Ils disent que pour écrire…

faut aller chercher le méchant, racler le fond de nos méandres et garder le pire qu’on puisse y trouver. nos angoisses, nos peurs, nos fantasmes – on parle pas de Gin tonic et concombre, là mais d’un bouquin sérieux…

Bon, ils disent, je sais pas qui, non plus, mais j’ai lu ou entendu ça. Le problème, en tout cas de mon côté, c’est que j’arrive pas à y rester dans le profond de mon fond ; pas compliqué, mes peurs me font peur. Le pire, c’est que ça m’intéresse.

Par exemple, je suis allé chez un pote, récemment ; il avait besoin d’une voix off pour son film et c’est quand même dans mes cordes. Il me fait écouter celle qu’il a faite au départ (en italien). C’est bon. Ya un rythme, un flot, mon oreille s’y attarde un moment. Ok, ça rentre….

-Pis pour le jeu, que je lui demande, comment tu veux ça ?

-Pense à quelque chose qui te déçoit. Par rapport à ton père.

-Quelque chose de mon père qui me déçoit ?

-Soit ça, soit l’inverse. Quelque chose pourquoi ton père serait déçu de toi. Tu me suis ?

-Ouaip !

Et de sauter à pieds joints là-dedans, sans filet. Ça m’intéresse, que je disais.

Pas facile, d’aller là (voyez comment je me censure ici…). La première prise, pas évidente, j’avais pas encore mis le doigt dessus. Mais la deuxième prise, aoutch. Disciple de Stanislawski, j’ai fini par trouver ce qu’il fallait que je ‘rappelle’ pour m’emmener où il fallait. Mais vraiment, aoutch.

C’est se retrouver seul devant soi-même. Et en sortir ce qui nous dégoûte le plus. Ce qui nous révulse. Ce qui nous donne envie de nous tirer une balle, mais qui, une maudite chance, reste caché. C’est l’endroit que la morale nous supplie d’éviter, pour la raison bien égoïste qu’elle ne saurait pas nous faire oublier ce qu’on y a vu. Même si, à toutes fins pratiques, rien de ce qu’on y trouve ne sera probablement jamais actualisé, pour parler en termes d’université (Laval, pour ceux que ça intéresse). En clair, les conneries que j’y vois, je ne vais pas les faire.

En tout vas, je crois pas. J’espère. Tsais…

Et, bien pire : même quand on émerge, on y reste pris un bon moment. M’a pris deux heures, ressortir de mon minding de voix off.

Je sais que je suis un écrivain du mal, du sale, de la déprime. Et que si je ne me laisse pas visiter ces zones, je vais finir auteur de livres plates pour enfants, juste parce que je vais me forcer à finir un livre plate que je vais avoir trouvé plate pendant que je vais l’écrire. Et j’en n’écrirai qu’un seul, probablement. Genre un bouquin pour dire, bon, c’est fait.

-Un écrivain du mal, du sale et de la déprime… fait la voix de Clamski juste à côté. Je me répète sûrement, mais tu te prends pas pour de la marde. Pis ya des bons livres pour enfants, tu sauras.

-J’ai pas dit le contraire. Mais, Clamski, mon vieux, si ya une chose que je sais, c’est le genre d’écrits que je suis capable de commettre.

Je suis aussi surpris que lui de l’aplomb de ma phrase. Pas méchant : j’étais convaincu.

C’est un peu pour ça que j’écris pas ces temps-ci. Un peu pour ça et un peu par paresse. Mettons que j’écrive deux heures par jours, quand est-ce que je peux prendre le temps de me sortir de l’état d’esprit que j’aurais atteint pour la chose ? Je bosse, je rentre à 18h… Si j’écrivais jusqu’à 20h, je serais plus du monde. Tous les soirs de la semaine. Duh…

-Ta blonde va avoir du fun avec toi…

Ah, ça…

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2 Réponses to “Ils disent que pour écrire…”

  1. jean nic labrie Says:

    «Un écrivain du mal, du sale et de la déprime…»

    J’aime ça !

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