Procrastination productive

(Je n’écris pas mon scénario pendant ce temps-là…) Un peu verbeux, je vous l’accorde et j’y étale mon amour du subjonctif. Mais au moins, ça fait vivre le blog.

Et voilà où j’en étais venu, résigné à me doucher à l’eau glaciale pour continuer ma piètre vie, je n’en pouvais plus de toutes ces frustrations, ces cris du cœur (ce pauvre deuxième organe, qu’à chaque instant j’entendais sans pouvoir y réagir)…  Je savais que tout le problème venait de lui, la base de mon problème se résumait au fait que je fusse un homme, à cette chose, cette andouille molle qui me pendait entre les cuisses et que je ne connaissais que trop.  Comment vivre normalement, me demandais-je, comment font tous les autres pour accepter cette prison physique et quasi psychique, comment?

Prends ça, lui disais-je en dirigeant sur Lui le jet d’eau froide, je devais me séparer, me dissocier, je ne voulais plus qu’Il fasse partie de moi, je ne voulais plus faire partie de Lui, je lui en voulais et ne lui pardonnerais jamais ; Il se recroquevilla ; la douleur du froid sur Son scrotum monta à mon cerveau — preuve que nous étions encore et malheureusement liés —, puis, sans que je ne sache trop comment, mon rasoir se retrouva dans mes mains ; j’avoue y avoir pensé, sérieusement, pendant un instant, où je fantasmai sur la liberté que j’aurais retrouvée, l’ultime autodétermination, tout le mal que j’avais osé faire, qu’il avait osé me faire faire, la culpabilité qui s’en irait, enfin!  Mais — était-ce par lâcheté— je n’arrivais pas à m’y résigner, de toute façon, la beauté de mon geste aurait sans doute été trahie par l’état de mes mains, transies autant que le reste de mon corps.  Je sortis de la douche.

Retour à la chaleur, retour à ma sanguinité, la colère me vint et j’aurais voulu fracasser la vitrine de la douche, mais encore une fois, le courage me fit défaut, la peur de ce sang que je répandrais, peut-être, la peur d’avoir mal, plus probablement.  Et Lui qui de nouveau, se considérant sans doute désormais en sécurité, osait paraître comme si c’était la première fois et me rappela à ce plaisir malsain ; je n’en voulais certes pas, mais la chair est ma faiblesse, on l’aura deviné, je me sauvai de la salle de bains afin de couvrir de vêtements cette excroissance, il le fallait, sinon j’allais encore retomber dans cette routine qui m’emprisonnait, qui m’empêchait de faire les choses que j’aurais dû faire et qui, si je m’essayais à les faire malgré tout, c ‘était sans force et restreint dans mes capacités parce que brûlées auparavant dans le vide d’un mouchoir.

Je ne pouvais risquer de me perdre de nouveau, comme je l’avais perdue, ma chère Catherine, ma douce Catherine, à cause de Lui, je Le détestais et je savais que tout était Sa faute, à Lui que je ne savais pas contrôler, contrairement, selon toute apparence, à la majorité des autres hommes.  Je m’habillai prestement et me dépêchai de sortir de chez moi, en public, au moins, je Le tiendrais tranquille.

Je me rendis chez Pol, le café du coin où je commandai un expresso, le plus fort possible, Pol, dis-je au serveur,  en sachant bien qu’il ne s’appelait pas ainsi.  C’était une vieille blague entre lui et moi.  Amusé, il ne m’avait jamais repris et je ne connaissais donc pas son vrai prénom ; et alors? un nom n’est qu’un nom, un appellatif, une manière d’apostrophe, et si Pol lui convenait, pourquoi en changer?

Les humains nomment tout et sans logique particulière ; je me rappelai comment Catherine avait nommé le Monstre et je ris de dépit, je ris à ce nom trop poétique, qui, je ne savais trop comment, semblait redorer le blason de cette espèce me répugnant désormais.

Ah, Catherine, toute pratiquante que tu fusses, tu n’avais pas la moindre chance contre Lui.

Je reçus mon café, le laissai refroidir jusqu’à ce que je pus me l’envoyer d’un seul coup, grimaçai d’amertume — mais était-ce bien à cause du café? — et, satisfait, je jetai la monnaie sur la table, remerciai Pol et quittai l’endroit.

Je marchais sans savoir où j’allais, il importait que je visse des gens, que je ne sois pas seul chez moi, j’étais maintenant convaincu que la mutilation n’était pas une solution — enfin, pas la solution —, mais je n’étais pas certain que mes mains, elles, l’étaient ; je devais les calmer, les occuper un certain temps.  Je poursuivis ainsi mon chemin vers un salon de billard, histoire de me dégourdir, d’occuper mes mains sur une queue qui ne serait pas la mienne, pour une fois.  Je n’étais pas très bon à ce jeu, mais quand on joue seul, ce n’est pas nécessaire; je me fis faire de la monnaie par la serveuse au bar — une brunette, exquise — pour être en mesure de jouer quelques parties et m’installai en vitesse, en évitant de me retourner vers le bar.  Comme disait l’autre, la bandaison, ça ne se commande pas, je ne le savais que trop ; ça ne se commande pas, mais on sait quand ça s’en vient, vite, faire face à une table.

Évidemment qu’après peu de temps, je m’emmerdais royalement.  J’étais sorti pour ne pas être seul chez moi ; apparemment la solitude ailleurs que chez moi n’aidait pas ma cause.   J’avais besoin  d’une bonne conversation avec quelqu’un, pour remettre mes pendules à l’heure, un inconnu ferait l’affaire ; le seul problème était qu’il était plus compliqué de trouver un inconnu disposé à avoir une conversation avec un autre inconnu à 23h qu’à 15h.

Je pensai à la serveuse du bar.

(À SUIVRE ? Ché pas…)

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