

– Fuck…  Pourquoi je le sais pas ? que je demande, plus à moi qu’à lui.

– Tu l’as jamais appris.

J’ai ouvert la fenêtre, prendre l’air au lieu de m’emporter contre Clamski. C’est son tour de conduire. Il va lentement, les Prairies sont longues, et les Jeux finissent bientôt. Je respire longuement. Non, rien ne vient, aucune idée. Bon, peut-être qu’on n’a pas besoin de savoir comment ça s’appelle pour en faire un.

Normalement, je demanderais à ma Française de blonde. Elle sait toujours.

« Comment tu dirais ça, road trip en français de France, Française de blonde ?

Euh, qu’elle hésiterait, une… escapade sauvage ? Ou encore, on dirait road trip… »

Ouais, probablement que ça serait road trip en France aussi.

– Pourquoi on me l’a jamais appris ? que je demande, innocemment.

– Vous avez peur de cette vieille langue qui vous a jamais apporté que des soucis, je suppose.

– Moi, peur du français ? je m’étouffe, presque.

– J’ai connu un immigrant, tu sais.  Pas moi, précise Clamski, candidement. Il lisait des bouquins en français et se faisait son propre lexique de mots, qu’il révisait chaque soir. Un gars des pays de l’est qui parle encore avec son accent, mais qui sait tous les noms de tous les objets qui l’entourent.

– Moi aussi, tsais…

– Non. Tu me parles, tu dis « des affaires, des choses », mais rarement tu emploies le vrai mot.

Je viens pour répondre quand il ajoute :

– C’est pas complètement de votre faute : vous vivez dans une société traduite. Une société qui n’est pas pensée dans votre langue maternelle, mais traduite par des gens probablement compétents, qui ne font sans doute pas de fautes, mais qui ne font que traduire cette Amérique. Que vous aviez pourtant fondé… Mais peur, oui. Honte, même, vous en avez honte.

Je m’enfile un redbull-jägermeister, histoire de rester réveillé. Bientôt à moi de conduire.

– On arrive quand ?

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