C’est même pas un affront…

c’est de l’indifférence, me dit Clamski.

D’une certaine façon, c’est pire…

Nous étions occupés à tenter de foutre le bordel à Vancouver, après cette victoire finale, qui consacrait enfin les Canadians comme les plus meilleurs médaillés d’or, meilleurs qu’eux-mêmes en tout cas, au cours de toutes les olympiades précédentes. Je dis bien, on tentait, parce qu’ils sont civilisés, ces BCiens. Dire que chez nous, n’importe quel festival de la crevette est digne de provoquer des émeutes, ici, une médaille d’or olympique et même pas une vitrine de brisée.

C’est pas vrai, il y a eu des émeutes d’anarchistes ya deux semaines. Mais, eux, ils zémeutaient pour d’obscures raisons, contre les olympiques, contre le capitalisme, maudite gang de fouteurs de bordel.

Nous autres, on  a patiemment attendu que Crosby marque le dernier but. Puis on s’est levés, on a enfilé nos cagoules. Le monde dans le McDo a un peu figé, mais on est parti avant qu’ils commencent à penser. Dans un McDo, ce moment-là peut durer, donc on était tranquilles.

Mon chum, qui avait refusé d’aller au McDo – « c’est dégueu, sti de resto de clown » – finissait son Subway © dans le pick-up. Il a démarré en nous voyant, puis on est monté, à la recherche du gros trouble sale. Histoire de venger Kevin Parent, un peu, de casser de l’Anglâ, un peu, mais surtout d’essayer notre nouveau joujou qu’on a appris à monter sur internet. C’est ben souelle, faut voir l’amanchure : une espèce de tube en métal, fait pour tirer des patates.

Les jeunes s’ennuient en campagne…

On a pensé à mettre autre chose que des patates, un temps, mais les roches entraient pas dans le tuyau. Après on a cherché de quoi d’assez dérangeant, voire salissant, mais même la mèche de la bouteille molotov de Clamski s’est éteinte quand on a fait nos tests.

On a demandé notre chemin à une femme enceinte qui passait par là ; sont fins, le monde ici. Elle a pas trop tiqué en voyant nos cagoules, mais quand mon chum lui a demandé si elle avait le goût de monter, on l’a trouvée ben snob dans son refus.

Pis nous voilà, ici à la sortie de la cérémonie. Mon chum s’est endormi, Clamski fume sa pipe, puis moi, je fixe les portes, le lance-patate entre les jambes. Je me sens comme quand ils m’ont reporté, sur chatroulette. Même sentiment de puissance teinté d’anonymat et d’aléatoire dans le choix de la victime.

C’est là que Clamski m’a dit ça. C’est même pas un affront, c’est de l’indifférence.

– Ouain, pis ?

– Sont à 3000 km de chez-nous, ils font des jeux ici, où les francos sont surtout Français ou Belges, minoritaires, et où ils savent même pas qu’à l’est de l’est, c’est encore le même pays, parce qu’ils sont tous nés en Asie, et qu’on leur a même pas dit, avant ni après leur arrivée, que le pays serait supposément bilingue.

Toujours le mot convaincant, mon Clamski. On fait quoi, là ?

– On fout le camp.

Bordel. Je réveille mon chum d’un coup de pied. Je monte dans le pick-up, m’enfile une redbull, encore.

Je sais plus de quel côté révolutionner.

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2 Réponses to “C’est même pas un affront…”

  1. Amélie Says:

    J’aime te lire! J’adore Clamski! Vous êtes beaux et cons tous les deux… tous les trois, avec l’autre là…

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