Elle dormait…

profondément. Sa respiration s’appesantissait de plus en plus chaque nuit, pourtant sans qu’elle semble s’en porter mal. Je mis ma main sur son front cireux. Je sentais à peine le contraste de température avec l’intérieur de ma main.

Je la couvais depuis maintenant 3 semaines. Quand j’avais vu l’ambulance devant la maison, je m’étais approché, anxieux. Autour du véhicule, la foule se rassemblait, tout en gardant la distance de circonstance dans ces cas-là, celle qui sert à « laisser travailler les paramédics » et aussi à éviter de trop se sentir concerné. Les spectateurs (car c’en étaient) discutaient, tentaient de savoir ce qui s’était passé.

– Une chute dans l’escalier, lança l’un.

– Avec toutes ces contusions, c’est la seule explication, avait répondu une dame.

Je remontai son bras une dernière fois, puis le déposai sur le lit. Je n’avais aucune notion d’infirmerie, mais je pus aisément m’acquitter de ma tâche, après qu’on me l’eut montré. Et, je faisais tout pour que mon horaire n’entre pas en contradiction avec l’administration de ses médicaments et les étirements nécessaires chaque jour à un maintient raisonnable de sa forme physique de comateuse. Tout.

J’étais entré avec elle dans l’habitacle, sans même attendre l’accord des ambulanciers, manquant de me frapper la tête dans l’énervement ; j’avais posé ma main sur sa nuque tiède puis les ambulanciers m’avaient demandé de me retirer un instant, en m’assurant qu’il me permettrait de m’approcher une fois les premiers soins donnés.

J’allai me faire un café. La nuit serait longue, le temps frais et la solitude implacable. Je ne dormais plus. Mais cela ne m’importait plus. J’attendais son réveil. De toute façon, ma tournée de nettoyage nocturne comptait aussi son immeuble sur ma liste. Je m’arrangeais donc pour terminer ici et me retrouvais dans son appartement au matin.

À l’urgence, j’avais demandé des nouvelles. Toute la nuit – j’avais manqué mon quart de travail – j’étais resté devant le bloc opératoire où on s’affairait à ce qu’au moins une partie d’elle résiste assez pour que la vie continue de vivre en ses cellules. Verdict, elle vivrait. On avait demandé si j’étais de la famille ; je n’avais pu le prouver, mais faute de mieux, on m’autorisa à la veiller, puis à la ramener chez elle et on me chargea des soins à domicile. Comateuse, son état ne se dégraderait pas, si on prenait soin d’elle. Mieux, elle risquait de réémerger. Un jour.

Je la guettais, donc. Toute la journée. Toute la nuit, je ne pensais qu’à elle, qu’à la retrouver au petit matin.

Je l’avais déçu et je voulais me reprendre.

– Tu es une mauviette, Henri, m’avait-elle dit la dernière fois que je l’avais vue éveillée. Tu n’as pas le cran de dire aux gens ce que tu penses. Moi, si. Jamais je ne sortirais avec un technicien de surface, aussi pompeux soit le titre. Tiens, c’est dit.

Cette fois, je n’y manquerais pas. Cette seconde chance m’avait sauvé d’une autre humiliation. En restant en vie, elle m’avait donné la chance de m’occuper d’elle.

J’avais délibérément ciré son parquet, juste devant l’escalier. C’était un acte lâche.

Cette fois, j’attendais son réveil.

J’allais la regarder dans les yeux

J’allais la regarder dans les yeux en lui enfonçant un couteau dans le ventre.

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