« Assurément…

…pensa Richard Malouin, pendant qu’on le traînait contre son gré dans la fine neige qui venait de tomber, assurément, quelqu’un m’en veut. »

Il souffrait en silence. Mais il n’allait pas pleurer, crier ou supplier, au risque de faire plaisir à cet être moche, puant, et fort probablement arabe.

« Monsieur ? » le hêla-t-il. Il s’en voulut aussitôt d’être si poli avec une telle brute, mais se jurait de se reprendre dès qu’il aurait retrouvé l’avantage. Ce qui n’allait pas tarder à se produire.

Richard Malouin retrouvait toujours l’avantage.

Il en avait fait le slogan de la firme : « Parce que nous avons l’avantage ».

Pour toute réponse, un violent coup de tennis, abimées et mouillées, lui écrasa le nez.

– Ta gueule, vermine !

Outré, Richard Malouin se raidit, ce qui lui valut de souffrir un peu plus. Le trottoir n’était pas si loin sous la neige et la surface rugueuse accentuait l’eczéma qui commençait déjà à apparaître sur son dos. Malgré cela, il ne put s’empêcher de rire en disant :

– C’est moi que vous appelez « vermine » ?

L’homme s’arrêta un moment. Richard Malouin pensa pouvoir en profiter pour discuter, entre hommes civilisés.

Quelle ne fut pas sa déception d’ouvrir la bouche à l’instant précis où l’inconnu lui cracha au visage. L’homme recommença à le traîner si brusquement qu’il s’assomma et perdit connaissance.

À son réveil, l’homme le trainait dans une ruelle. Le trottoir sous la neige avait fait place à l’asphalte à gros grain et faisait souffrir Richard Malouin d’autant plus.

Peu après, attaché à cette chaise droite et raide, en bois, dans un garage humide et mal chauffé, tout ce qu’il voulait, c’était une explication. Cette pensée « qu’il y avait un sens à tout ça » le gardait alerte. Il avait fait bien des choses répréhensibles et le temps était venu pour lui de se faire réprimander. Mais il tenait à savoir pourquoi.

L’homme lui coupa les orteils, un par un. Richard Malouin ne put s’empêcher de crier, mais était en même temps en train se demander qui était cet homme. Que lui voulait-il ? Pourquoi s’en prenait-il à lui ? Certes, Richard Malouin avait des ennemis. Partout. Dans son pays comme à l’étranger, ça allait de soi…

L’homme fit de même, méthodiquement, avec ses doigts. Richard Malouin pensa curieusement qu’il ne pourrait plus lire le journal, le matin… Il cria encore, mais avec moins de force.

Quand l’homme lui enfonça les yeux dans ses orbites, de ses pouces, Richard Malouin décida que le journal était une moindre perte. Il se mordit la langue et la trancha de ses dents. Il toussa et ses sens ne répondirent plus dès lors.

Sauf peut-être le toucher.

De toute façon, quand il sentit une lame passer tout le long de ses jambes, puis de son bras, puis de son torse et comprit finalement que l’homme était en train de le peler vif, Richard Malouin ne pouvait plus crier. Du sang lui coulait le long de l’oesophage et il pensa qu’il mourrait probablement étouffé.

Cet homme était-il le fils d’un ancien employé qu’il avait congédié sans préavis, du temps que c’était permis ? Ou alors le frère de ce suicidé qu’il avait lui-même encouragé, quand il était venu le trouver en pleurs dans son bureau ? Ou bien le père de la petite, celle de la semaine passée ?

Quand il sentit la vie l’abandonner, Richard Malouin ne savait toujours pas pourquoi cet homme lui en voulait tant.

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2 Réponses to “« Assurément…”

  1. RPL Says:

    Belle métaphore… Et belle écriture romanesque… Je crois bien, de fait, qu’on se rend jusqu’au bout sans rien comprendre.

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