C’est Clamski…

…qui m’a traîné ici. Yé fou, crisse.

Il s’est levé hier matin, pis il m’a longuement entretenu à propos de la monarchie britannique, sa pipe à la gueule, la vidant, la bourrant à répétition, avec sa robe de chambre grand ouverte, et ses boxers défraîchis.

Il est maigre, Clamski, un vrai paquet d’os. Il dit plutôt, avec un sourire vaguement baveux, qu’il est bâti comme les derniers survivants d’Auschwitz, mais je ne lui laisse pas faire cette blague en public.

« … plus grande entreprise de relation publique au monde… fonds publics pour survivre… créateurs d’église sur mesure… plus grands propriétaires terriens, ah parce que ça, oui la Crown Estate… »

J’ai arrêté de l’écouter pendant qu’il me racontait la Crown Estate, parce que ça m’a blasé au bout d’un moment.

Va t’habiller Clamski, que je lui ai dit.

Pourquoi, pour aller travailler, et passer une journée de plus à faire vivre du monde de même à mes frais ?

Argument de drettiste, vieux frère.

Ta yeule, ti-crisse.

Après qu’il m’ait fait une prise de soumission, et se soit amusé à me massacrer les mamelons, j’ai cédé : correct, reste à la maison aujourd’hui, si tu préfères chialer…

Je préfère pas chialer, qu’il ma dit. Je préfère…

Il a pris quelques instants avant de continuer :

Faire un coup d’état.

Pfff… même pas game.

Faque c’est ça, on est à Trafalgar Square, pis on cherche notre chemin pour Buckingham Palace. On ose pas trop demander, parce qu’on a peur de se trahir. Enfin, Clamski, lui, il a pas peur. Le vol ne l’a pas calmé, manque de sommeil et low cost obligent – asti on est arrivé à Stansted… – et il avance en sifflant le thème de James Bond. J’imagine que c’est sarcastique, en tout cas, je ne lui fais pas remarquer l’ironie, j’ai encore mal à mes mamelons, 10 heures plus tard.

On trouve finalement notre chemin. On regarde une relève de gardes. C’est ben beau, le gars il bouge pas pantoute, t’as beau l’écoeurer, ils sont entraînés pour ça, dude, EN-TRAÎ-NÉS !

On prend des photos. Clamski aussi, oui, mais c’est pour repérer la configuration des lieux. J’y ai dit que c’était toute sur google maps, mais je pense qu’il aime ça jouer. Juste faire semblant qu’il va révolutionner. Échafauder des plans qu’il ne concrétisera pas de toute façon.

Au moins, il a la décence de faire semblant d’y croire. Ça me réconforte.

Il me divertit. Pour ça je l’aime.

Il se retourne vers moi, conspirateur :

Pis, qu’est-ce t’en penses ?

Moi, Clamski, j’en pense rien. Je te suis. J’aime ça.

Tu me suis, hein ?

Et c’est là qu’il s’est lancé dans le tas. Bon, finalement, je l’ai pas suivi. Je maîtrise pas toutes ses techniques, moi… Pourtant, il a beau faire des prises de mamelons, les gardes ne réagissent pas. Après quelques minutes, défait, dépité, il revient vers moi.

J’ai manqué ma fenêtre. Fallait j’y aille pendant la relève.

Ouain. Mais c’était beau à voir, non ?

Ouain.

Bon. On attend la prochaine ?

Ben non.

On rentre ?

Clamski hausse les épaules. Si même dans un texte, c’est impossible de s’attaquer à la couronne britannique…

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