Je crains souvent…

… que de ma masturbation intellectuelle, ne reste plus que le kleenex souillé du contentement. (Ah, c’est beau… ahem…)

Le contentement, c’est mal. En fait, le contentement, c’est le début de la paresse intellectuelle.

J’aime réfléchir. Mais j’ai peur d’arriver à une réponse. Et, par extension, de finir par avoir un avis définitif sur tout.

Faut me comprendre : depuis un an, j’occupe un poste de « contrôle-qualité » pour une chaîne de télévision. Le titre exact, c’est chargé de production, mais au final, c’est vraiment du QA : je m’assure que la production qu’on me propose soit à la hauteur de passer à la télé, sur notre chaîne et qu’elle respecte notre ligne éditoriale. En gros, je regarde les épisodes, et je les évalue à titre de premier spectateur, mais spectateur qui a, dans une certaine mesure, droit de regard sur le montage final. C’est certes être pris entre l’arbre qu’est ma chaîne et l’écorce que sont les boîtes de prod (et les égos qui viennent avec) dont les séries sont diffusées, ce qui n’est pas aisé – j’en ai vécu des choses en un an…

Mais reste que ma job, c’est de regarder la télé. Y a pire.

En plus de ça, je suis analyste de scénario, pour la Sodec, ce qui implique la lecture de bien des pages de scénario de long-métrage, ce qui implique de trouver des choses complètement aberrantes, et d’autres simplement géniales, mais toujours en me gardant dans la perspective que moi, j’en n’ai pas encore écrit, de long-métrage. Ça s’en vient, c’est pas comme si, mais là, physiquement, rien de concret.

Mais ce sont deux rôles qui m’obligent à analyser, à prendre des décisions qui influeront sur d’autres gens.

Oui, des décisions qui ont des conséquences sur quelqu’un d’autre que ce cher moi.

Qui suis-je donc pour juger, pourtant ? que je me demande à l’occasion. Bah, je n’en fais pas une maladie. J’ai été engagé et on m’a gardé toute l’année comme chargé de prod, et on semble très satisfait de mon boulot. On me rappelle après les dépôts pour demander ma contribution comme lecteur de scénario. Je suis apprécié, donc, puisque qu’on veut ma collaboration.

Non, ce qui me gêne, c’est justement la tournure que ça peut prendre dans ma vie, de dire « ça c’est bon » ou « ça c’est mal », suivant parfois une réflexion aboutie (parfois, oui), et d’autres fois un sentiment, instinctif, qui s’impose à moi, faute d’arguments meilleurs.

Ce qui me gêne, c’est d’en venir à un point où je juge sans remettre en contexte. Et qui fait que parfois, je peux certainement avoir tort.Ne serait-ce que parce que je feele pas.

C’est con, hein.

Évidemment, je me remets constamment souvent en question. Mais pour combien de temps encore ?

Clamski rigole. Pas la première fois que je lui en parle… Il me dit que je ne suis pas encore sur le point d’arrêter de me remettre en question, que je sais encore faire le cheminement qui mène à une décision éclairée.

– Crisse, regarde-toi aller, le temps que tu mets à décider quel sorte de café tu veux, quand on sort !

Ouais.

C’est rassurant… je suppose…

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8 Réponses to “Je crains souvent…”

  1. RP L Says:

    Pourquoi ton travail, évidemment passionnant, serait-il de la masturbation intellectuelle ? Ça ne je comprends pas. À moins que tout le reste de ton article ne soit contredit par cette première phrase qui affirmerait: j’aime bien me masturber ( intellectuellement ). Et ce petit plaisir coupable, celui de juger des autres, en solitaire, et d’en tirer une satisfaction coupable, fait mon bonheur. Mais faut que je le camoufle par quelques gros paragraphes qui disent mon doute, ma gêne, mes remises en question quant à ma compétence réelle à juger des autres.

    Sur ce dernier point, je te comprends parfaitement d’avoir des doutes. Je ne vais pas t’aider, mais je vais te confier un « secret »: comme prof, je me suis toujours opposé à l’évaluation de mon travail, à moins que l’évaluateur ne vienne en classe, devant moi, me dire, exemple à l’appui, ce que je fais de mal, et me montre personnellement comment bien faire. Mettre l’évaluateur au défi de faire mieux… Autrement dit, je comprends parfaitement ta gêne à évaluer alors que, dis-tu, tu n’as encore rien produit de complet.

    Mais mais mais… Comme tu as, à mon très humble avis, du talent; et comme le lecteur recrée toujours l’oeuvre qu’il lit en la lisant, je ne doute pas une seconde que le doute que tu entretiens sur toi-même fasse de toi un très bon juge.

    Sur ce, je retourne me coucher ! ( Cr… d’insomnie… )

    • scrypticwriter Says:

      pas tant mon travail, en l’occurrence, mais bien l’acte de réfléchir. la réflexion sur tout, sur rien, en soupesant tous les points de vue…

      c’est plutôt ça, mon plaisir coupable.

      ensuite, je regarde comment ça se répercute sur mon travail. le fait que je doive juger les autres fait que je me remets en question. parce que routine, parce que réflexion moins nécessaire grâce à (ou à cause de) l’habitude qui s’est installée et donc, je me mets à douter.

      j’aime bien me masturber, mais je veux retarder le coït, finalement et ne pas me contenter de « me trouver bon ».

      plus clair ? 🙂

  2. RPL Says:

    Plus clair, plaus clair, c’est bien vite dit, … surtout quand c’est sans preuve évidente, palpable… 🙂

  3. RP L Says:

    C’est encore vrai, mais admets qu’il y avait là un plateau d’argent généreusement offert pour une blague facile… 🙂

  4. Max Says:

    Très intéressant comme réflexion.

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