Rennes 2010 – sur un banc du Thabor

À chaque retour, c’est la même chose. Je laisse mes pieds me guider. Je crois avoir, quelque part en moi, un tracé bien précis qui demande à mon inconscient de le parcourir.

À chaque coin de rue, je sais – tout en ne le sachant pas, ou plus – sur quoi je vais tomber : tel commerce, tel café, tel parc, telle place de marché, tel appartement où on m’a fait la grâce d’une pipe imprévue…

Parfois ça a changé. Mais rarement pour le pire. Rennes bouge. Rennes est la deuxième « ville dynamique » de France, dixit wikipedia.

J’y ai habité en deux, voire trois temps.

Une première fois, un an. Voir l’Auberge espagnole, de Klapisch. Et multiplier par 3.

Un deuxième séjour, juste avant de me pousser en Allemagne. Un petit, si petit mais si long mois. Voir l’Auberge espagnole de Klapisch. Et condenser en quatre semaines.

Puis une troisième fois, à la fin de mon mandat en Allemagne. Plus ou moins une semaine.

C’est con, des larmes me viennent aux yeux en entrant au Champion.

C’est con : des larmes me viennent aux yeux en me rendant compte que le Champion n’est plus le Champion, que c’est la marque Carrefour qui l’a racheté, et qu’on l’a réaménagé.

Mais ce ne sont pas les mêmes larmes qu’à Gotha, ma ville allemande, où je suis retourné l’an passé. Gotha, c’est là où j’ai fini par quitter l’adolescence tardive, l’adulescence assumée. Il y a eu un schisme entre le moi d’avant Gotha, et le moi d’après. J’y pleurais ma vie d’adulte trop bien entamée.

Rennes, c’est autre chose. À Rennes, je me suis formé. Certains font ça à l’adolescence, ou au cégep. Moi, il m’a fallu une année Erasmus en Bretagne. Mais ce ne sont pas les mêmes larmes qui me montent aux yeux, ne serait-ce que parce que je porte en moi cette espèce de foi stupide que la ville s’en sort très bien sans moi. Ce sont des larmes de nostalgie, mêlée d’affection et de manque. Comme on pleure sur une ex.

Je n’y étais pas revenu depuis 3 ans.

3 ANS.

Et à chaque fois, cette impression double que c’est la dernière fois que j’y mets les pieds (je dois donc tout revoir, pèlerinage obligé, viscéral)  mais aussi que je devrais tout lâcher au Québec et venir m’y installer.

Mes pieds avancent et je redécouvre la ville que je connaissais si bien, qu’eux semblent encore connaître. Je ne fais que me laisser porter.

Allez. Clamski m’a fait promettre de l’appeler dès mon arrivée, mais je n’ai pas pu m’empêcher de marcher ma ville d’adoption. Il est de nature inquiète. Ce con. Comme s’il pouvait m’arriver quoi que ce soit de mal, à Rennes…

Je dois aussi voir tous ceux à qui j’impose ma présence à chaque fois. On sais jamais, si c’était la dernière…

Je me pousse.

Publicités

11 Réponses to “Rennes 2010 – sur un banc du Thabor”

  1. bourbonnais guy Says:

    Ton écriture est très éfficace… On parvient rapidement à intégrer tes émotions aux notres. Comme on dit tu partage bien ta peau haha!
    Et pis à coup ton texte fini, la réflection continue, les mémoires personnelles se basculent…Excellent;-)

  2. NBB Says:

    Très beau. Très bon. Excellent titre, d’ailleurs.

    Doux et bon voyage à toi, l’ami.

    C’est-tu kétaine de souhaiter bonne année sur un blogue ? Bonne année ! Je me souhaite de revenir te visiter plus souvent… première visite aujourd’hui !

    NBB ;o)

    • scrypticwriter Says:

      T’es gentille, NBB !

      Écoute, à défaut de mieux, je vois pas pourquoi ce serait mal de souhaiter bonne année ici 😉 Merci pour les bons voeux que je t’envoie aussi, bonne année perso, travail et tout et tout ! Bonne année, quoi !

      Tu reviens quand tu veux, et tu te gênes pas.

      (Bon titre, tu parles bien du blog..? )

      • NBB Says:

        En fait, en belle newbie que je suis, je croyais que ton article s’appelait « Squatter sa vie » et je trouvais que ça faisait vraiment un bon titre à ce que je venais de lire.

        Mais, plus tard, après avoir posté mon commentaire, évidemment, j’ai vu que c’était le nom de ton autre article que je n’ai pas lu encore.

        Bref. Le nom de ton blogue est aussi un bon titre… ;o)

  3. RPL Says:

    C’est vrai que tu écris bien. C’est exact qu’on te lit avec émotion. Ça se ressent. Mais ce que je t’envie surtout, c’est ton audace, dans ta vie, dans ton écriture.

    • scrypticwriter Says:

      ouais, bon, dans ma vie oui, à la limite (mais quand même pas si tant que ça), mais dans mon écriture, je me trouve assez conservateur (drôle de me définir comme ça haha…)

      encore autre chose qu’il faut que tu m’expliques 😛

  4. RPL Says:

    Si tu ajoutes à ce point des trucs à expliquer, ça va finir par exiger une rencontre personnelle et confidentielle – bière à la main – pour éclaircir tout ça…

    Blague à part, l’écriture, c’est pas seulement la forme, c’est le risque; tu n’en manques pas. Pas davantage que dans ta vie, d’ailleurs. À moins qu’il n’y ait une bonne dose de transposition romanesque…?

  5. Roch Archambault Says:

    Excellent texte! À quand le livre?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :