Un peu marre…

… de ce réflexe, si commun chez nous. Depuis quelques jours, dans les médias électroniques, et autres réseaux sociaux, on dénonce une « chasse aux Anglais » que feraient actuellement les Québécois. Et on écrit des articles sur le nationalisme québécois qui serait, je paraphrase, du fascisme nouveau genre.

Dites, j’ai même été d’accord avec un article de Martineau, cette semaine. Faut le faire. Non, je ne mettrai pas le lien. Mais je vous partagerai volontiers celui de JFLisée, avec qui je suis tout autant d’accord.

D’abord, je comprends pourquoi ces gens voient une chasse à l’Anglais. Remettons-nous en contexte, cependant.

On sait d’où ça part : on parle d’ailleurs de SCANDALES, asti. C’est pas rien, que la Caisse de dépôts et placements du Québec (organisme gouvernemental d’une province dont la langue officielle est le français) fonctionne en anglais à l’interne !! C’est ÉNORME.

C’est illégal, d’abord. Et c’est vraiment une claque sur la gueule de la révolution tranquille.

On entend souvent les arguments selon lesquels « on s’en fout, tant que ça rapporte… la langue n’est qu’un moyen de communication ».

Ça, c’est faux. La langue d’une société, c’est aussi l’organisation de la pensée de ses membres, comment ils conçoivent, et perçoivent le monde. Mais c’est un autre billet.

On sait, donc, d’où part l’impression qu’on veut bouffer de l’anglo. Banque Nationale, ce matin c’est Bombardier, plus tôt en novembre, cette interview avec des anglophones qui refusaient d’apprendre le français, malgré qu’ils vivent à Montréal depuis quelques années…

D’ailleurs, si on a bien écouté cette interview, les enfants de la dame (américaine à la base) ont appris le français et le parlent. C’est le Torontois d’origine qui n’en voyait pas « la nécessité », qui ne trouvait pas « le temps » pour apprendre cette langue « difficile ».

Et évidemment, depuis qu’on en parle, les journalistes font leurs choux gras des nouvelles où le « Québécois moyen » est aux prises avec « l’Anglocolonisant », ces anglais qui, par choix, vivent ici sans parler français. Sur foi de quoi le Montréal anglais (représenté par Don MacPherson), probablement de bonne foi, a conclu qu’on fait la chasse à l’anglais.

Si quelqu’un fait ça, ce sont les médias, pas la population – qui outre les montréalais, n’est que rarement confrontée au problème. Ils sont contents, nos médias, d’avoir retrouvé un filon, une corde qui est (dieu merci) encore sensible chez les Québécois. Mais ça a été déjà dit à quelques reprise, sur des blogues (billets et commentaires confondus), ce dont les gens ont marre – et je m’inclus là-dedans – c’est du bilinguisme institutionnel qu’on nous force au-travers de la gorge.

I speak English. Ich spreche Deutsch. Hablo un poquito espanol.

Je serai fier quand mes enfants sauront parler plus d’une langue. Pis je m’en calisse, la langue que les gens parlent entre eux, entre adultes consentants. Là n’est pas la question. Si la serveuse au restaurant ne comprend pas le français, je vire de bord. Rien de moins, rien de plus. C’est le commerçant qui perd de l’argent. Tant pis pour lui.

Tiens, une idée qui passe : et si on décidait simplement de faire la correspondance gouvernementale en français seulement, par exemple ? On envoie un message clair à ceux qui arrivent : ici, ça se passe en français.

Non. Le genre de trucs qui me met en maudit, c’est les scandales dont je parle plus haut. C’est le ministre Fournier qui faisait ses déclarations en anglais et en français – surtout que les journalistes anglos lui avaient dit que ce n’était pas nécessaire – il ne le fait plus, depuis cette semaine. C’est qu’on doive subventionner des gens qui sont dans l’ILLÉGALITÉ (ciboire!) pour faire changer l’affiche de leur commerce.

C’est des gens que je respecte, au demeurant, qui mettent tous les maux du Québec actuel, sur le dos du nationaliste québécois, qu’on caricature, le décrivant comme un adorateur (pédophile ?) du petit Saint-Jean blondinet de la parade catholique des années 60. Ce réflexe, qui pousse le Québécois à s’excuser d’exister, un air complice sur le visage « Sorry, we are like that, you know… »

Je suis pas un facho. Mais je crois sincèrement qu’une société bilingue ne peut pas fonctionner.

J’ai-tu vraiment besoin de vous citer des exemples ?

Fait qu’on fait quoi ?

-T’es fourré, là, hein ? me dit Clamski, grelottant dans l’appartement, entre deux bouffées de pipe. Tu vas vraiment dire aux gens quoi faire ?

– Non. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent. Moi, je refuse d’abdiquer, et quand je déprime, j’écoute Mommy Daddy, j’en braille ène shot (clin d’oeil Georges Dor), pis je me reprends. Pis j’écris un billet.

– Tout un programme.

Je fais ce que je peux, Clamski. Je fais ce que je peux.

*** AJOUT ***

Quand j’ai publié ce billet sur mon mur de Facebook, un ami (Dave Id) a commenté. Je vous copie les grandes lignes :

La CDPQ c’est mon client, est des plus chiants parce que Sabia c’est le tres bon ami de mon employeur. Il sont chiants parce que très exigeants et je peux te garantir que transiger avec eux se fait en francais seulement, nos ressources techniques doivent tous être francophones et chaque communication est passée à travers Antidote et ensuite revisée 6 fois pour assurer un bon français. 2 uni-anglo ne font pas de la CDPQ une cie qui travaille a l’interne en anglais. Moi j’aime l’heure juste en journalisme (officiel ou blogueur).

Toujours utile d’avoir quelqu’un de l’intérieur, ou en tout cas, qui se tient pas très loin. Voilà qui remet mes pendules à l’heure. Mais qui ne me déchoque pas pour autant.

***AJOUT 2 ***

D’ailleurs, recherches faites, ce n’est pas à la CDP comme telle que ça se passe, mais bien à Ivanhoé Cambridge, une filiale, qui n’est, donc, pas soumise aux règles générales de l’administration publique québécoise. My bad.

Cela dit, je vous renvoie quand même au bon texte de Sophie Cousineau, d’où je puise ces infos.

Honnêteté intellectuelle, pis toute.

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4 Réponses to “Un peu marre…”

  1. Catherine Says:

    Pour être complet ton article devrait aussi parler de Dutrizac qui trouve que les anglos à l’Hôtel-de-ville ont un trop gros accent et des organisateurs de la Fête de la St-Jean qui ont réitéré que les groupes anglos devraient chanter en français (je sais pas s’ils ont dit si ça s’appliquait aussi aux chanteurs autochtones et haïtiens, je n’ai pas cherché).

    Je ne crois pas que tu sois un facho. Mais je ne pense pas que je sois un monstre fédéraliste parce que je refuse de me battre avec ceux qui sont trop bandés sur les racines et la survie du pure-laine.

    Nous haïssons ben ça quand les autres nous traitent de racistes au Québec, mais nous sommes pas très vites sur la gâchette pour dénoncer les cons qui pullulent parmi nous.

    Je suis premièrement, profondément écoeurée, de me faire répéter comment il faut être pour être une vraie (you’re with us or against us, existe partout, même en français au Québec). Je suis deuxièmement, toujours plus inquiète des gens qui sont d’accord avec moi mais sont des extrémistes que des gens qui sont contre moi.

    Y’a jamais d’extrémistes dans mon équipe. Je ne veux jamais avoir raison au point d’accepter un extrémiste. Soit-il un extrémiste bien de chez nous.

    Alors je ne comprends pas, que vous, gens que je respecte, vous cassiez du sucre sur le dos d’un chroniqueur depuis une semaine et que je ne vous ai pas vu dire à Dutrizac qu’il est un con. À moins que vous soyez d’accord? À moins qu’il vous semble aussi qu’être anglophone est une raison pour ne pas avoir le droit d’être élu au Québec?

    Et si le problème c’est que vous les voyez pas ces extrémistes, ben je me ferai un plaisir à partir de maintenant de vous envoyer des copies conformes chaque fois qu’ils s’expriment.

    PS: Et pour ceux qui penseront que c’est parce que le français ne me tient pas à coeur, je rappelerai que je passe mes jours à défendre le français. Mais c’est vrai que c’est le français hors-Québec. Donc ça compte moins.

  2. scrypticwriter Says:

    d’abord, pour ce qui est de casser du sucre, je reprendrai la formule de Lisée, qui dit que le texte de Lussier est incomplet. et que c’est probablement ce qui a causé ma réaction – tu étais aux premières loges, sur twitter – à l’emporte-pièce. je me suis nuancé depuis.

    ensuite, tu vois, dutrizac, je ne l’ai même pas vu passer… difficile de commenter plus avant ou de le traiter de con. d’emblée, je te dirai que son job implique ce genre de raccourcis idéologiques. cotes d’écoutes, pis toute.

    de prime abord, si la personne s’exprime convenablement en français – assez pour entretenir une discussion abstraite, disons – je n’ai personnellement rien à faire de son accent.

    mais s’il ne parle pas, ou peu, ou très mal français, il/elle n’a pas sa place ni à l’assemblée nationale, ni au conseil de ville de Montréal. est-ce extrémiste de dire ça ? je ne crois pas.

    quant à l’extrémisme, justement, je n’aime pas en avoir, d’extrémistes, dans mon équipe non plus. mais ce n’est pas parce que quelqu’un (genre martineau) s’adonne à avoir la même opinion que moi sur un sujet X que je m’empêcherai d’avoir cette opinion. ya toujours des limites à s’autocensurer, tu ne trouves pas ?

    je tente de me raccrocher à la sociolinguistique, alors pure-laine, racines etc, j’en n’ai pas grand chose à faire non plus. ce que je sais, ce que le français en Amérique n’est réellement en vie qu’au Québec. c’est peut-être folklorique, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est notre force. c’est ça que j’essaie de défendre.

  3. Anne-Marie Beaudoin-Bégin Says:

    Il y a des extrémistes des deux côtés, et les extrémistes de l’un nourrissent les critiques des extrémistes de l’autre…

    J’ai la ferme conviction que ce sont les mesures d’aménagement linguistique qui ont été faits dans les années 1970 qui ont sauvé le français au Québec. Ces mesures d’aménagement linguistique ont marché et ont atteint leur but. Mais les temps changent, et il semblerait que ces mesures auraient besoin d’être rafraîchies. Je ne crois pas, cependant, que de vouloir que les lois qui ont préservé le français au Québec soient appliquées par les instances gouvernementales soit à ce point négatif. Ce qui est négatif, ce sont les médias qui, tels des chiens affamés se jettant sur un steak, se font un plaisir d’exacerber les tensions, histoire de mousser la nouvelle et de nourrir les chaînes de nouvelles 24h. Et ces médias nuisent à la cause, car ils font bifurquer le vrai débat vers une géguerre de gang…

    • scrypticwriter Says:

      exact ! la preuve, la récupération de gens du RLQ, de l’ADQ et du PConservateur du texte de Lussier…

      oui, une guéguerre de gang, où on semble obligé de prendre parti.

      quant aux médias qui nuisent à la cause, tu me traiteras de parano, mais je pense que c’est un peu exprès. mais ça, c’est juste moi.

      (désolé du style télégraphique je fais 3 choses en même temps…)

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