« La religion, c’est un peu…

… une maladie mentale », me lâche Clamski sans que je m’y attende. On avait décidé de partir kek jours en camping sauvage pour décanter des cons – ouain, on se trouve ben bons, nous autres. Y’avait longtemps qu’il l’avait pas ouverte, pis dans ce temps-là, j’ai appris à le respecter ; de mon côté, je me gossais allégrement un bout de bois pour en faire une… ben je savais pas trop encore ce que ça donnerait, j’y allais pas mal à l’advienne que pourra, mais commençait à y avoir une face quand il m’avait interrompu.

Depuis mon réveil, j’avais tenté de lui parler, mais non : aucune réaction. Il jouait dans le feu avec sa botte – sti qu’y est toffe, mon Clamski – pis il replaçait les braises à sa guise.

Quand il a rien à dire, et qu’il ne rebondit sur rien, c’est souvent parce qu’il est en train d’accumuler du contenu, qu’il mâche, remâche, régurgite une première fois, renvale, pis régurgite encore…

Bref, Clamski rumine.

Il est intense, Clamski, il a des idées très arrêtées qu’il me lance de même, me brûlant le pourpoint, et souvent, ça me va : grâce à lui, mes décisions sont plus faciles à prendre, en général. Son esprit à lui, il est libre. Pas comme moi, qui, pris dans mon carcan de conformisme – pas le choix asti –  doit tout remettre en perspective, puis en question, tellement que quand je commence à avoir une opinion, elle est déjà caduque, parce que le débat est rendu ailleurs. Non, quand Clamski avance quelque chose, souvent je me range simplement à son opinion, c’est un peu mon gourou, genre.

Mais là, c’était trop gros.

– Une maladie mentale, vraiment ? lançai-je, mesurant à chaque syllabe l’implication de ce qu’il venait de me dire. Serais-tu un gros esti de commie, par hasard ?

– Je l’ai été. Mais ça a pas rapport.

Clamski prend un long respire…

– Mettons, commence-t-il, mettons qu’il y ait un dieu, là. Pas gagné d’avance, mais disons qu’on part de ce grand principe général : il y a un dieu et il s’attend à certaines choses de moi. La circoncision, quand je suis juif…

– Je sais ce que tu vas me dire, Clamski, que je le coupe. Tout ça n’a rien à voir avec un dieu. Ce sont des règles qui ont été édictées par des humains, à l’intérieur du contexte de la religion pour que leur société primitive fonctionne. Pour un peuple qui, à l’origine, vivait dans le désert, c’est normal qu’on recommande la circoncision, rapport aux infections que le sable dans le prépuce pouvait entraîner.

– T’es ben renseigné, me lance Clamski, heureux de voir que j’ai fait mes recherches.

(J’ai pas grand mérite : j’ai un pénis, je me sens concerné – ou en tout cas, j’ai envie de comprendre pourquoi on tient chez certains peuples à les charcuter systématiquement).

J’enchaîne :

– On pourrait aussi supposer qu’un jour, il y a eu une épidémie causée par des porcs ou des chiens dans une société musulmane, et qu’il sont ainsi devenus tabous ; on ne les mange plus, on ne les fréquente plus non plus. De la même façon, on peut supposer que les régimes halal ou kasher ont été établis pour s’assurer que les gens  achètent des produits des marchands qui partageaient la même religion, afin d’aider à la survie de la communauté de ladite religion, dans un contexte où elle était confrontée à d’autres. Même chose pour les habits traditionnels religieux qui sont des signes de reconnaissance, de connivence… qu’on a probablement décidé d’établir quand la communauté s’est frottée à d’autres communautés qui commençaient peut-être à se faire plus attirantes pour certains de leurs membres.

– Tu en parles comme d’un club social…

Je ne relève pas.

– So, c’est ça. Je sais, et je comprends déjà tout ça… mais une maladie mentale ? C’est quoi ton point ? terminé-je.

– Mon point, renchérit-il, c’est que si on est capable de retracer les origines de toutes ces « obligations religieuses », là…

– Ouain.

– Pourquoi le monde s’y astreint encore ?

– Ben parce qu’ils croient à leur dieu, tsé.

– Fuck c’est comme si dans 400 ans, mettre de la crème solaire était devenu un symbole religieux.

– Haha, ris-je.

Un silence. Un soupir. Un grognement.

– Mais ça n’a rien à voir !

– Euh… ouais, en effet.

– D’où ce que je disais : sont malades.

– Sont peut-être juste mal informés… ?

– Pff… Pis l’excision ?

– Ouan. Ma yeule.

Il se referme comme il s’est ouvert, rentrant en lui. Je comprends qu’il ne veut pas aller plus loin. On serait pas dans un texte, Clamski aurait eu des mots bien plus durs, je le sens. Je suis même certain qu’il a failli me parler de la charte, mais s’est retenu, histoire de pas causer de problème à son modeste bigot-graphe et compagnon d’âme.

En tout cas, moi, un athée qui est capable de concevoir le temps de 750 mots qu’un dieu existe, je respecte ça.

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4 Réponses to “« La religion, c’est un peu…”

  1. Richard Patry Says:

    Si t’es capable de concevoir un dieu, en 750 mots, ou même de simplement le concevoir, faudra que tu m’expliques ça. Sérieux. Parce que je suis du bord de ton double, même si c’est toi qui parles d’histoire. (Beau texte, par ailleurs. Écriture éminemment hétéro. C’est pas un défaut !)

  2. scrypticwriter Says:

    (J’ose espérer que c’est pas un défaut 😉 )

    Moi chus agno, en plus d’être doux comme. Je peux concevoir un dieu, sans la religion, très certainement.

  3. Richard Patry Says:

    Pas un défaut, bien sûr, j’ai toujours aimé ton écriture: c’est juste que son hétérosexualité est flagrante, et je ne saurais dire pourquoi. Peut-être que j’y lis mon altérité… (Chuis intello !) Quant à dieu que tu peux concevoir…, alors, là, vraiment, tu m’expliqueras ça un de ces jours. 😉

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