Faisait chaud, faisait beau…

bref, c’était le début du printemps, c’était ya pas si longtemps, c’était hier, c’est aujourd’hui. Empêtré dans le boulot jusqu’au cou, dans les idées des zôtres, il se lassait d’attendre, et sa dépendance lui donnait du trouble.

Tout coulait. Vissée à sa maison, comme il se doit, parce qu’il n’avait pas eu le courage de la crisser à terre. Elle y était depuis toujours, et le changement de paysage, même minime, lui crevait le coeur : c’était un nostalgique. Ce n’était pas faute d’avoir essayé : dès qu’il s’en approchait, masse en main, vêtu d’un habit d’ouvrier – tout est dans la conviction, se disait-il – une angoisse acérée lui détruisait l’intérieur. À tout coup, il échappait la masse, tombait par terre et rampait jusqu’à la douche, qu’il prenait très froide, comme une punition pour se convaincre lui-même qu’il ne recommencerait pas.

Et à tout coup, il recommençait. Parce que cette excroissance quelque peu difforme et qui se métamorphosait fréquemment – les architectes avaient visiblement eu beaucoup de plaisir à la dessiner – ne faisait pas propre, à la fin ! Il avait même fait venir des démolisseurs, les meilleurs, mais le temps qu’ils avaient perdu à parler avant de se mettre au travail l’avait découragé. Il avait besoin d’un soulagement rapide.

Il avait pensé la transformer en énorme dépense, où il aurait pu entreposer tout ce qu’il lui aurait fallu pour finalement se tirer complètement hors du monde. Le doux confort de la disparition.

Mais la dépendance exerçait une fascination sur le pauvre homme, et s’il s’était posé la question honnêtement, il aurait su qu’il ne demandait, au fond, qu’à la combler proprement.

Mais comment faire ? Sa femme n’était plus là, elle qui l’en avait toujours gardé éloigné, sans se forcer, sans le forcer : c’était comme ça…

Elle s’en était occupé, comme une bonne petite ménagère, et lui avait même évité d’y entrer pendant quelques années. Évidemment, sa femme morte, lui encore jeune, l’envie était revenue. Se vautrer dans la dépendance, dans la seule pièce qu’elle contenait, c’était un plaisir exquis, mais dangereux.

Un jour, que la dépendance lui faisait de l’oeil, comme à son habitude, mais plus particulièrement au printemps, il avait pris sur lui : malgré ses airs champêtres et doux, il avait su déceler que sous cette forme, il prendrait beaucoup trop de risques d’y pénétrer.

D’y pénétrer à nouveau, constata-t-il, une fois à l’intérieur. Oh, il savait qu’il allait prendre sur lui, éventuellement… mais c’était la première fois que la dépendance prenait cette forme ; il entendait bien en profiter un peu. C’était mignon. Beaucoup de dentelle. Il aimait la dentelle. Beaucoup de racoins à découvrir. Mais en y regardant de plus près, il comprit ce qui clochait. Sous ses apparences innocentes, la dépendance lui faisait mal. Allergies. Et sentiment d’inconfort général, comme si des centaines d’yeux le fixaient.

Il ne lui en voulait pas. Comment aurait-il pu ? C’était la faute aux architectes.

Mais au moins, il savait.

Quand il en était sorti, la dépendance avait gardé cette forme un certain temps. Savoir qu’elle lui faisait mal était salutaire. Il avait pris la décision de ne même plus la regarder. Simple réflexe de survie.

Elle n’allait pas se laisser faire. Elle se fit insistante, se modifia, dans le but de le trouver plus disposé à y entrer. Mais rien n’y fit. Il résista.

On raconte que, depuis cette époque, l’homme a coulé du béton dans la dépendance. Ce n’est pas tellement plus propre, mais au moins, il n’y a plus accès.

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